CE QU'A FAIT, CE QUE FERAIT LA TERREUR
poursuivait de mort de simpks délits, un écrit, une parole, une pensée, il ne faisait encore qu^appliquer la loi. Qu*est-<c autre chose que l'assassinat légal? et il y a d'honnêtes gens qui, aujourd'hui encore, lui trouvent en cela son excuse!
C'est contre un tel aveuglement que j'ai voulu protester; c'est contre le renouvellement possible de pareils excès que j'ai entrepris d'élever une barrière. Non que j'aie la simplicilé de croire que je puisse arriver à détourner des procédés révolutionnaires les héritiers des hommes de la Terreur. Ce parti est incorrigible, il cesserait d'être le parti jacobin, s'il était susceptible d'amendement : il lui faut des tribunaux d'exception, une magistrature sans indépendance, comme ce terrible et plat tribunal, servile instrument de Robespierre jusqu'au soir du 9 thermidor, qui, le 10 au matin, se présentait c^ la barre de la Convention, disant : « Nous venons prendre vos ordres pour le jugement des conspirateurs' ». Une justice obéissante, comme l'était celle de notre tribunal, est la dernière arme dont ces hommes consentiraient à se priver. Tout entiers à la passion de dominer, ils sont trop convaincus de la vérité de ce principe, formulé ironiquement par Camille Desmoulins, sous le nom de Tacite, et que j'ai pris pour épigraphe de mon livre : Ce $(mt les despotes maladroits qui ^e servent de baïonnettes; l'art de la tyrannie est de faire les mêmes choses avec des juges. — Ceux-là ne se convertissent pas; mais il est bon d'avertir ceux qui répugnent à ces procédés et qui ne veulent pas en devenir les victimes Qu'ils y avisent lorsqu'ils le peuvent encore. Le temp$^
1. Séance du 10 llicriiiidor, Moniteur du Ti (")0 jnilK'l 17Ui;
152 CUAP. LX. - CONCLUSION.
presse. Si nous n'usions pas de tous les moyens que le droit public laisse enlre nos mains pour y faire obstacle, c'est à nous-même que nous aurions à nous en prendre de tous les maux que notre indifférence coupable nous aurait causés.
9 octd)re 1881.