CL.\L'SKS PÉNALES
Aut. 33. — Le Directeur est libre de contracter, avec ses artistes et eniployés en général, tels engagements (|u il jugera convenables et de nature à assurer la marche et le succès de son entreprise. .Mais quelles que soient ces stipulations, il sera seul responsable, savoir : vis-à-vis de IWutoritr- compétente, pour toutes les mesures d'ordre public ; à I égard de la N'ille. pour toutes les obligations résultant de l'acceptation des présentes, ainsi que pour les mesures relatives aux dangers d'incendie et à la sécurité des personnes.
Ai«T. 34. — Le Directeur devra justifier au Maire, le 1 ' août 1.S.S2. au plus tard, (jue sa troupe est formée pour la première campagne.
Avant l'ouverture de chacune des campagnes suivantes, il devra fournir la même jusiilication un mois avant l'ouverture du Théâtre.
Dans la formaticju de la troupe seront comjiris. outre les acteurs, les orchestres, chœurs, comparses et employés.
Il donnera le tableau général de sa troupe sans aucune exception, avec indication des émoluments de chacun, il devra, en outre, pour les artistes, faire connaître les théâtres d'où ils sortent.
Le .Maire aura le droit de faire compléter le tableau, s'il juge la composition de ces troupes iiisutlisante.
Aut. 3;j. — Le Directeur obligera les arti.>lL> qu il engagera à faire des débuts; il devra, en ce qui concerne ces débuts, se conformer aux règlements de police existant ou à intervenir.
.\irr. 3(i. — l"n arrêté du .Maire réglera le service médical. Les médecins qui en seront chargé-s seront noinmi's par le .Maire, sur la IMésentation du Directeur.
Akt. 37. — Si le Directeur faisait relâche sans y être autorisé par les présentes ou par l'Administration, il serait personnellement passible, envers la Ville, de dommages et intérêts égaux à un dixième de
la subvention mensuelle en arp;ent. sauf les cas de force majeure dûment constatés. Le Maire retiendrait cette indemnité sur le plus prochain versement de la subvention.
Art. 38. — Si le Directeur, malgré rinjoiu-tion de I Administration, constatée par un simple acte administratif de mise en demeure, persistait à ne pas ouvrir le Théâtre et (|ue le relâche se prolongeât durant cinq jours, l'Administration pourrait considérer la concession comme résolue de plein droit et faire procéder à linstallation d'un nouveau Directeur, et ce, sans préjudice des dommages-intérêts dus à la Ville.
Akt. 39. — Il est interdit au Directeur de laisser pénétrer les personnes étrangères au service, soit de la direction, soit de la surveillance municipale, dans les foyers des artistes, choristes et dans les dépendances de la scène, coulisses, etc.
Il lui est également interdit d'autoriser les artistes et choristes à se rendre dans la salle pendant les re|)résenlations ou répétitions.
AnT. 40. — Il ne sera tenu de bulïet dans le Théâtre des-Arts ou dans ses dépendances, que sur l'autorisation de l'Administration municipale.
Art. 41. — Chaque soir, après le spectacle, des housses devront recouvrir les galeries et toutes les parties (|ui peuvent être protégées contre la poussière.
Art. 42. — Outre les livres que lui impose le Code de commerce, le Directeur tiendra un livre de caisse et un livre d'émargements sur lequel il fera signer les artistes et les employés au fur et à mesure des paiements qui leur seront faits.
Le Maire ixmrra |)rendre connaissance des écritures et des livres de la direction, ainsi que des pièces justilicatives à l'appui, toutes les fois qu'il le jugera convenable.
Art. 43. — Tous les trois mois, le Direcicur |)résentera au Maire un état détaillé constatant jour par jour les recettes et dépenses du trimestre et la situation de l'entreprise.
Art. 44. — Pour assurer l'accomijlissement de ses diverses obligations, le Directeur devra, avant l'acceptation de sa proposition, déposer à la Caisse municipale, soit en espèces, soit en rentes sur l'Ktat, un cautionnement de 2o.000 francs.
Ce cautionnement est alTecté, en premier ordre, à la garantie des droits que la Ville peut avoir à exercer contre la direction, et en second lieu, à celle des obligations du Directeur envers les artistes et employés du Théâtre.
