Archives, W 497. n
5. Ibid., W 497, n* 532. Moniteur du 3 germinal (23 mars 1795).
ACQDITTEHENTS t LE GËNËRAL RÉVOLimONNAIRE DUFRAISSE 73
SqUc des Rcquiltements : 2-6 germinal [22-26 mars 1705) : Dufraissc, général de l*arméc révolutionnaire du département du Nord.
Le lendemain 2 germinal (22 mars), commençait un procès d'une autre nature. L*accusé était Simon DuFRAissE, âgé de 32 ans, avant la Révolution négociant à la Rochelle, puis comédien au théâtre de la citoyenne Montansier, juré au tribunal du 17 août 1792, aide de camp du général Norton de Chabrillant, adjudant général chef de bataillon, adjudant général chef de brîgade, ex-commandant de Lille, général de Tarmée révolutionnaire du déparlement du Nord, ensuite général de brigade à Tarmée des Côtes-du-Nord. C'était un de ces démagogues qui se faisaient un jeu de répandre partout l'alarme et la terreur. Commandant général de l'armée révolutionnaire du Nord, il avait imaginé, avec Lavalette, une cartouche à délivrer à lous les soldats, représentant une guillotine ambulante, flanquée de faisceaux d'armes ; on y lisait : Le peuple est las d^ traîtres^ et La terreur et la guillotine sont à V ordre du jour. Le cachet du général portait la même empreinte : une guillotine avec cette inscription : Scélérats^ la guillotine est là; et dans Tentéte de ses lettres, au milieu des mots ai^mée révolutionnaire du département du Nord^ on voyait une guillotine montée sur quatre roues, et en avant le bourreau présentant une téte^
i. ÀKhiTea, W 407, n* 535, pièce 106; cf. même dossier, un extrait du procès-Terbal de la société populaire de Douai, 10 brumaire an III : c Que tout le monde doit se rappeler que ce scélérat, arrivant dans cette commune, fit aRicher partout que la terreur et la guillotine étaient i Tordra du jour;... »il
74 CH\P. LVni. — LE TRIBUNAL RÉYOL. DO 8 NIVOSE.
Les témoins s'accordèrent à parler de ses discours ultra-révolutionnaires; mais aucun ne Taccusa d'avoir abusé des pouvoirs énormes que le règlement de Tannée dont il était le chef mettait à sa disposition. Plusieurs députés, entre autres Duhem, — un témoin qui n'avait guère qualité pour le servir ici — vinrent déposer en sa faveur. — L'accusateur public, abandonnant les griefs mal justifiés, tonna contre le système de dépopulation suivi avant le 9 thermidor et contre ce plan de terreur dont Dufraisse avait élé un des plus chauds partisans. — Mais Dufraisse ne paraissait rien comprendre à ce qu'on lui reprochait : « Mon cœur est pur, dit-il dans sa défense; mes mains sont vierges et je suis content. uRéal, son défenseur, fit valoir un trait qui devait toucher le tribunal : c'est que pendant les massacres de septembre, Dufraisse, étant juré dans l'affaire de Mon tmorin, avait élé blessé ainsi que l'accusé, par des femmes qui avaient envahi le prétoire : ce qui ne Tempôcha pas de prononcer sa déclaration en faveur de l'accusé. Le procès dura quatre jours. Le président Àgier, dans son résumé des débats, eut un mot qui devait dicter la déclaration du jury. Après avoir rappelé l'appareil de terreur dont s'entourait le farouche général : c II a développé, dit-il, les dispositions les plus capables de terriûer les citoyens; mais il offre en même temps l'exemple unique peut-être d'avoir fait beaucoup de peur et point du tout de mal » (6 germinal) .
Dans ces acquittements, s'est manifestél'esprit des jurés. Dans les arrêts de non-lieu, on peut voir celui des juges.
déclara à rassemblée populaire a qu*il allait faire tomber plus de tâtea en liait jours qu'il n'y en avait dans Tassenîblée a, etc. 1. Moniteur du 17 germinal (6 avril 1795).
ARRÊTS DE NON-LÏKi: : VAUBERTR.\:^D. 75
Donnons-en un seul exemple :
Jean-Baptiste-Glaude Yaubertrand, âgé de dix-sept ans, avait été arrêté pour une lettre pleine d'une ironie amère sur les misères du temps. Qu'on en juge par quelques extraits.
Un de ses amis était allé chercher des nouvelles d'une voisine. — Personne. — Il écrit :
Je soupçonne que la citoyenne fille était la neuf cent quatre-vingt-dix-neuvième en ordre à la porte de quelque chandelier pour accrocher une chandelle unique de suif noir à demi refroidie et qui lui aura fondu dans la main avant qu'elle ait pu la rapporter à la maison, ou qu'elle attendoit depuis cinq heures un quarteron de beurre fort qu'elle n'aura pas obtenu.
J*ai le lendemain prié le citoyen que je nourris, paie et habille, pour qu'il soit non pas mon égal, mais mon maître, de me rendre le service d'y retourner pour moi, etc.
Je ne sçais si Ton se divertit bien dans votre puy * ; mais dans ma citerne les fêtes se succèdent sans interruption : « Dansons la capucine », dit la chanson.
... Une farce surtout vraiment originale et beaucoup plus comique que celles dont nos sans-esprit régalent dix fois par décade nos sans-culottes c'est la brutale et stupide intrépidité de nos athées de vingt-quatre heures. Hier ils faisoient dans leurs chausses de peur de la plus légère mention des cornes ou des griffes de Son Éminence le diable ; aujourd'hui ils crachent sur la barbe du Père' éternel. Citoyen, pourquoi croyiezvous en Dieu hier? Celait la mode. Pourquoi n'y croyez-vous plus aujourd'hui? La mode a changé.
... Aujourd'hui il en coûte autant pour se donner un snvon qu'il en auroit coûté ci-devant pour meubler une garde-robe. \ienne l'année prochaine, nous aurons... nous aurons au moins de quoi paître, car on plante les Tuileries, le Luxembourg,