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ARÊTE DU PINDE

Le Drin ou Drina, en slave fleuve des bois, perce deux fois l’éperon desMyrdiles. Près de son embouchure, au lieu de continuer sa course dans le bassin de Scutari, il passe tout à coup par une brèche située à l’extrémité de l’arête, et au delà de laquelle le rocher qui porte le château de Scutari demeure comme une île. Plus haut, près de son coude principal, le fleuve traverse également l’arête des Myrdites, dans le sens opposé. Près de ce même coude, il reçoit l’adjonction de deux cours d’eau , ou plutôt le fleuve définitif se forme de la réunion des trois affluents, qui portent tous trois le nom de Drina.

La branche qui vieut du lac d’Ochrida coule dans une crevasse très-profonde, parallèle à l’arête du Pinde. Celle-ci appartient au système de soulèvement du Mont-Viso, et forme la ligne dorsale de la péninsule hellénique, depuis le nœud du Sehar jusqu’au cap Matapan. L’arête du Pinde dépasse même considérablement le nœud du côté du nord. Elle paraît atteindre de ce côté les Alpes subordonnées méridionales, et c’est probablement la rencontre des deux soulèvements qui a déterminé le petit relèvement du Phrouska-Gora (1).

Ce petit massif se trouve en quelque sorte détaché de l’éperon par le cours de la Save; mais à la rive droite de cette rivière commence une arête allongée, à sommet rabattu, dont les longues pentes sont couvertes de belles prairies, de forêts de chênes et de couvents. C’est par cet éperon que l’on arrive au nœud du Schar, déjà cité si souvent, et dans lequel se rencontrent à la fois trois arêtes : les Alpes illyriennes, l’arête du

(1) Voyez plus haut, p. 211.

Pinde et le Balkhan. Au delà du nœud, la ride dont nous parlons sépare les deux grands versants de la péninsule : d’un côté celui qui regarde l’Adriatique et la mer Ionienne, et de l’autre celui qui s’abaisse vers l’Archipel.

La première communication importante, au midi du Schar, est la route charretière d’Ochri à Florins, qui conduit du sillon longitudinal de la Drina vers les plaines de la Macédoine. Au plus haut du cours de la Drina, s’étale une charmante nappe d’eau bleue, le lac Lychnidus ou translucide des anciens. L’eau est si limpide, sur un fond graveleux, qu’on distingue les poissons jusqu’à 10 ou 15 mètres. Malgré l’étendue de ce lac, sa profondeur ne dépasse guère 20 à 25 mètres. Les bords sont formés de faibles escarpements calcaires, presque tous couverts de petits chênes. Ochri se montre en face du lac, avec son vieux château romain, qui fut la résidence du roi bulgare Samuel (1).

Dans cette partie de l’arête, la direction du faite s’approche un peu plus de la méridienne ; un chaînon parallèle l’accompagne, et encaisse profondément la vallée du Drin, par la rive gauche. Le sol a été remanié, dans cette région, par le système de soulèvement du Ténare.

Un peu plus au midi, le chemin de Pojani à Castoria conduit le voyageur vers un vaste cratère-lac, logé dans le versant oriental. Les bords de ce lac, dont Castoria occupe une des rives, s’étendent sous des roseaux vigoureux, que baigne une eau peu profonde. Nulle part la profondeur du lac ne dépasse 20 à 25 mètres.

Enfin l’on rencontre, la grande communication centrale de l’Albanie, la route de Janina à Trikala, qui franchit l’arête au Mont-Zigos. Le passage de ce col, par lequel on avait dirigé une voie romaine très-fréquentée, n’est pourtant pas exempt de difficultés, et les neiges l’envahissent déjà en automne. Des sommités qui le dominent, on aperçoit à la fois le golfe de Salonique et la mer qui baigne l’Italie. Au versant occidental,

(i) Doué, la Turquie d'Europe; tome I, p. 76.

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