CHAPITRE V
mise. C’est là que la race celtique, et probablement le rameau belgique de cette race, s’était établi de bonne heure, pour profiter d’un sol fertile. Les Celtes s’y étaient organisés en agriculteurs et en peuple fixé au sol. Cette partie civilisée de l’ile était la seule qui pût se trouver en rapport avec le monde romain, et la seule que César eût en vue dans son expédition trop vantée. Les Belges s’étaient rendus en grand nombre dans le bassin de la Tamise, longtemps avant cette expédition. Du rivage du Boulonais ils apercevaient le rivage opposé de la Grande-Bretagne. Les plus simples barques pouvaient servir à la traversée. La tour en pierres que César fit élever au cap Gris-Nez pour éclairer le détroit, et dont on voit encore les ruines, remplaçait elle-même un phare en charpente beaucoup plus ancien.
Mais si le bassin de la Tamise attirait inévitablement les premiers peuples civilisés du continent, la population aborigène se retirait et se conservait dans l’arête du nord. C’était là qu’habitait la grande nation des Brigantes, qui demeurait à l’état nomade, et qui venait infester dans ses courses les établissements des colons fixés. Peu à peu cependant, parmi les aborigènes se mêlèrent des Celtes, qui leur firent connaître les premiers arts sociaux. Alors s’effacèrent en partie les caractères finnois de la population primitive, qui appartenait vraisemblablement aux races mongoliques. Toutefois les nouveaux occupants ne prirent pas, dans le nord , le développement ni la politesse des agriculteurs du sud. Ils ébauchèrent des cultures temporaires, mais sans se fixer au sol. Sous le nom celtique et proprement welche de Calédoniens, qui signifie habitants des forêts, ils menèrent longtemps une existence rude et nomade. Il faut lire les détails qu’Hérodien et Dion nous ont transmis. On y voit que ces tribus vivaient principalement de lait et de gibier; qu’elles habitaient sous des tentes mobiles, montaient des chevaux petits et rapides comme nos poneys, et combattaient sur des chariots, sans casque ni cuirasse, mais avec un simple bouclier. Ces hommes, endurcis par une vie errante, dédaignaient le vêtement des agriculteurs, pour se
LES ILES BRITANNIQUES. 339
contenter de bracelets et de colliers de fer. Plus lard (aux ma et iv" siècles) on les appela Picti, peints, parce qu’ils pratiquaient le tatouage.
Mais la domination romaine fut de trois siècles; et dans cet intervalle la civilisation marcha toujours du midi au nord. Les armées étaient forcées d’avancer à la suite des colons agriculteurs, pour les défendre. L’ile fut donc cultivée de proche en proche; et pour protéger la partie civilisée, nous avons vu comment on ferma le nord par des murailles, d’abord de la Tyne au golfe de Solway sous Adrien ; puis enfin entre le Forth d’Édimbourg à la Clyde sous Antonin.
Le bassin du Lanarkshire fut le terme des armes romaines et de la propagande celtique. Toute l’ile parlait welche jusqu’à la muraille d’Antonin. Elle se divisait en différents États, qui eurent, à partir du iv* siècle, des rois et des évêques welches. Mais ce mouvement qui s’était propagé du sud au nord par les deux versants de l’arête pennine, et qui avait débouché à son extrémité dans la basse Écosse, ce mouvement allait bientôt rétrograder.
La race germanique, plus jeune et moins amollie, allait menacer de toutes parts les Bretons. Les Saxons s’embarquaient aux bouches de l’Elbe et prenaient possession de l’île par ses deux extrémités. En compagnie des Jutes ou Teutons, ils s’établissaient au midi dans ï’Essex, le Kent, le Sussex (v* siècle) ; joints aux Angles, ils débarquaient dans les ports du Forth et s’emparaient de la basse Écosse. Partant de ces deux foyers, le bassin de la Tamise et celui d’Édimbourg, l’émigration anglosaxonne devait embrasser toute Plie. Où se trouvait encore la résistance? Dans l’arête des Moorlands, dans l’épine dorsale d’Angleterre. Les Bretons welches continuaient à l’occuper, comme un sanctuaire. Plusieurs siècles s’écoulèrent avant que l'invasion, partie du nord et du midi, vînt les atteindre. Mais en 870 les Danes et les Angles forcèrent le passage de la Clyde, et leurs têtes de colonnes se présentèrent aux passes de l’arête transversale des Lead-Hills. Les Bretons, commandés par le roi de Cumberland Constantinus, perdirent