‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de Paris (volume 3)Chapitre 73 sur 167 · DÉBATS PUBLICS : CONSPIRATION DES PRISONS · texte numérisé non relu

DÉBATS PUBLICS : CONSPIRATION DES PRISONS

Le procès, commencé le 8 germinal, ne se termina que le 17 du mois suivant ^ Pour mettre de l'ordre dans la discussion, le substitut de l'accusateur public demanda que le sujet du débat fût défini chaque jour, et Ton commença par celui où s'accumulaient le plus de griefs : la conspiration des prisons. On pouvait établir pièces en main comment elle s'était organisée sous l'inspiration du comité de salut public comme sous la direction d'Herman, commissaire des administrations civiles, police et tribunaux*, et de Lanne, son adjoint, sans oublier Fouquier-Tinville. A Bicêlre, ils avaient eu le concours spécial de l'administrateur de police Dupaumier, chargé de la direction de la maison. Des témoins racontaient comment le premier dénonciateur, le forçat Valagnos, eut, dès que Ton eut reçu sa dénonciation et commencé à'faire les listes, une chambre à part dans la prison et le traitement des plus favorisés, la nourriture de l'infirmerie, depuis le 26 prairial jusqu'au 9 thermidor\ D'autres disaient comment Lanne, par supplément aux dénonciations, avait ajouté de son chef les trois noms d'Osselin, de Sentisse et du filsdeSillery à la liste des victimes adressées au tribunal*. Real, défenseur officieux, écroué au Luxembourg la même nuit que Danton, du 10 au 11 germinal, avait pu voir à l'œuvre ceux qui avaient eu un rôle dans l'invention de la conspiration du Luxembourg, et il signalait la part qui en revenait au concierge Guyard, au guichetier Verney et aux deux moutons Benoit et Boyenval ou Boyaval*.

1. Archives, W 499, dossier 550, pièce 7 (proccs-verbal d'audience).

2. Appelé d'abord comme témoin au procès, ii s'y montre excessivement réservé [Procès Fouquier, n" 16, p. i).

3. Procè» Fouquier, n» 8, p. 3; cf. n" 10, p. 2. — 4. Ibid.^ n" 8, p. 2 et 4. 5. Ibid., n" 13-15; cf. le témoignage de Slral, suisse du Luxembourg, et des

Guyard, Verney, Benoit, Boyaval et, avec eux, Beausirc assignés comme témoins, se renvoyaient les uns aux autres la part principale dans la confection des listes, sans pouvoir nier qu'ils y eussent coopéré pour quelque chose^ Pas de conspiration aux Carmes non plus où Benoit avait été transféré du Luxembourg et logé en chambre pour dresser des listes plus à son aise'; ni à Saint-Lazare : Pépin des Grouettes est forcé d'en convenir, signalant Jobert (le belge) avec Robiquet, comme faiseurs de listes, sans se juslifier suffisamment du soupçon d'avoir été leur complice^ Là, Manini, le plus compromis des moutons^ osa seul soutenir la réalité du complot qu'il avait si traîtreusement imaginé*.

On avait voulu circonscrire d'abord le débat dans cette prétendue conspiration des prisons. Mais les dépositions (les témoins y mêlaient bien des délails accessoires : il n'était pas aussi facile que Ton pensait de coordonner une matière si complexe. Un crime en évoquait un autre, et un jour, au milieu de ces scènes de meurtres prémédités, le substitut Cambon, ne maîtrisant plus son horreur, s'écria : « Gomment des juges ont-ils laissé assassiner tant de monde !* i>

L'affaire de Danton provoqua aussi les plus vifs débats. On en a vu, à l'occasion de son procès, plusieurs détails qui nous ont paru propres à y jeter de la lumière. Mais îl y en a d'autres qui caractérisent le procès actuel.

portc-clcfs Daubrinet et Garlois, qui, comme jadis l'honnête Lescnne (levant le premier tribunal, nient toute conspiration des prisonniers (Procf^s Fouqitfer, n'*4, p. 3; n"5, p. i,et n* 9, p. 1). i. Ibid., n"5, 6,8 et 9.

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