‹ Histoire du siège de Toulon par le duc de Savore: écrite sur notes, pièces et documens de 1707Chapitre 25 sur 44 · ET REMARQUES · texte numérisé non relu

ET REMARQUES

Le comte de Sebville, chef d'escadre, qui servoil en qualité ^e maréchal-de-camp dans Tarmée de terre, élant monté sur la montagne de Coudon , dans la pensée qu'il découvriroit de plus loin les ennemis, tomba du haut du rocher et mourut à rinslant jnème.

Le 3i juillet, quelques chaloupes débarquèrent du monde au château de Bandol qu'ils pillèrent ainsi que la campagne. Le comte de Barville brigadier du roi , accourut avec quatre compagnies de grenadiers , les chassa et les força à se rembarquer. . ^

Le i" août, neuf vaisseaux an gl ois mouillés sur la rade du Biuscq, firent une descente au village de St-Nazaire, et enlevèrent ou brûlèrent toutes les barques et petits Lâtimens marchands qui se trouvoient dans le port.

Le 2 août , le vent ayant poussé quelques vaisseaux des ennemis vers St-Sanary , ils pillèrent et brûlèrent le village , et jetèrent quelques bombes ^ans la Ciotat.

Ai'les n'est point niie ville de guerre , quoiqu'elle ait une enceinte de remparts. Cependant on fortifia la ville ; on envoya chercher des armes à Lyon. Tous les habitans se levèrent en masse et formèrent quatre bataillons de garde bourgeoise de 400 hommes chacun y décidés à défendre leurs foyers jusqu'à la mort.

M. d'Aguières commandoit le V^ bataillon , M. Liautaud le 2® , M. de Montblanc le 3® , M. de Beaumont le 4®.

Le major de ces quatre bataillons étoit M. de Montfort , fils du maire , premier consul de la ville d'Arles.

La ville de Grasse fut taxée à trente-six mille livres ; obligée de plus à fournir trente mille rations de pain , six cents paires de souliers, quantité de fer et beaucoup d'autres choses.

Dans ce temps-là , la garnison d'Antibes envoyoit de fréquents détachemens à Grasse pour prendre ce qui lui étoit nécessaire; ce que l'on fournit toujours très volontiers, malgré la sévéïité des défenses du duc de Savoie.

Le 5 août, le duc de Savoie fit répandre le bruit dans son àrnkée que ia disette étoit très grande dans Tbuion , que la place ne pouvoit tenir encore huit jours et qu'il en donneroit le pillage à ses soldats, pendant trois jours»

( ia7 )

Tous les paysans de la côte, depuis la.Ciotat jusqu'à Toulon, avoientpris les armes pour ne pas payer les contributions aux ennemis^ que plus d'une fois ils contraignirent à se renibarquer.

Leâ 'ennemis vinrent au nombre de huit cents hommes, cavalene et infanterie, pour fourrager à Signes, mais les paysans , étant en armes , résistèrent et furent si à-propos soutéofaspar les trempes du Beausset^ qu'ils furent obligés de s'en retourner sans fourrage.

n plut si prodigieusement le i3 août que l'artillerie fiit obligée de discontinuer son feu de temps à autre. On reconnut alors l'inconvénient du dépavement. Lés eaux n'ayant plus d'écoulement on avoit , dans les nies , de la boue jusques à mi-jambe, et cet inconvénient à duré longtemps après le siège.

La place de la halle au blé a fourni un exemple de l'inutilité du dépavement des lues , car une bombe étant tombée dans un endroit qui n'avoit pas été dépavé , elle y enfonça

sans éclater.

Les vaisseaux le Fortuné et le' Diamant qui prirent feu n'avoient pas été coulés bas à moitié comme les autres , parce qu'ils n'étoient pas des gros. On auroit été bien embarrassé si le feu avait pris à un de ceux-ci. Comment l'auroit-on pu éloigner des autres puisqu'ils touchoient ; il auroit été bien difficile d'éviter im embrasement de tous les vaisseaux du port.

( laS)

Le duc de Savoie se souvint dans sa retraite de la manière dont il avoit été traité en entrant en Provence , par M. de Lamotte-Gucrin , commandant des îles Ste-Marguerite. Aussi y convaincu que ce commandant lui disputeroit le passage , il quitta de nuit, le 26 août, son camp delà Siagne, pour se rendre à Biot. Dans ce village , les soldats maltraitèrent le chevalier de Bives et pillèrent sa maison. Celui-ci qui connaissoit beaucoup le duc de Savoie et presque tous les autres généraux de Tarmée , demanda à leur parler y mais ils refusèrent de le

voir.

( Ces notes sont extraites de divers joarnaox du siège.)

UNE PAGE DUN LIVRE ANGLOtS*

« Il y a bien de Tapparence que l'entreprise des alliés sur « Toulon auroit réussi, si le prince Eugène ne Teùt traversée ; <t nous ne devons pas imputer cette conduite à la mauvaise « volonté de ce prince, mais à la politique de la cour de Vienne « qui songeoit alors à la conquête de Naples. Le duc de « Savoie avoit résolu de combattre dès que ses troupes arri- « veroient : on l'obligea de différer le combat , et pendant ce « temps-là, toute Tannée du maréchal de Tessé se rendit à « Toulon , après quoi il fut impossible d'exécuter le dessein « des alliés contre cette place. Si nous nous en fussions ren- « dus maîtres, il est certain que nous aurions ruiné entièrement « la marine française dans la Méditerranée. *

(Manifeste pour le ministère angIois,en 1707, imprimé à Londres en 17 1 1 par Jean Mo^hion.)

tJNE PAGE DE l'hISTOIRE DU PRINCE EUGENE.

