I. — L'OUVRIERE
L'ouvrière d'autrefois.
« L'ouvrière! mot impie, sordide, qu'aucune langue n'eut jamais, qu'aucun temps n'aurait compris avant cet âge de fer, et qui balancerait à lui seul tous nos prétendus progrès! »
On pourrait croire, et l'on a cru, d'après cette généreuse indignation de Michelet, qu'avant 1' « âge de fer » de la grande industrie capitaliste, 1' « ouvrière «n'existait pas. Or, s'il est prouvé par des statistiques et des observations certaines que le machinisme a permis Vindustrlalisation progressive de la femme, il n'en est pas moins vrai que, sous l'ancien régime, la femme contribuait à la production industrielle.
Sans doute, il est exagéré de dire que la femme et l'enfant « y contribuaient plus largement encore qu'aujourd'hui2 », parce qu'ils n'avaient pas, comme aujourd'hui, envahi presque toutes les industries. Mais dans l'industrie textile, où l'on travaillait chez soi, sur commande, les femmes constituaient peut-être la majorité des travailleurs. Parce qu'elles restaient chez elles, les historiens et les sociologues n'ont pas pris garde qu'elles étaient des ouvrières.
D'ailleurs les femmes étaient déjà enlevées au foyer familial, puisqu'elles travaillaient sur le carreau de la mine, à trier le charbon, et qu'elles surveillaient les broches ou poussaient la navette dans les grands ate-
1. V. l'Ouvrière; de Jules Simon; Maurice et Fernand Pelloutier, la Vie ouvrière eu France, et surtout l'excellente, précise et longue étude que M. H. Dagan a consacrée à « la femme ouvrière » dans son livre : De la Condition du peuple au vingtième siècle.