Campagne du duc de Brunswick
2. Mémoires sur Carnot^ t. I, p. 500, note. 5. Thihaudcau, Mémoires^ t. I, p. 09.
PROTESTATIONS POPULATRES. 141
les conduirait, ces femmes obscures qui, en pleine Terreur, à la vue de ces exécutions, tirent entendre le cri de la conscience publique au prix même de leur vie, — Françoise Loissilier, Marie-Madeleine Virolle, Mélanie Enouf :
François Loissilier qui affichait ce placard :
Peuple, habitants de Paris, armez-vous de courage pour sauver la vie à ces innocentes victimes et faire finir la guillotine;
Marie-Madeleine Virolle, Mélanie Enouf qui, rattachant ces boucheries au règne des Jacobins, demandaient, pauvres filles du peuple, un roi :
« Parce que la France serait plus heureuse et qu'on ne tuerait pas tant de monde*. »
Leur tribune à elles fut Téchafaud et la hache du bourreau n'a point étouffé leur voix: qu'elle retentisse à jamais contre cette exécrable politique! Elles n'auront pas perdu leur cause si leur sang mêlé à celui des victimes qu'elles voulaient sauver inspire l'horreur pour les bourreaux.
La condamnation de ces femmes sera-t-elle rangée parmi ces arrêts qui, nous dit-on, étaient « basés sur des faits très criminels aux yeux du pays tout entier?» Où sont donc ces faits très criminels ? Tout gouvernement, je l'accorde, a le droit de se défendre contre des conspirations. Mais était-ce conspirer que de ne pas prendre part aux conspirations formées et avouées contre la monarchie fondée sur la constitution? Était-ce conspirer que
1 . Voyez ci-dessus, t. Hï, p. 382-588. C'était aussi le cri d*une enfant, d'une petite fille de cinq à six ans, dénoncée au Comité de salut public : « Qu'elle n'est ni citoyenne^ ni patriote, parce que les patriotes sont des scélérats qui tuent et massacrent tout le inonde. » (Voyez ci-dessus, t. HI, p. 271.)
142 CUAP. LX. — CONCLUSION.
d'avoir, avant sa chute, protesté contre l'outrage qu'elle avait reçue, le 20 juin, de ceux qui la voulaient détruire? Était-ce même conspirer que de ne pas applaudir à la révolution du 10 août, de regretter la mort du roi,de pleurer sur la reine? Or pour combien le moindre signe d'une manifestation de cette espèce est devenue cause de mort ! L'émigration était un crime, quand on passait la frontière pour prendre les armes contre la France ; mais combien avaient émigré pour échapper au fer des assassins ; combien d'autres étaient sortis de France sans avoir l'intention d'émigrer, pour leur santé, pour leurs affaires, et trouvaient la mort en y rentrant ! L'émigration était un crime, soit: mais les mères, les femmes, les filles, les sœurs d'émigrés qui recevaient d'eux ou qui leur transmettaient des nouvelles toutes de famille, étaient-elles criminelles? et cependant elles étaient impitoyablement mises à mort comme complices d'émigrés.
Que dire après cela de tant d'autres délits d'écrits ou de parole, tenus pour crimes de lèse-nation ? On ne pouvait pas dire son fait à un coquin haut placé, fût-ce dans son village, sans être condamné pour propos « tendant au mépris des autorités constituées et à la dissolution de la Convention nationale » ; et les sociétés populaires, les clubs prétendaient à la même inviolabilité. Encore moins pouvait-on rien écrire de la même sorte; et il y avait peine de mort non pas seulement pour l'auteur de l'écrit, mais pour celui qui le gardait chez lui, l'eût-il sans le savoir (à cet égard on ij'admettait pas d'excuse) : car posséder de pareils écrits donnait lieu de croire qu'on en partageait les sentiments : preuve nouvelle que c'était non pas la manifestation de la pensée, mais