‹ Histoire du siège de Toulon par le duc de Savoie, écrite sur notes, pièces et documens de 1707;Chapitre 16 sur 109 · TELLE REPONSE DE M. LE BARON DE CHATEAUNEUF · texte numérisé non relu

TELLE REPONSE DE M. LE BARON DE CHATEAUNEUF

Le baron de Châteauneuf, député de la ville de Grasse, vint à Fréjus au quartier-général des alliés. Le duc de Savoie le reçut fort Lien et lui adressa , avant de le congédier, cette question : « Y a-t-il dans le pays beaucoup de gentishom- « mes de mon parti ? »

— « Point, répondit M. de Châteauneuf. »

— « Comment, aucun, répliqua M. de Savoie, je sais « pourtant que la noblesse n'est pas contente et je ne doute « pas qu'elle ne soit bien aise de me voir arriver en Provence; « elle et le peuple sont surchargés d'impôts, et cela seul doit « leur faire souhaiter le changement. » A. quoi M. le baron de Châteauneuf répondit : « Prince , en Provence , dans la mau- « vaise circonstance où nous sommes , nous nous souvenons « encore de deux choses ; fidélité au Roi, amour à la patrie. La « cause des impôts et l'usage qu'on en fait en ôtent toute Face mertume , et s'il faut un jour donner tout notre bien , toute « notre existence , nous les donnerons sans hésiter.

{ Relation publiée à Turin , en 1 708. J

LES ENNEMIS A HYERES.

Le a5 juillet l'armée navale mit à terre 600 hommes qui vinrent jusques sous les murs d'Hyères. Les portes de la ville étoient soigneusement fermées. On eut dit , en vérité , que les habitans avoient la résolution d'opposer une résistance qui, à parler frauchement , n'était guère possible. Cependant , l'en-

( toi )

nemi étoit la; il falloit prendre un parti, on tin! conseil et il fut décidé d'une Toix unanime que par derrière la sarrazine, on lui demanderoit ce qu'il vouloit. La clio>o ayant été exéentée et le commandant anglois ayant répondu qu'il venoit sommer la ville, on s'assembla de nouveau et on résolut, toujours a L'unanimité, de s'opposer vivement à ce que les portes tussent plus longtemps... fermées. En effet, on les ouvrit sur le champ et un Irlandois, major-général de l'armée navale prit possession de la ville en qualité de gouverneur.

(Livre de raison de 31. Jean Clapier.)

Maîtres d'Hyères , les ennemis firent une descente à l'île de Porte-Gros d'où, ils furent repoussés. Ils furent plus heureux à Porqnerolles dont ils s'emparèrent sans coup férir ainsi que dos trois forts qui sont dans cette île , lesquels n'avoient d'autres défenseurs qu'une quinzaine de paysans qui furent enfermés et gardés à vue pendant toui le temps que les Anglois y restèrent.

( Journal du siège de Toulon par I.I. Vialis , officier du génie. )

Après l'occupation d'Hyères, les soldats du duc de Savoie se dispersèrent dans la campagne qu'ils ravagèrent. Ils accoururent à Broumettes, château près des Salins, appartenant aux Chartreux, dont ils répandirent les vins et les huiles qui y étoienl en grande quantité et emportèrent les futailles de même que les portes et les fenêtres, et ils mirent ensuite le feu au château et aux granges clans lesquelles il y avoit beaucoup de grains.

Ils en agirent à peu près ainsi partoul , et pourtant le duc de Savoie avoit fait publier en arrivant qu'il venoit conni!" ami et non comme ennemi , que ceux qui demeureroient dans leur- maisons ne seroient point inquiétés et qu'on ne leur feroit aucun tort Pourdonnei une idée de l'amitié desennenùs^ il suffit de dire qu'en entrant au château de M. Boucony, ils

commencèrent par lui enlever ses meubles , son argent et tout ce qu'ils purent emporter.

( Lettres de M. de Bénat, )

Dans les premiers jours d'août, le duc de Savoie fit couper les bois depuis les Maures jusqu'à Cogolin et fit vendre le se* depuis son camp jusqu'à Nice , à six liards la livre.

( Relation de M. Devize. )

Les ennemis ont fait construire vingt-quatre fours dans la ville d'Hyères ou en dehors, comme au jardin du Roi et à celui du sieur Desparron, et il a fallu dépaver toutes les maisons pour avoir de la brique. Nous en vînmes à bout , grâces à Dieu, et cela fini, ils nous accabloient d'ordres avec menace si nous ne les exécutions, de nous brûler après nous avoir saccagés. Nous étions dans un mouvement terrible et une alarme continuelle. Nous avions fait plus que nous ne pouvions pour les contenter; et ce n'étoit pas peu de chose que de fournir à une armée aussi considérable, pendant l'espace de vingt-huit jours, tout ce qui lui étoit nécessaire, car les autres lieux comme Solliès , Cuers, le Puget, Pignans, la Valette et la Garde avoient été saccagés et mis hors d'état de leur rien fournir.

Après avoir donné des objets de touta espèce dont le tout se montoit à vingt mille livres , les habitans de la ville furent taxés à uue contribution de trente mille livres argent, sous prétexte que le sieur A** , maire et les consuls n' avoient pas fait à l'égard de l'intendant des contributions, tout ce qu'ils dévoient faire. Cette taxe étoit exhorbitante, au point surtout où nous étions réduits; cependant nous nous mimes en état six ou sept qui avions le plus travaillé, d'y satissfaire. Le Sr Amédéç

( io3 )

Yialis, le Sr Laurcns, le S* Louis Dcllor, le Sr Louis Cauvet et moi, nous trouvâmes L'argenl demandé et nous renvoyâmes par les sieurs Couture et Lange Revenais sur la somme ayant manqué deux mille livres, ils menèrent en otage le dit sieur Connue et retinrent le .sien Raynaud qui se trouvoit pour lors à la Valette; le soir que nous eûmes connaissance de cet événement, nous commençâmes à courir encore toute la ville pour trouver la partie qui mauquoit, nous finies des menaces et a iolenccs comme nous avions fait les autres jours et nous trouvâmes enfin la somme que nous envoyâmes par le fils et le frère du dit Raynaud. Les ennemis prirent l'argent; mais ils ne voulurent pas lâcher les otages sous le nouveau prétexte qu'ils avoient laissé dans la ville des blés et des farines que M. A.**, maire, n'avoit pas fait porter à la marine et dont il leur falloit le payement, pour rendre lesprisonnicrs.il arriva heureusement qu'un sous délégué de l'intendant qui avoit logé chez le sieur Conture, les fit évader : car nous aurions eu bien de la peine à satisfaire à cette nouvelle exigence.

(Extrait du livre de raison de M. Jean Clapier.)

Page 1