‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de Paris (volume 2)Chapitre 87 sur 150 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Une estampe du commencement de Tan III représente une guillotine entourée de plusieurs monceaux de têtes, têtes de nobles, têtes de prêtres, têtes de gens du peuple (c'est le tas le plus gros) ; sur la planche sanglante, un homme dont la main tient encore la corde qu'il a tirée, et dont la tête tombe ; au bas, cette inscription :

Admirez de Sanson Tintelligence extrême.

Par le couteau fatal il a tout fait périr : Dans cet affreux état que va-t~il devenir? Il se guillotine lui-même.

C'est l'image du tribunal révolutionnaire et c'est la conclusion de son histoire: ce qu'exprimait la ligure, ce que disait la légende, le tribunal venait de l'accomplir.

Au lendemain du 9 thermidor, il avait, sur le réquisitoire de Fouquier - Tinville , envoyé à l'échafaud Robespierre qui, le premier, avait provoqué la création du tribunal du 17 août, précurseur de celui du 10 mars; et avec Robespierre, Couthon, Sainl-Just, directeurs suprêmes du tribunal révolutionnaire dans le comité de salut public, et Dumas le président du tribunal, leur agent. Réorganisé le 8 nivôse an III, il avait livré à la guillotine Fouquier-Tinville, à son tour, et les principaux de ce qui restait des juges et des

jurés de l'ancien tribunal. — Première moralité de cette histoire; ce n'esl pas impunément qu'on institue et qu'on exerce une telle justice en ce monde : patere legem quam ipse fecisti. Mais il y a d'autres enseignements qu'on en peut retirer.

Ce tribunal, inventé comme un moyen de salut dans un jour d'égarement, a perdu la Révolution. Il en a ruiné les principes, il en a moissonné les hommes, il en a perverti l'esprit et déshonoré le nom même.

La Révolution s'était faite nu nom du droit, et le tribunal n été établi comme instrument d'une ''justice extraordinaire, en dehors de toutes les règles du droit et de la jusiice. Toutes les garanties indispensables à l'accusé pour sa défense, au juge pour la sécurité de ses jugements, y ont été successivement violées.

La Révolution avait pris pour devise: Liberté, Égalité, Fraternité- La Liberté! le tribunal la poursuivie sous toutes ses formes. Liberté de la presse : l'auteur était puni de mort et Ton en était revenu à brûler les livres par la main du bourreau. Liberté de la parole : pas un délit dans toute la série de tant de crimes imaginaires, justiciables du tribunal, qui lui ait fourni plus de victimes. Liberté même de la pensée, entendue dans le sens étroit du sentiment le plus intime ; témoin la peine de mort appliquée aux propos tenus dans l'ivresse; car ici ce n'est plus le propos qui est puni, puisqu'il est inconscient, c'est la pensée qui est saisie, comme échappée, sans qu'on le voulût, dos plus secrets réduits de l'âme, et se livrant elle-même. Maint arrêt prouve avec quel empressement les juges donnaient à cet égard satisfaction à l'accusateur public. VÉgalilél il y avait autrefois des classes privilégiées; il y a désormais des

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