RAPPORT DE LV COMMISSION DES VINGT ET UN CONTRE CARRIER
onsuile l'analyse de ces pièces, qui contenaient les principaux griefs mis à la charge de Carrier : ses imprécations contre les habitants de Nantes, ses déclamations contre les riches, contre les marchands, qu'il menaçait de faire décimer et fusiller; ses violences contre le comité révolutionnaire lui-même, qui lui paraissait tiède; sa lettre au général Haxo, où il annonçait Tintention d'exterminer les habitants de la Vendée; la formation de la compagnie de Marat, qui, à raison de 10 1. par jour pour chacun de ses membres, avait mission de surveiller et se donnait le droit d'arrêter et de piller les suspects; les satellites particuliers du proconsul, qui avaient bien plus de libertés encore; les 80 (90) prêtres qui, aux termes de la loi, devaient être déportés, et qu'il ût noyer sans pi us de formes ; les noyades érigées dès lors en moyen de vider les prisons ; les mariages républicains, corollaires infâmes des noyades, les orgies sur les bateaux qui servaient à ces exécutions, et tous les excès d'un despote qui ne connaît aucun frein à ses passions, à ses caprices.
suivi. Pour s'en asâurcr, il s'est arrétn dans un passage ; il a vu que rhommc qui le suivait s'arrêtait aussi : alors il a menacé cet espion qni se trouva être un inspecteur de police. Cet liomuie cria aussitôt : « Force à la loi. » Un gendarme sortit û ce cri et voulut airèlcr Carrier; celui-ci montra 8;i carte de représentant du peuple : le gendarme le respecU comme il le devait. Cependant l'inspecteur de police continuait de crier qu'on arrêtât Carrier. Un vétéran, ollicior du poste, le. prit iiu collet et l'entraîna à la commission des Vingt et un, quoique Carrier lui montrât sa carte, qu'il méconnut. Notre collègue nous a rapporté que le gendarme lui avait dit qu'il l'accompagnerait jusqu'à la commission pour le protéger. (Appfaudisêemetits,) Les informations qu'on a prises ont prouvé que cet inspecteur de police, qui prétendait avoir des ordres, n'en avait n^ellrnient pas. » [Moniteur du 14 brumaire an HI, 4 novembre 1703.) — A cette occasion, Dulicm se plaignit vivement de ce que le tribunal révolutionnaire avait fait adicbcr l'acte d'accusation du comité de Nantes dans Paris, a pour prévenir l'opinion publique et capter le suffrage des jurés ». — Un de ses coI%ucs, nommé Cigogne, dit qu'il ne s'étonnait pas de le voir attaquer le nouveau tribunal révolu lion na ire, lui qui avait été l'apologiste du tribunal du 22 prairial. — la querelle aurait pu a'cnvenimcr ; la Convention pa«sa à l'ordre du jour. {Ibid.)
« La lecture de ces pièces, dit le compte rendu du Moniteur, est fréquemment interrompue par des frémissements d'horreur et d*indignalion. d
Le rapporteur finissait en exprimant Topinion de la commission : a qu'il y avait lieu à accusation contre le représentant du peuple Carrier :».
Plusieurs voix réclamaient déjà l'arrestation de Carrier, quand ildemanda à être entendu, et ce n'était plus le temps où Ton se croyait permis de procéder contre un représentant du peuple sans Tentendre.
Il lut à la tribune un mémoire justiiicatif où il commença par déplorer la fatalité des événements, fatalité qui, pour les fonctionnaires publics, rend la roche Tarpéienne voisine du Capilole. Il y a six mois, « sa tête était couverte de lauriers» ; aujourd'hui, a il est accusé : serait-ce parce qu'il a éteint les torches du fanatisme qui embrasaient plusieurs départements? » etc.
Il s'élevait ensuite contre le tribunal révolutionnaire, « présidé, disait-il, par un homme qui appartient à la Vendée, puisque Dobsent est né dans le département des Deux-Sèvres, et composé de royalistes, de fédéralistes et de contre-révolutionnaires, de brigands et de chouans dont la horde vient ensuite peupler les tribunes de la Convention pour influencer ses délibérations», ajoutant que c( ce procès est celui de Charelte contre les vainqueurs de la Vendée ».
Après cela, il évoquait les souvenirs des principaux faits de la guerre de Vendée, affirmant que tous les brigands amenés à Nantes et mis à mort avaient été pris les armes à la main. Le comité de Nantes existait avant son arrivée; Taccusé lui laissait par prétention la responsabilité des noyades. Pour lui, il n'avait fait qu'exécu-