‹ Histoire du Velay (volume 2)Chapitre 12 sur 39 · CONCÉDÉS AUX ÊVÊQUES DU PUY · texte numérisé non relu

CONCÉDÉS AUX ÊVÊQUES DU PUY

SOMMAIRE

Ado lard, évèque du Puy, en 928. — Guillaume-le-Jeune, comte d'Auvergne et du Velay, de 917 a 926. — Droits régaliens concédés par le roi Raoul a Févèque et à l'église du Puy, en 023 ; — Motif politique de cet ai te de munificence, en 923.

Norbert est remplacé sur le siège épiscopal du Velay par Adalard, en 915 environ. Ce prélat voit d'heureuses circonstances accroître les biens et la puissance de son église. — Charles-le-Simple était retenu prisonnier par le comte de Vermandois; pendant ce temps, Raoul, duc de Bourgogne, s'était fait couronner roi et cherchait à rallier à sa cause les provinces du royaume. Toutefois, ainsi qu'il devait s'y attendre, il trouva de nombreux opposants, et, parmi les plus actifs, Guillaume II, duc d'Aquitaine, comte d'Auvergne et do Velay. Raoul, qui

avait pour lui la force, marcha contre cet obstiné vassal et le contraignit à reconnaître son pouvoir. Un traité fut à cette occasion conclu entre ces deux princes à Chàlons-sur-Saône, le 3 avril 92 3 ; et ce traité fut immédiatement suivi d'une lettre au profit d'Àdalard. Non sans doute que l'intention du nouveau souverain fût d'augmenter bénévolement la prépondérance de l'évêque du Puy, mais il trouvait un double avantage à un pareil accommodement; il affaiblissait ainsi une puissance héréditaire souvent hostile, toujours périlleuse, et la dépossédait au profit d'une autorité viagère, ordinairement sans intérêt local de famille ou de fortune, et dont l'élection devenait de plus en plus son œuvre. — Bientôt nous trouverons la politique de Raoul mise en pratique tant contre les grands vassaux de la couronne que contre cette foule de barons et de seigneurs que la féodalité envahissante voyait se retrancher sur les cimes de nos plus abruptes montagnes.

Voici la lettre écrite à Châlons par le roi ; elle semble exclusivement dictée par le sentiment religieux et ne laisse nulle part percer le motif politique qui l'inspira. On croirait, en la lisant, que le prince n'eut d'autres préoccupations que celles des intérêts de l'Eglise et du salut de son âme. C'est, du reste, le caractère remarquable des actes publics de cette époque.

« Au nom de Dieu et de notre Seigneur Jésus-Curist, Raoul, roi par la volonté de la Providence. — Nous croyons fermement que le moyen le plus sûr de vivre heureusement en ce monde et de conquérir la félicité éternelle est, sans contredit, de prêter une oreille attentive aux prières que nous adressent les serviteurs de Dieu à l'occasion des choses qui intéressent l'Eglise. C'est pourquoi nous voulons qu'il soit notoire pour tous les fidèles de la sainte Eglise de Dieu et pour tous nos sujets présents et futurs, qu'Adalard, évoque d'Anis ou du Velay, est venu supplier notre grandeur d'accorder à l'église qu'il gouverne et en vertu de notre autorité souveraine les droits qui nous sont réservés. Nous avons acquiescé avec bienveillance à sa demande et, conformément aux usages des rois, nous lui avons fait délivrer cet acte d'immunité ; lui concédant à lui et a ses successeurs l'entier bourg adjacent h l'église, et tout ce qui jusqu'à présent a semblé dans ce lieu relever du domaine du comte , à savoir : l'impôt sur le marché, les droits d'octroi, le pouvoir de battre monnaie, la juridiction sur tout le district comprenant la terre et les maisons du bourg. — Nous concédons cette ordonnance (rendue pour la . paix de notre âme et du consentement de Guillaume, notre fidèle comte, pour le soulagement de l'âme de son oncle et de tous les siens) à l'église de la bienheureuse Vierge, mère de Dieu, et l'adressons à son évêque , aûn qu'elle soit désormais fermement et inviolablement gardée ; de telle sorte que nul comte, nul juge public, en un mot nulle puissance séculière n'ose jamais commettre la moindre exaction sur ce territoire, ne puisse y prendre gîte, y lever des impôts, des tributs, des redevances quelconques, sans la permission expresse du prélat qui occupera le siège épiscopal. Nous entendons que tous nos pouvoirs soient remis entre les mains de l'évoque, et que lui seul, suivant sa volonté, puisse en disposer. — Et pour que cet acte

ait plus d'autorité et soit plus scrupuleusement respecté dans

les siècles futurs par les fidèles de la sainte Eglise, nous avons

ordonné qu'on y apposât not*e sceau.

Raoul.

» Donné le VI des Ides d'avril, indict. X, an I, sous le règne du très-glorieux roi Raoul, an 923. Fait dans la ville de Châlons, au nom de Dieu heureusement. Ainsi soit-il (1). »

Dans notre Histoire de Notre-Dame du Puy nous avons déjà invoqué cette lettre royale (2), et nous avons cherché à en faire comprendre la véritable signification. Elle doit être considérée comme le titre originaire de la puissance temporelle des évoques du Puy. Avant cette époque, les prélats exercèrent sans doute une autorité plus ou moins considérable, suivant les temps; mais cette autorité se rapportait presque exclusivement aux intérêts religieux, tandis que la concession de 923 est attributive de droits de souveraineté nouveaux, et qui sont aussi précis que caractérisés.

(1) Traduit sur une très-ancienne copie sur parchemin donnée par nous à la Bibliothèque historique du musée du Puy. — C'est cette copie qui a été rapportée dans la Gallia Christiania, nov. édlt. , t. II, Instr., p. 221. — Labbe, Mélang. , p. 517. — Gissey , p. 239. — Histoire du Languedoc , t. II , Preuves, p. 61.

(2) Voir page 220 et suivantes (Privilèges temporels). Dans ce chapitre, nous avons donné sommairement les principales concessions régaliennes faites à l'évèché du Puy.

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