‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de Paris (volume 3)Chapitre 104 sur 167 · Mémoires sur Carnot, t. I, p · texte numérisé non relu

Mémoires sur Carnot, t. I, p

450 CIIAP. LX. — CONCLUSION.

faisait peu de cas de leur personne? Et croit-on que Jourdan aurait laissé tant d'intervalle entre la bataille de Wailignies et la bataille de Fleurus, si l'exemple de ses prédécesseurs ne lui iayait fait craindre de s'exposer, vainqueur, au moindre cchec? Quant à la contrerévolution, a~t-elle été abattue par ees k mesures extrêmes » ? N'est-ce pas là au contraire ce qui a relevé la Vendée, et n'est-ce pas en suivant un tout autre système qu'un des disgraciés du Comité du salut public, le général Hoche, rendu à la liberté par le 9 thermidor, est parvenu à la pacifier? Ni la terreur, ni la justice révolutionnaire, qui en était l'instrument, ne sont donc pour rien dans le succès. Elles ont déshonoré la Révolution dans le passé, elles ont perdu la république alors. Elles la perdraient encore aujourd'hui, si l'on pouvait craindre que de pareils hommes pussent l'entraîner dans les mêmes égarements.

C'est donc servir la cause de la Révolution d'où la société moderne est sorlie que de répudier les crimes qui ont souillé ses origines, et il n'en est pas dont le souvenir soit resté plus odieux dans l'histoire que les actes du tribunal révolutionnaire de Paris. Les meurtres qui ont ensanglanté les rues, les jacqueries qui ont porté le fer et le feu dans les campagnes, ont fait peut-être plus de victimes ; mais on y pouvait voir les suites de l'effervescence populaire, une fureur qui ne s'avouait pas et que les pouvoirs publics, sans y réussir toujours, prenaient du moins à tâche de réprimer. Mais le tribunal révolutionnaire faisait partie des pouvoirs publics ; il était fondé sur la loi; il prononçait dans les formes que la loi lui traçait, et quand il se passa de formes, ce fut encore en vertu de la loi qui l'en avait affranchi ; quand il

CE QU'A FAIT, CE QUE FERAIT LA TERREUR. \h\

poursuivait de mort de simples délits, un écrit, une parole, une pensée, il ne faisait encore qu'appliquer la loi. Qu'est-ce autre chose que l'assassinat légal? et il y a d'honnêtes gens qui, aujourd'hui encore, lui trouvent en cela son excuse!

C'est contre un tel aveuglement que j'ai voulu protester; c'est contre le renouvellement possible de pareils excès que j'ai entrepris d'élever une barrière. Non que j'aie la simplicité de croire que je puisse arriver à détourner des procédés révolutionnaires les héritiers des hommes de la Terreur. Ce parti est incorrigible, il cesserait d'être le parti jacobin, s'il était susceptible d'iamendement : il lui faut des tribunaux d'exception, une magistrature sans indépendance, comme ce terrible et plat tribunal, servile instrument de Robespierre jusqu'au soir du 9 thermidor, qui, le 10 au matin, se présentait à la barre de la Convention, disant : « Nous venons prendre vos ordres pour lejugement des conspirateurs* ». Une justice obéissante, comme l'était celle de notre tribunal, est la dernière arme dont ces hommes consentiraient à se priver. Tout entiers à la passion de dominer, ils sont trop convaincus de la vérité de ce principe, formulé ironiquement par Camille Desmoulins, sous le nom de Tacite, et que j'ai pris pour épigraphe de mon livre : Ce sont tes despotes maladroits qui te servent de baïonnettes ; l'art de la tyrannie est de faire les mêmes choses avec des juges. — Ceux-là ne se convertissent pas; mais il est bon d'avertir ceux qui répugnent à ces procédés et qui ne veulent pas en devenir les victimes Qu'ils y avisent lorsqu'ils le peuvent encore. Le temps

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