ARÊTE DES ALPES 1LLYRIENSES
Le prolongement de l’arête de Bakonie vient de nous ramener vers les branches divergentes des Alpes. Si nous faisons rémunération de ces branches multiples, nous trouvons successivement : les Alpes subordonnées septentrionales, qui aboutissent au Danube près de Krems; les Alpes principales, qui atteignent ce fleuve près de Vienne; l’arête de Bakonie, dont l’éperon détermine le coude de Wditzen ; enfin les Alpes subordonnées méridionales, qui viennent se terminer à Belgrade. Au delà de ces rayons divergents, qui se rapprochent et commencent même à se confondre vers la sommité du Glockner, il existe encore une arête considérable, qui ajoute une branche nouvelle à cette espèce d’éventail. Nous voulons parler de l’arête des Alpes iilyriennes. Cette chaîne s’étend parallèlement au rivage de la mer Adriatique, depuis la sommité du Terglou, qni est au nord de Trieste, jusqu’à la rencontre du Balkhan, au nœud du Scardus.
Contemporaine de l’Apennin, l’arête illyrienne se rapproche également de la constitution de cette ride. Elle offre les mêmes calcaires, bordés de dépôts tertiaires dans les principales anses du rivage. Ses sommets sont également émoussés; mais les couches ont subi souvent des redressements considérables, et sont même en partie renversées.
Du haut de cette arête, l’Adriatique paraît comme une lanière azurée, qui repose entre les Alpes iilyriennes et l’Apennin. L’élévation du faîte augmente, en générai, à mesure que l’on
approche du nœud du Scardus. Des sommités dolomitiques, qui se suivent comme les dents triangulaires d’une scie , donnent un aspect très-pittoresque au massif albano-bosniaque. M. Kovalevski a décrit avec de vives couleurs l’effet des pyramides du Dormitor, éclairées par le soleil levant, tandis que la base se trouvait encore dans l’ombre.
A la fin de l’été, il n’existe, sur ces sommités, que de simples neiges sporadiques, c’est-à-dire en plaques disséminées. Quelques belles chaussées traversent l’extrémité septentrionale du faîte. Telles sont celles de Trieste à Laibach et deFiume à Carlstadt. Cette dernière porte le nom de Marie-Louise; elle était destinée à remplacer l’ancienne voie Carolinienne, qui franchissait le même faite. Au surplus, la partie de l’arête qui domine Trieste est traversée par un chemin de fer.
Le versant oriental pousse de longs contre-forts, qui se dirigent vers la Save, entremêlés de prairies et de bosquets. Entre ces contre-forts, sont creusés des bassins souvent cratériformes, où les torrents qui sillonnent les crevasses des bancs de calcaire se réunissent comme des rayons à leur centre. Tels sont ceux de Kroupagn, d’Oujitze et de Novibazar.
Le versant occidental tourne ses pentes vers l’Adriatique. La ride ayant une certaine largeur, et sa partie supérieure formant une sorte de plate-forme, les habitants regardent la tête du versant comme une chaîne distincte. Mais cette prétendue ride parallèle n’est que la corniche de la véritable arête d’Illyrie. Elle porte le nom de Pomorska-Planina, c’est-à-dire montagnes maritimes , en slave. Il nous est impossible de la regarder comme une arête distincte. En effet, elle est réellement accolée aux Alpes illyriennes, sans qu’il existe, entre cette corniche et le véritable faîte, un sillon séparateur, comme celui qu’on observe dans les grandes Alpes.
Au milieu des calcaires, le lac de Czirknitz communique, par des canaux naturels, avec des cavités souterraines. Dans les années pluvieuses, il a sept ou huit lieues de circonférence; dans les années sèches, quatre ou cinq. A certaines époques irrégulières, les eaux s’effondrent par les crevasses; on se hâte
m CHAPITRE VII.
alors de recueillir le poisson, de faire la chasse aux oiseaux aquatiques, et d’ensemencer ce fertile limon. Les eaux reviennent ensuite avec rapidité, en faisant entendre un roulement sourd, et le lac rentre dans son état naturel. Il paraît qu’une espèce particulière de canards (aveugles?) accompagne les eaux, dans leur retraite au sein des cavités obscures.
Le versant adrialique, coupé de rivières de courte étendue et de ravins profonds, doit à la domination française, et au règne de Napoléon, une belle chaussée qui va depuis Fiume jusqu’à Raguse. Le Monte-Negro, qui tire son nom de ses forêts de conifères, est logé dans un sillon longitudinal, placé dans l’épaisseur du versant. Le bassin de Scuiari occupe une autre cavité profonde, dans le flanc des masses soulevées. C’est le fond d’un lac décroissant, dont les eaux occupent encore la cuvette centrale. Ce bassin demeure inculte, faute d’irrigations artificielles. Souvent la plaine ne présente que des broussailles éparses d’épine porte-chapeau (1). Ailleurs le sol est jonché de cailloux, et raviné par des torrents dont le lit reste à sec quatre ou cinq mois de l’année. Le bassin de Scuiari vient se terminer à l’éperon montagneux du pays des Myrdites, qui parait le dernier prolongement du Balkhan.
Le rivage illyrien de l’Adriatique présente souvent des escarpements calcaires. Les côtes de cette nature sont d’un abordage sûr en temps de paix, et d’uno défense facile en temps de guerre. C’est là que se trouvent les célèbres bouches de Cattaro, qui sont formées de trois passages naturels, ouverts entre les rochers, et donnant accès dans un port ou bassin intérieur. Sur les dernières pentes du terrain, se groupent des oliviers, des figuiers, des vignes, des arbres fruitiers de toute espèce. De nombreuses bourgades, très-rapprochées, s’élèvent au milieu des masses de rochers et de verdure, et les vaisseaux sont mouillés près des maisons. On ne peut pas contester l’importance ni la beauté d’un pareil site. Mais ce qui manque à Cattaro, c’est une voie naturelle de grande communication à
(1) Paliurut aculeatui.
travers l’arête illyrienne, vers le bassin serbe de la Morava.
Les Alpes d’IUyrie se terminent, comme nous l’avons dit, au nœud du Schar. Avant le nœud, passe la roule d’Ipek à Novibazar, qui pourrait difficilement suffire aux exigences d’une circulation active.
Avant de quitter ces régions , nous ferons mention ici de la petite arête d’Istrie, qui appartient au système de soulèvement Sardo-Corse, et qui dessine la presqu'île qu’on voit entreTrieste et Fiume. Son point culminant, le Monte-Maggiore , cote t398 mètres selon les a Autrichiens (1).
Arête des Alpes illyriennes.
NOMS DES POINTS
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