Art. 4o. --- Dans le cas où le Directeur ne remplirait pas une des charges qui lui sont imposées, notamment pour l'entretien de la salle et de ses dépendances, celui du matériel, sa réparation et son remplacement, pour la tenue de tous les locaux en étal de propreté et autres obligations de sa geslion, soit envers la Ville, soit envers le personnel tlK'àlral. If Maiic aura la facullc- iVy pourvoir aux frais du Directeur. Le montant des dépenses ainsi faites sera prélevé parle Maire, soitsur
le iiioiilaiit (lu rautioiineiDent dcposô, lequel devrait être rétabli, pour son clullro iiilc'-jLfrai, dans la luiitaine dune mise en demeure administrative, soit sur le nionlanl de la subvention.
Amt. 4(i. — [.a pri'-senlc concession serait résolue de plein droit, mais si bon semblait à la Ville et en tant qu'elle voudrait user de cette résiliation, dans le cas où le Directeur man(|uerait à lune des obligations (jui lui sont imposées par le présent.
Art. m. Le Directeur sera obligé de supporter tous les travaux qui devraiient être exécutés dans le Théâtre, sans réclamer aucune indemnité, ces travaux auraient-ils lieu même pendant le cours de la campagne.
Anr. 4S. — Dans le cas où I .Autorité supérieure croirait devoir, dans un intérêt public, ordonner la fermeture du Théâtre, ou s'il intervenait des dispositions législatives ou réglementaires moditianl le régime actuel du Théâtre ; si, entin, une cause de force majeure pour la Ville (incendie, calamité publi(|ue, inondations, guerre civile, invasion, troubles ou autres circonstances de (|uel(|uo nature qu'elles soient), empêchait des représentations et mettait obstacle à l'exploitation du Théâtre, le Directeur ne pourrait r('clamer de la \ille aucune indemnité'.
Anr. 4'.). — Tous les frais de timbre et d'enregistrement et autres, qui pourraient résulter des présentes, seront acquittés par le Directeur, sans (|u'aucuiie de ces dé[)enses puisse être mise à la charge de la Ville.
.\nT. ;>0. - Le Directeur ('lit domicile à Kouen, en la salle du Théàtredes-Arts, rue Grand-l'ont, pour toutes les suites des présentes; les correspondances, notitications, exploits, lui seront adressés en ce lieu, comme à personne et véritable domicile.
Les contestations relatives à l'exécution et à I inter|)iétation des présentes conditions de l'exploitation du Théâtre seront jug{''es par les Tribunaux compétents du ressort de Houen, auxquels le Directeur déclare a4ti-il»uer juridiction, â l'excliisioM des Tribunaux de son domicile réel.
Dans hi intMiie sémice, le Conseil municipal fut appelé à faire clioix d'un directeur.
Les candidats étaient au nombre de 20 :
MM. Bkllikh, ancien directeur du Tiiéàtre de Lille;
Beknahd, directeur du Grand-Tliéàlre et du Tiiéàlre des Nations, de Marseille ;
BoRSAT DE Lavehmkkk, aucieii directeur de divers Tlitîàtres ;
Bouvard, adminislrah'ur du Théâtre du Capitule, à Toulouse ;
CoLLiN, directeur (lu Tliéàtie-Frauçais à Boiien ;
CouLON, directeur du Grand-Tliéàlre de Cand, qui, il est
bon de le rappeler, avait été désigné pour exploiter notre première scène pendant les campagnes 1876-1877, 1877- 1878 et 1878-1879, mais que l'incendie avait empèciié de jouir de son privilège ; MM. Daiglemont, ancien directeur del'Odéon; Elchetto, artiste lyrique; Gautier, directeur du Théâtre de Reims; Gravière, directeur du Tliéâtre de Genève; Lafon, directeur du Théâtre de Nantes; Lemoigne, qui dirigeait le Théàtre-des-Arls en 1876; Max, directeur du Casino de Luchon ; Millet ;
MÉVAL et Maxime, directeurs du Théâtre de Rennes; MoNNiER de Joly, directeur du Théâtre de Lille; Paul, ancien maître de ballet à Rouen; Pezzani, ancien directeur du Théâtre d'Anvers; RocHETTE, directeur des Théâtres de Caen et de Bayei;x; RouBAUD, directeur des Théâtres d'Angers et de Saumur. Par 23 voix, contre 5 accordées à M. Lemoigne, le Conseil désigna M. Pezzani qui, après avoir tenu l'emploi de baryton à Montpellier, Bordeaux, Marseille et Bruxelles, avait dirigé les Théâtres de Gaud et d'Anvers.
C'est donc M. Pezzani qui devait avoir l'honneur d'inaugurer la nouvelle salle.
