‹ Histoire du siège de Toulon par le duc de Savore: écrite sur notes, pièces et documens de 1707Chapitre 10 sur 44 · TELLE REPONSE DE M. LE BARON DE CHATEAUNEUF · texte numérisé non relu

TELLE REPONSE DE M. LE BARON DE CHATEAUNEUF

Le baron de Châteauneuf, député de la ville de Grasse, vint à Fréjus au quartier-général des alliés. Le duc de Savoie le reçut fort bien et lui adressa , avant de le congédier, cette question : « Y a-t-il dans le pays beaucoup de gentishom- «t mes de mon parti ? »

— « Point, répondit M. de Châteauneuf. »

— « Comment, aucun, répliqua M. de Savoie, je sais n pourtant que la noblesse n^est pas contente et je ne doute « pas qu'elle ne soit bien aise de me voir arriver en Provence; «( elle et le peuple sont surchargés d'impôts , et cela seul doit « leur faire souhaiter le changement. » A quoi M. le baron de Châteauneuf répondit : « Prince , en Provence , dans la mau- « vaise circonstance où nous sommes , nous nous souvenons (c encore de deux choses ; fidélité au Roi, amour à la patrie. La « cause des impôts et l'usage qu'on en fait en ôtent toute l'a- « mertume , et s'il faut un jour donner tout notre bien , toute « notre existence , nous les donnerons sans hésiter.

C Relation publiée à Turin , en 1708.J

LES ENNEMIS A HYERES,

Le 2 5 juillet l'armée navale mit à terre 600 hommes qui Vinrent jusques sous les murs d'Hyères. Les portes de la ville etoient soigneusement fermées. On eut dit , en vérité , que les habltans avoicnt la résolution d'opposer une résistance qui, à parler franchement , n'était guère possible. Cependant , l'en-

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nemi étolt là; il falloit prendre un parti , on tint conseil et il fut décidé d'une voix unanime que par derrière la sarrazîne, on lui demanderoit ce qu'il vouloit. La chose ayant été exécutée et le commandant angloîs ayant répondu qu'il venoit sommer la ville , on s'asse mbla de nouveau et on résolut, toujours à Funanimité. de s'opposer vivement à ce que les portes fussent plus longtemps... fermées. En effet, on les ouvrit sur le champ et un Irlandois , major-général de l'armée navale prit p ossession de la ville en qualité de gouverneur.

(Livre de raison de M. Jean Clapier.)

Maitres d'Hyères , les ennemis firent une descente à l'île de Porte-Cros d'où ils furent repoussés. Ils furent plus heureux à Porquerolles dont ils s\emparèrent sans coup férir ainsi que des trois forts qui sont dans cette île , lesquels n'avoienl d'autres défenseurs qu'une- quinzaine de paysans qui furent enfermés et gardés à vue pendant tout le temps que les Anglois y restèrent.

( Jonrnal da siège de Toulon par M. Yialis , officier da génie. )

Après l'occupation d'Hyères, les soldats du duc de Savoie se dispersèrent dans la campagne qu'ils ravagèrent. Ils accoururent à Broumettes, château près des Salins, appartenant aux Chartreux , dont ils répandirent les vins et les huiles qui y étoient en grande quantité et emportèrent les futailles de

même que les portes et les fenêtres, et ils mirent ensuite le feu au château et aux granges dans lesquelles il y avoit beaucoup de grains.

Ils en agirent à peu près ainsi partout , et pourtant le duc de Savoie avoit fait publier en arrivant qu'il venoit comme ami et non comme ennemi , que ceux qui demeureroient dans leurs maisons ne seroient point inquiétés et qu'on ne leur feroit aucun tort. Pour donner une idée de l'amitié des ennemis , il sufEt dédire qu'en entrant au château de M. Boucony, ils^

TELLE RÊPOKSE DE M. LE B&RO\ DE CnATEAUNEII

Le baron de Chàtcauneuf, député de la ville de Grasse, vint à Fréjus au quartier-général des alliés. Le duc de Savoie le reçut fort bien et lui adressa , avant de le congédier, cette question : > Y a-t-il dans le pays beaucoup de gentisbom-

• mes de mon parti ? «

— n Point, répondit H. de Chateauneuf. ••

— 1 Comment, aucun, répliqua M. de Savoie, je sais

• pourtant que la noblesse n'est pas contente et je ne doute " pas qu'elle ne sott bien aise de me voir arriver en Provence;

• elle et le peuple sont surchargés d'impôts , et cela seul doit < leur faire souhaiter le changement, u A. quoi M. le baron de Chlteauncuf répondit : a Prince , en Provence, dans la mano vaise circonstance où nous sommes , nous noas souvenons n encore de deux choses ; fidélité au Roi, amour à la patrie. La

( 'O- ) nemi étoit là; il falloit prendre un parti , on tint conseil et il fut décidé d'une Toix unanime que par derrière la aarrazine, on lui dcmanderoït ce qu'il vouloil. La chose ayant élé exécutée et le commandant anglois ayant répondu qu'il venoit sommer la Tille , on s'assembla de nouveau et on résolut, toujours à l'unanimité, de s'opposer ■vivement à ce que les portes fussent plus longtemps... fermées. En effet, on les ouvrit sur le champ et un Irlandois , major-général de l'armée navale prit possession de la ville en qualité de gouverneur.

(Livre de raison de M. Jean Clapier.) Maîtres d'Hyères , les ennemis firent une descente à file de Porte-Cros d'où ils furent repoussés. Ils furent plus heureux à Porqucrolles dont ils s'emparèrent sans coup férir ainsi que des trois forts qui sont dans cette île , lesquels n'avoieni d'autres défenseurs qu'une-quinzainede paysans qui furent enfermés et gardés à vue pendant tout le temps que les Anglois y restèrent.

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voient dormir et tfe reposer dans ces ehaiiseS' sans cesser de continuer leur Yoyage; on peut juger par cet échantillon de ses autres soins et combien ils ont servi à sauver la Provence.

(Jonrnal da siège de Toulon par Henri Fei'and, second consul, en 1707.)

(Maniuorit des archives.)

LE yi€i.IES DU CÀNNET.

Partout où Tarmée des alliés passa, elle commit d'horribles désordres. Au village du Cannet, à une demi-lieue de Cagnes le vicaire de la p aroisse, M. Ardisson, outré de la cruauté des Allemands qui assassinoient les habitans, après avoir pillé et brûlé leurs maisons, ramassa quelques paysans, se mit à leur tète et se jeta avec une rare intrépidité sur les soldats ennemis. Ceux-ci repoussés dans cette vive attaque, revimrent bientôt en plus grand nombre. Le brave vicaire les reçut avec vigueur sur la place de Téglise où il s'étoit placé en bataille, mais accablé de toutes parts , il ne put que montrer à ses paroissiens que lui aussi savoit mourir pour la défense de la patrie , car, s'étant élancé sur les ennemis, il tomba criblé de blessures. Un colonel piémontois, envoyé par le duc de Savoie pour arrêter ces ravages , fut tué par les Allemands

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eux-mêmes. Son cadavre fut trouvé à côté de celui du malheureux Ardisson.

( Notes da chevalier Bernard. )

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