SCÈNE DE LA CONDAMNATION. il
fatal il a développé toule la fureur d'un caractère orgueilleux et méchant. Quand le président a prononcé ces mots : « La déclaration du jury est que Scellier est c complice, et qu'il a agi avec mauvaise intention : t — « Ils en ont menti ! » a répondu Scellier. Plusieurs autres ont fait la même exclamation : « Nous pensons c tous de même! » ont répété simultanément la plupart. Scellier était couvert: un gendarme a voulu lui ôter son chapeau ; Scellier l'a jeté par la fenêtre avec un mouvement de rage.
« Herman, nommé à son tour, a, sans proférer un seul mot, lancé un livre à la tête du président. <c C'est «Herman! > ont dit plusieurs des condamnés. Scellier, dont les forces physiques étaient presque éteintes par un état continuel de maladie, a voulu déclamer quelques phrases accompagnées de gestes oratoires. Le désespoir et sa faiblesse étouffaient sa voix ; il est retombé sur son gradin, épuisé et toujours plein de colère. A tout moment il proférait de nouvelles injures : t Votre tour c viendra, f..., et ça ne sera pas long. »
« Foucault et Garnier ont crié: Vive la République!
c< Renaudin a dit avec douleur : <( Je péris innocent, < et pour avoir aimé ma patrie: j'atteste que jamais je « n'ai eu aucune mauvaise intention. »
« Boyenval [Boyaval] a dit : c Je demande au peuple a qui est dans cette salle, et à (oute la République, c puisque je dois périr, de me laisser expier mes fautes c sans nous injurier sur notre passage, p
€ Je lègue aux vrais patriotes ma femme et mes six € enfants >, a dit Foucault.
c< Yilate s'est emporté comme un énergumène, gonflé de vanité autant que de colère : « Il est bien incon-
< cevable, a-t-il dit, qu'on soit assez injuste pour me « confondre avec un individu tel qu'un Fouquier. x> Celui-ci n'a point paru sensible à cet outrage. Vilate a parlé des vérités qu'il laissait à ses concitoyens : ses idées se sont brouillées ; il a parlé sans pouvoir rendre sa pensée intelligible.
a Pendant ce temps, le président poursuivait le prononcé de la sentence. Un murmure sourd, mêlé aux phrases incohérentes de Vilate et à quelques sorties perdues d'autres condamnés, rendait cette scène vraiment hideuse.
« L'accusateur public a procédé aux formalités réservées à son ministère. Â l'article de la confiscation des biens au profit de la république : a Elle n'aura, f...., u rien de moi », a dit Scellier.
« Fouquier a demandé la parole; elle lui a été accordée. II a réclamé contre l'application de la peine : c( Après avoir fait une procédure dans laquelle les seuls c< auteurs des crimes que l'on nous imputait n'ont point « paru, on prononce contre nous la mort, quoique les c vrais coupables n'aient été que déportés! Où est la « justice? Mais la postérité jugera. Je n'ai plus qu'un « mot à dire: je demande que l'on me fasse mourir suret le-champ, et que vous montriez autant de courage
< que j'en ai. » Il n'a plus rien dit.
« Girard, ex-juré, a demandé la parole à son tour. Il a dit, avec un ton pénétré, mais calme : < Je meurs à la 4 place de ceux qui ont causé les maux de ma patrie.
< Je souhaite que ceux qui nous survivent soient plus « heureux que nous. >
« A la suite des conclusions de l'accusateur public, un des juges, en prononçant son opinion, s'exprimait