Inaïujuratioii. — Cette cérémonie eut lieu le samedi 30 septembre 1882, en présence de MM. Fallières, Ministre de l'Intérieur, DuvAUx, Ministre de l'Instruction publique, Tirard, Ministre des Finances, Logerotte et Develle, Sous-Secrétaires d'Etal aux Beaux-Arts et à l'Intérieur, M. Ambroise Thomas, Directeur du Conservatoire, M. Morton, Ambassadeur des Etats- Unis, M. Roger Ballu, Inspecteur des Beaux-Arts, M. Garnier, Architecte de l'Opéra, M. Renaud, ancien Préfet de la Seine- Inférieure, Directeur général des Contributions indirectes, M. Halanzier, ancien Directeur de l'Opéra et du Théâtre-des- Arls, M. Songeon, Président du Conseil municipal de Paris, les représentants de la presse parisienne, etc. . .
Inutile d'ajouter que toutes les autorités et personnalités
locales étaient présentes et que la salle était comble jusqu'aux quatrièmes galeries.
La soirée commença par l'ouverture de La Dame Blanche; il appartenait bien en ellet au maître rouennais d'éveiller le premier les échos de la nouvelle salle, mais le véritable spectacle consistait dans une représentation des Huguenots qui fut un triomphe pour l'excellente troupe d'opéra de cette année-là.
Au cours de la soirée, le Ministre de l'Instruction publique remit à M. Sauvageot, la Croix de la Légion d'honneur et à M. MoMAS, chef d'orchestre, les palmes d'Officier d'Académie.
Saison lyri(|iie. — La troupe avait paru pour la première fois devant le public dans Les LLufjuenots, œuvre (]ui, par la suite, a été fatale à bien des artistes, surtout aux ténors. Les débuts se succédèrent ensuite, mais s'éternisèrent jusqu'au 29 janvier, soit pendant quatre mois, sans toutefois donner lieu à aucun incident digne d'être noté Après le remplacement des artistes refusés ou ayant dû résilier leur engagement, la troupe fut composée comme suit :
MM. MoMAS, chef d'orchestre ;
Mabchot, deuxième chef d'orchestre;
Bouvard, régisseur général ;
Devilliers, fort ténor ;
FuRST, ténor léger ;
Jouanne, deuxième ténor ;
Manouhy, baryton de grand opéra ;
PoNSARD, basse noble ;
Paravey, basse chantante;
Sernin-Chevalier, deuxième basse;
DE Béer, trial ;
MiNNE, laruette; Mmfs Baux, forte chanteuse falcon ;
"Vachot, chanteuse légère de grand opéra;
Dorian, chanteuse légère d'opéra-comi(jue,.
DE Basta, contralto ;
Mendks, première du gazon ;
Lecomte, deuxième dugazon;
Grenet, duègne ;
M. Théophile, maître de ballet, premier danseur;
jVliies Ferrus, première danseuse noble;
Carabelli, première danseuse demi-caractère.
Les vieux habitués retrouvaient, dans la personne du régisseur général, l'ancien ténor léger apprécié de la saison 1868-1869.
On remarquera une lacune dans ce tableau de troupe où ne figure pas de baryton d'opéra-comique. Après l'échec successif des trois artistes engagés par M. Pezzani, ce dernier se déclara dans l'impossibilité d'en produire un digne de notre scène et l'emploi resta vacant toute l'année.
Répertoire. — On a repris pendant cette saison 1882-1883, 24 opéras et opéras-comiques qui avaient déjà été donnés sur l'ancien Théàtre-des-Arts. Nous nous contenterons donc d'en faire une simple énumération, mais en indiquant la date de la première représentation à Rouen de chacun d'eux.
Le Barbier de Séville (4)'.
(27 février 1823).
Le Chalet (7).
(16 janvier 1833).
Charles VI (3).
(7 mars 1846).
La Dame Blanche (4).
(23 février 1826).
Le Domino Noir (4).
(30 mars 1838).
Les Drafjons de Villars (7).
(19 mai 1838).
Faust (11).
(11 avril 1860).
La Favorite (17).
(23 décembre 1841).
La Fille du Régiment (7).
(22 avril 1843).
Galuthée (4).
(26 mars 1854).
(luillaume Tell (8).
(18 avril 1833).
Handet (12).
(29 mar.'^1S7C)).
Mandée (6).
(31 mars 1849).
Les Huguenots (13).
(11 janvier 1837).
La Juive (19).
(3 février 1836).
Lucie de Lammermoor (4).
(24 décembre 1839).
Le Maître de Chapelle (8).
(7 juillet 1823).
Mignon (12).
(9 décembre 1868).
Les Mousquetaires de la lieine (6).