Cest envain que les angloîs accusèrent le duc de Savoie d'être d'intelligence avec la Cour de France , et d'en avoir touché de Targent pour lever le siège de Toulon. Le désir ardent qu'avoit cette nation d*ôter aux François les moyens de figurer sur mer ^ lui faisoit souhaiter passionnément la conquête de celte place , et ce souhait la lui représentoit comme très-facile ; de là , le chagrin qu elle eût de voir ses espérances évanouies , lui fit chercher dans la conduite du duc de Savoie un sujet de blâme , certainement mal fondé.

( Extrait de l'histoire du prince Eugène» )

AVEU PREOIEUX9

Monseigneur le duc de Savoie avoit la persuasion d^arriver à Toulon avant les troupes du roi de France. Lorsqu'on lui dit le a 3 juillet à Pignans , qu il avait été primé ^ il ne put croire que cela fut exact , car il sçavoit l'époque précise à laquelle l'armée du Dauphiné s'étoit ébranlée et , d'après ses supputations , elle ne pouvoit être arrivée sitôt. Il est vrai que monseigneur calculoit sur les routes ordinaires ; mais quand il apprit qu'on en avait suivi une autre jusqu'alors inconnue et que c'étoit M. le comte de Grignan qui Tavoit

t>rdoimëe , il commença à croire la chose possible. « Ce vieux Grignan , dit-il , en s*adressant au prince Eugène , ce vieux Grignan ! c*est encore lui ! il ma gagné de la. main *. »

( Relation de la campagne du duc de Savoie, publiée à Turin en 1708. )

REMARQUE d'uN OFFICIER-GÉnÉRAL.

£n l'année 1707 , si le maréchal de Tessé ^ après n'avoir rien voulu faire contre le duc de Savoie et le Prince Eugène , loTsqn'ils abandonnèrent l'entreprise de Toulon , avoit connu le Piémont et les facilités que M.de Savoie pouvoit trouver pour forcer des marches d'infanterie dans la plaine dès qu'il y seroit i«ntré y le maréchal auroit promptement renvoyé de Provence toute l' Infanterie pour protéger le Pragelas et Suze, qui 9 par ce moyen, auroient été sûrement garantis. Quoique dans cette occasion , l'on puisse avec raison accuser M. le maréchal de Tessé de n'avoir pas supputé les journées que M. de Savoie avoit à employer pour faire cette marche de Toulon à Suze, sur la connaissance qu'il devoit avoir de ce pays; cependant j'attribuerois plus aisément cette grande faute à une ignorance présomptueuse , qu'au manque de cette supputation que tous les officiers de son armée faisoient pour lui et qu'il ne pouvoit guère ignorer.

Antoine de PAS,

marqpis de Feuquières , lieutenant-général.

( Mémoires sur l'art de la guerre. )

* M'ha quadagnato délia mémo. Toate la vérité est dans oe mot, «t il est assËZ plaisant de le trouver précisément dans un ouvrage que •cherche à exphqner Tinsuccès du duc de Savoie par des mésintelligences ^survenues ei^re lui et ses géniaux.

USMARQUES DE M DB FOLÂRD.

Sans entrer dans le détail de la possibilité ^i est démontrée de défendre le Var, il suffit de dire que, faute de l'ayoir reconnue et d'y avoir employé le inonde suffisant > un lieutenant-général qui y avoit été envoyé , ne crut pas pouvoir y tenir et qu*il se relira à l'approche de l'ennemi ; il manda même à M. de Goesbriant qui accouroit au secours de Toulon avec un corps de troupes, qu'il narriveroit pas à temps pour défendre la ligne que l'on avoit tirée de la ville à là montagne , lui-même ayant déjà les ennemis sur les bras. Heureusement que cette lettre qui auroit peut-être fait rebrousser tout autre , n'arrêta pas le marquis de^^Goesbriant qui manda , en l'envoyant au maréchal de Tessé : « Je marche droit à Toulon ; comptez là-dessus ;» ce général fit bien, car l'ennemi étoit à plus de trois marches de sa division^ quand il arriva ; de sorte que l'on eût le temps de perfectionner la ligne et de se mettre en bonne posture.

L'objet des ennemis ne fut jamais que Toulon, et c'est cette entreprise * d'une si grande importance pour eux, s'ils avoient réussi, qui, en échouant , offroit le plus beau jeu du monde pour détruire leur armée si nous eussions sçu profiter de nos avantages.

* Entreprise qui leur eoàta néanmoins qnatorze'mille hommes , îndépendament d|£s sommes immenses dépensées pour l'expédition.

J'ai trouvé , quelques années après le siège de Toulon, l'occasion d*en raisonner avec le maréchal de Tessé. Il me fit l'honneur de me dire que les ordres de la cour n'étoient pas toujours conformes aux intentions des généraux et que le ministre, lui ayant mandé de garder la défensive, sans rien hasarder, la prudence ordonnoit qu'il fit pont-d'or à la retraite de Tennemi, quelque envie qu'il eût eu du contraire.

'( Mémoires de M. de Folard, auteur des Commentaires sur l'histoire de Polybe. )

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