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PASSAGE DES COLS

La pente des fleuves et des grandes rivières est bien inférieure aux limites précédentes, même à celle des voitures, dans les grandes plaines et dans la partie inférieure des cours d’eau. Mais à mesure qu’on remonte vers les branches supérieures des vallées, la rampe va presque toujours en augmentant. De quelques centimètres par kilomètre , elle devient successivement 2 ou 3 mètres. A 2 mètres par kilomètre, la navigation cesse pour l’ordinaire ; à 3 mètres, le flottage n’est plus guère possible par trains liés, mais seulement à bûche perdue. A 3 et 6 mètres de pente par kilomètre, le cours d’eau devient torrentueux.

En approchant du faite des arêtes, le thalweg se relève toujours; il est entrecoupé de rapides et de cascades. Ses détours dans d’étroites lézardes allongent indéfiniment le chemin. On ne peut donc se dispenser d’élever la route à flanc de ravin, par une rampe plus uniforme ; d’abréger les siuuosités , eu perçant les promontoires saillants que contourne le torrent; de passer enfin d’une paroi du ravin à l’autre, dans les angles trop brusques, en jetant des ponts à de grandes hauteurs.

En seul exemple fera mieux comprendre les difficultés d’un passage de montagne, passage qui serait cependant tout à fait impossible sans les crevasses qu’occupent les torrents. L’exem-

(1) D’Aübuisson, Traité ûe géognotie, bout, édit., 1. 1, p. 72.

DES FORMES DU SOL

pie que nous choisissons est la grande chaussée du Simplon, qu’une foule de voyageurs ont parcourue.

Après avoir remonté le Rhône, le long de scs rives, et dans une large vallée , depuis le lac de Genève jusqu’au village de Glys, on rencontre la chaussée du Simplon, qui se détache par un à-droite de cette vallée longitudinale, et franchit la ride des Alpes dans sa plus courte épaisseur. Il s’agit donc de s’engager dans un ravin transversal , affluent du Rhône, pour s’élever vers le col.

Pour son début, la chaussée passe le torrent de la Saltina, dont elle va suivre l’autre rive ; elle en franchit l’embouchure sur un pont en charpente d’une seule portée, de 27 mètres de longueur. Elle se développe ensuite sur les parois d’un ravin latéral jusqu’au-dessus du hameau de Riette, où elle se met à gravir rudement la rampe, à travers une forêt de pins et de sapins. Elle sort des bois au-dessous du cap de Ganther, où elle rencontre l’ancien chemin , au bord d’un précipice trèsprofond. Dans le ravin de Ganther, elle franchit un torrent, sur un autre pont en charpente de 23 mètres d’ouverture. Après avoir serpenté dans des alpes ou pâturages, la route suit la rive gauche du ravin de Ganther jusqu’au cap de Rothewald, rentre dans la gorge de la Saltina, traverse la galerie de Schalbet de 33 mètres de longueur, et s’avance, parmi des pâturages alpins, vers le passage le plus roide et le plus difficile, qui se trouve au-dessous du glacier de Kalt-Wasser. A l’extrémité de ce glacier se présente une nouvelle galerie de 42 mètres. Jusque-là le voyageur a passé à travers de nombreux glaciers; de grands aqueducs en reçoivent les eaux et les déversent en cascades ; des murs de soutènement d’une grande élévation protègent le passage. C’est ainsi qu’on arrive au point le plus élevé, où les mélèzes cessent de croître, mais qu’embellissent encore les rhododendrons.

La chaussée se met ensuite à descendre par le versant méridional. A 6 ou 7 kilomètres du sommet, elle rencontre le village de Simplon, au fond d’une gorge étroite, fermée par des masses imposantes de rochers, entrecoupées de glaciers im-

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