(20 avril 1846).
Le Postillon de Longjunteau (3).
(27 mars 1837).
Rigoletto (3).
(13 mai 1861).
Robert le Diable (10).
(3 avril 1832).
Le Songe d'une Nuit d'FJé (3).
(30 janvier 1831).
Le Trouvère, (9).
(4 avril 18;)9).
1 . Le cliid'iT |»lac('' a la siiilr du titre iii(li(|iii' le ii<>uil>n' de rt'|iivsi'iilalions de l'œuvre pendant la saLson.
En général, l'interprétation du grand opéra fut supérieure, tandis que celle de Topéra-comique laissa souvent à désirer dans reusenil)le.
Nouveauté.— M. Pezzani, pour se conformer à l'article 22 du cahier des charges, devait monter pendant la saison un grand opéra en 4 ou 5 actes et un opéra-comique en 3 actes au minimum, et ces deux œuvres étaient à prendre parmi celles n'ayant pas été représentées à Rouen depuis vingt ans.
Il avait porté son choix sur Françoise de liimini, d'Amhroise Thomas, et Carmen, de Bizet.
(Uirmen ne remplissait certainement pas les conditions requises, carie Théâtre Lafayelte en avait donné trois ans auparavant une série de représentations, dont la première avait eu lieu le 8 janvier 1880, avec Mn« Alhiry, MM. Fellin et Rimmel dans les principaux rôles, mais le Conseil municipal ne souleva aucune objection et en sonnue il fit bien.
La première de Carmen eut donc lieu le 21 février 1883 avec la distribution suivante : MM. Furst (don José), Paravey (Escamillo),Mii«Mendès(Carmen),MiieDorian(Micaëla),MM. Jouanne, Sernin-Chevalier, de Béer, M^'^^ Lecomte et Bouvard.
Cette jolie partition fut fort bien accueillie et fut donnée quatorze fois. On sait quel succès elle a obtenu par la suite, mais nous renonçons à faire le compte des chanteuses qui ont voulu aborder ce rôle complexe et difficile de la Carmencita où les meilleures ont échoué.
Par contre Françoise de Uimini ne parut pas sur l'affiche celte année-là, le compositeur et le librettiste ayant estimé que la fin de saison était trop proche et l'orchestre encore trop insufiisant pour en donner une interprétation satisfaisante.
Cette infraction au cahier des charges eut une sanction : le Conseil municipal retint à M. Pezzani une somme de 3.000 francs sur la subvention afférente au mois d'avril 1883.
Combien de directeurs ont pris par la suite d'aussi grandes libertés avec ce cahier des charges sans encourir une pareille pénalité !
ReprésenUitions au prolil des Hospices. — Elles eurent lieu, la première le 27 décembre 1882, avec Hamlel (recelte
3134 fr. 70); la seconde, le 7 avril 1883, avec La Juive (recette 3151 fr. 80).
Bals. — Trois bals furent organisés pendant la saison 1882- 1883 :
Le premier au profit des Pauvres, sous le patronage de la Franc-Maçonnerie rouennaise, eut lieu le 20 janvier 1883.
Les deux autres furent donnés à l'occasion du Mardi-Gras (5 février) et de la Mi-Carême (l^"^ mars).
Opérette après saison. — La saison lyrique ayant été close le 30 avril 1883 et ayant ainsi duré sept bons mois, M. Pczzani monta l.a Prinresne dca Canrtria^, opérette en 3 actes, de Chivot et Duru, musi([ue de Ch. Lecocq.
L'introduction de l'opérette sur notre première scène ne manqua pas de soulever des récriminations et parut constituer une sorte de sacrilège. Et cependant ce genre n'était donné que hors saison et ne prenait pas encore la place du grand répertoi re !
Quoi qu'il en soit, la Prinressc des Canaries fut représentée le 5 mai 1883 et fut donnée douze fois encore avec un assez grand succès dû à l'interprétation confiée à des artistes des Folies- Diamatiques : M""*** Simon-Girard et Jeanne Andrée, MM. Delannoy, Simon Max et De Kernel.
Représentations ayant snivi la saison. — La représentation du 14 juillet 1883, organisée par la Ville, se composa des Ouvriers, drame en un acte de Manuel, et des Enfants d'Edouard, de Casimir Delavigne, avec MM. Lambert père et fils et une bonne troupe qui donnèrent le lendemain une seconde représentation à leur compte, payante bien entendu.
Enfin, les 18 et 19 juillet, M^o Sarah-Bernhardt et M. Pierre Berton, très bien entouiés, vinrent jouer avec un grand succès Fédora, de Victorien Sardou.
