‹ Histoire du siècle de Louis XIV;Chapitre 66 sur 206 · XXXIII.] SUITE DES ARTS · texte numérisé non relu

XXXIII.] SUITE DES ARTS

Nous avons eu depuis Vanloo, qui, chez les étrangers même, passait pour le premier de son temps.

Non-seulement Colbert donna à l'x^cadémie de peinture la forme qu'elle a aujourd'hui, mais en 1667 il engagea Louis XIV à en établir une à Rome. On acheta dans cette 5 métropole un palais, où loge le directeur. On y envoie les élèves qui ont remporté des prix à l'Académie de Paris. Ils y sont instruits et entretenus aux frais du roi: ils y dessinent les antiques; ils étudient Raphaël et Michel- Ange. C'est un noble hommage que rendit à Rome ancienne et nouvelle 10 le désir de l'imiter ; et on n'a pas même cessé de rendre cet hommage, depuis que les immenses collections de tableaux d'Italie amassées par le roi et par le duc d'Orléans, et les chefs-d'œuvre de sculpture que la France a produits, nous ont mis en état de ne point chercher ailleurs des maîtres. 1 5

C'est principalement dans la sculpture que nous avons excellé, et dans l'art de jeter en fonte d'un seul jet des figures équestres colossales.

Si l'on trouvait un jour, sous des ruines, des morceaux tels que les Bains d'Apollon, exposés aux injures de l'air 20 dans les bosquets de Versailles; le Tombeau du cardinal de Richelieu, trop peu montré au public, dans la chapelle de Sorbonne ; la Statue équestre de Louis XIV, faite à Paris pour décorer Bordeaux; le Mercure dont Louis XV a fait présent au roi de Prusse, et tant d'autres ouvrages égaux à 25 ceux que je cite; il est à croire que ces productions de nos jours seraient mises à côté de la plus belle antiquité grecque.

Nous avons égalé les anciens dans les médailles. Varin fut le premier qui tira cet art de la médiocrité sous la fin du règne de Louis XIII. C'est maintenant une chose admirable 30 que ces poinçons et ces carrés qu'on voit rangés par ordre historique dans l'endroit de la galerie du Louvre occupé par les artistes. Il y en a pour deux millions, et la plupart sont des chefs-d'œuvre.

On n'a pas moins réussi dans l'art de graver les pierres 35 précieuses. Celui de multiplier les tableaux, de les éterniser par le moyen des planches en cuivre, de transmettre facilement à la postérité toutes les représentations de la nature et de l'art, était encore très-informe en France avant ce siècle. C'est un des arts les plus agréables et les plus utiles. On 40

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le doit aux Florentins, qui l'inventèrent vers le milieu du

quinzième siècle; et il a été poussé plus loin en France que

dans le lieu même de sa naissance, parce qu'on y a fait un

plus grand nombre d'ouvrages en ce genre. Les recueils

5 des estampes du roi ont été souvent un des plus magnifiques

— r présents qu'il ait fait aux ambassadeurs. La ciselure en or

et en argent, qui dépend du dessin et du goût, a été portée

à la plus grande perfection dont la main de l'homme soit

^J^. capable.

10 Après avoir ainsi parcouru tous ces arts, qui contribuent aux délices des particuliers et à la gloire de l'État, ne passons pas sous silence le plus utile de tous les arts, dans lequel les Français surpassent toutes les nations du monde : je veux parler de la chirurgie, dont les progrès furent si rapides et si

15 célèbres dans ce siècle, qu'on venait à Paris des bouts de l'Europe pour toutes les cures et pour toutes les opérations qui demandaient une dextérité non commune. Non-seulement il n'y avait guère d'excellents chirurgiens qu'en France, mais c'était dans ce seul pays qu'on fabriquait parfaitement

20 les instruments nécessaires; il en fournissait tous ses voisins; et je tiens du célèbre Cheselden, le plus grand chirurgien de Londres, que ce fut lui qui commença à faire fabriquer à Londres, en 17 15, les instruments de son art. La médecine, qui servait à perfectionner la chirurgie, ne s'éleva pas en

25 France au-dessus de ce qu'elle était en Angleterre, et sous le

fameux Boerhaave^ en Hollande; mais il arriva à la médecine,

comme à la philosophie, d'atteindre à la perfection dont elle

est capable, en profitant des lumières de nos voisins.

T Voilà en général un tableau fidèle des progrès de l'esprit

30 humain chez les Français dans ce siècle, qui commença au temps du cardinal de Richelieu, et qui finit de nos jours. Il sera difficile qu'il soit surpassé; et s'il l'est en quelques genres, il restera le modèle des âges encore plus fortunés qu'il aura fait naître.

35 ^ Chez les Hollandais la diphthongue oe se prononce ou.

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