‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de ParisChapitre 443 sur 451 · XI. - LETTRE DE Là SŒUR A YITASSE SUR SON PROCÈS · texte numérisé non relu

XI. - LETTRE DE Là SŒUR A YITASSE SUR SON PROCÈS

R. Que non, sinon qu'il sait que l'on paye annuellement à la femme du dit d'Àrenberg une somme de dix mille livres pour dot annuellement.

D. S'il sait l'époque du dernier paiement?

R. Que non, et ignore même quel est le receveur de la dite Lauraguais qui est chargé du paiement ; car tantôt c'est l'un, tantôt c'est l'autre.

D. S'il a connaissance que la dite Lauraguais ait écrit ou fait écrire au prince de Saxe-Teschen, qui commandait les assiégeants de Lille, pour l'engager à traiter ses vassaux avec égard?

R. Que non.

D. S'il a un défenseur? *

On ne revient pas, dans cet interrogatoire, sur une dénonciation anonyme qui lui rapportait ce propos au sujet de l'expédition de Hollande : « Que ne làche-t-on les écluses à... Si je les tenais, j'aurais bientôt englouti tous ces gredins. »

(Ibid., pièce 58).

(Page 418.)

Extrait eu récit ae la MMr Angélione-rrsjsjcoise Vitesse, «or la aeteatlen à Part libre et le Jugement «es hait religieuses, «oat elle est «se.

.. .Nous fûmes huit jours sans entendre parler de rien ; notre défenseur ne vint pas, comme le juge nous l'avait dit, et nous commençâmes à croire que cela pourrait bien n'avoir pas d'autre suite, lorsque le 7 février, à cinq heures du soir, un huissier du tribunal et un gendarme vinrent nous prendre |K>ur nous conduire à la Conciergerie. On nous mit à la paille, deux par deux, dans de grandes chambres qui ressemblaient à des caves par leur humidité et leur noirceur. On y était couvert de vermine, ce qui n'est pas une petite souffrance, car on ne peut avoir, la nuit, un seul moment de repos. À peine fûmes-nous entrées que l'on vint nous chercher pour

aller recevoir nos lettres d'accusation ; elles nous annonçaient notre jugement pour le dimanche 9 février. Un geôlier des plus malagréables nous reconduisit dans notre nouvelle demeure ; nous y étions au nombre de seize ; mais heureusement pour nous nos compagnes d'infortune se trouvèrent fort honnêtes. Nous éprouvâmes à la Conciergerie de nouveaux bienfaits de la diviue Providence. Mme Chenet avait un vésicatoire que l'on fut obligé de fermer sans aucune précaution, et elle n'en fut point incommodée ; lorsqu'on vint nous prévenir, j'avais un accès de fièvre assez fort : il disparut sur-lechamp et ne revint plus. Des dames pleines de piété nous assistèrent avec une bonté et une charité admirables; elles firent entre elles une quête qui paya notre défenseur, qui ne voulait pas se charger de notre cause sans avoir reçu deux cents livres d'avance ; il ne vint qu'au milieu de noire jugement et ne dit pas un root.

Le dimanche, jour bienheureux où nous fûmes en spectacle à Dieu, aux anges et aux hommes, arriva enfin; nous étions tellement persuadées que ce serait le dernier de notre vie que nous avions toutes fait notre préparation à la mort. A midi, on vint nous appeler pour monter au tribunal : un tremblement universel s'empara de moi. Le concierge nous Ata tout ce que nous avions dans nos poches, et une douzaine d'hommes conduisirent nos pas par beaucoup de petits chemins noirs très étroits et très sales : il y en avait d'autres très grands et très vastes. Nous montâmes beaucoup. Pendant le chemin, j'éprouvai l'étendue de ma faiblesse; nous fûmes obligées de passer par une porte très basse, je ne m'aperçus point de sa petitesse et, ne me baissant point pour passer, je me donnai un grand coup à la tête. Le gendarme, qui en fut très effrayé, fit ce qu'il put pour me procurer un verre d'eau, mais cela ne fut pas possible ; il me demanda si je souffrais beaucoup, je lui répondis en [sur] place que je ne l'avais pas senti : effectivement, le trouble que je ressentais était si grand qu'il m'empêchait de rien sentir. Je fus effrayée de ma faiblesse et je priai Dieu d'avoir pitié de moi et d'être lui-même ma force.

Page 1