Conférence. — Le 17 juin 1883, à l'occasion de la fôte du Sou des Ecoles, organisée par la Ligue de l'Enseignement, une conférence fut faite sur la Défense nationale par Paul Déroulède, délégué de la Ligue des Patriotes, sons la présidence de M. Henri Martin, le grand historien, président de cette Ligue.
Recettes. — Elles s'élevèrent :
Pour la saison lyrique à \Sl.i09l. 15
Pour les représeiilatloiis d'opérette, celles ayant suivi la saison, les bals 35.093 25
Soit au total 517.102 f. 40
Deux grosses recettes furent faites : à la deuxième représentation des Huguenots (4,074 fr. 90) et à la première de Guillaume Tell; mais, chose curieuse, les deux plus faibles furent constatées à deux matinées du dimanciie avec l.e Maître de Chapelle et Galafhée (647 fr. 30) puis avec fj'n l)raf/om île Villars (804 fr. 15). C'est sans doute à ce piteux résultat qu'est duc la suppression des matinées dominicales à compter du 3 décembre 1882.
DIRECTION PEZZANI, PUIS CAIMPO CASSO Année théâtrale 1883-1884.
M. Pezzani, nommé directeur pour trois années, fit la réouverture (lu Théâtre avec Les IJuguenotfi, le 29 septembre 1883, mais il ne termina pas la campagne et fut remplacé dans des conditions qu'il est préférable de relater immédiatement, pour n'avoir plus à y revenir, et n'avoir pas à modilier le plan que nous nous sommes tracé une fois pour toutes.
Dès le début de la saison, les recettes s'annonçaient comme devant être sensiblement inférieures à celles de l'année précédente. Pour attirer le public qui connaissait maintenant la nouvelle salle, il eut fallu renouveler le répertoire et monter des ouvrages non encore représentés, chose d'autant plus facile que la plupart des artistes ayant été réengagés, n'avaient plus à subir qu'une épreuve de rentrée et que la période des débuts pouvait être ainsi rapidement terminée.
M. Pezzani ne parut pas se rendre compte de la situation et en fait de nouveautés, donna pendant les deux premiers mois La Traviata, L' Africaine, Si fêtais roi et Bonsoir M. Pantalon. Aussi les recettes furent-elles de 52,700 francs et 59,800 francs au lieu de 92,000 francs et 78,500 francs en 1882.
Ne se trouvant pas en mesure de payer ses artistes, n\ son personnel, M. Pezzani sollicita, le 5 décembre, le versement de la part de subvention échue fin novembre. Or, aux termes du cahier des charges, la subvention ne devait être servie, chaque mois, que sur la justification du paiement de tout le personnel, artistes, chœurs, orchestre, ballet, employés.
Le Directeur s'étant donc mis en dehors des conditions imposées, un arrêté du Maire, en date du 7 décembre, résilia la concession accordée à M. Pezzani qui quitta Rouen le lendemain et fut mis en faillite par jugement du Tribunal de commerce en date du 18 du même mois, faillite clôturée d'ailleurs en 1885 faute d'actif.
Mais la situation était grave et il fallait aviser. A la suite de
négociations engagées avec les délégués des artistes, le Conseil municipal autorisa le versement de 10.000 francs sur la subvention afférente au mois de novembre, aux choristes, musiciens, danseuses et employés
Grâce au versement du solde de la subvention de novembre, du versement anticipé de la subvention de décembre et dune somme de ll.o49 fr. 45 reconnue nécessaire pour payer le petit personnel, le Conseil municipal réussit à conjurer la crise, et les artistes, réunis en société, assurèrent l'exploitation du Théâtre jusqu'à la fin de décembre, sans que les représentations eussent été une seule fois interrompues.
Dès le départ de M. Pezzani, M. Deloche, dit Campo-Casso, ancien directeur des théâtres de Lyon, de Marseille et de Toulouse, avait sollicité la direction du Théâtre en régie jusqu'à la fin de la saison 1883-1884; après d'assez longs pourparlers entre la municipalité, les artistes et le petit personnel, le Conseil municipal ratifia, le 28 décembre 1883, un arrangement aux termes duquel les artistes s'engageaient à continuer leur concours au Théâtre-des-Arts jusqu'à fin avril 1884, sous la direction de M. Campo-Casso, moyennant l;i garantie par la Ville de leurs traitements actuels. Mais sur ceux-ci devaient être prélevés, au prorata du traitement de chacun, les honoraires du Directeur ainsi fixés: