‹ Histoire du Velay (volume 2)Chapitre 16 sur 39 · LA CHRONIQUE DE L*ÉVÊQUE GUY D* ANJOU · texte numérisé non relu

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dans la carrière ecclésiastique furent orageux sans doute, car il dissipa assez promptement les biens de ces monastères, en tenant une conduite peu digne de son état. Cependant, hâtons-nous de le dire avec les bénédictins, auteurs de Y Histoire du Languedoc, revenu à des sentiments de piété véritable, Guy d'Anjou lit tous ses efforts pour faire oublier par une vie exemplaire les désordres de sa jeunesse.

Le siège épiscopal du Puy était vacant (1) , Guillaume-Taillefer, comte du Velay, songea à y faire parvenir l'oncle de sa femme Àrsinde , et ses démarches, vivement secondées par Adélaïde d'Anjou, veuve du comte de Gévaudan, sœur du prélat, furent favorablement accueillies par le clergé et par le peuple. — Le chroniqueur contemporain assure que cette nomination était si vivement désirée dans

du Jionastier-Saint-Chaffre, aussi nommée do Carmery, Les deux abbayes portaient le même nom et étaient l'une et Vautre de l'ordre de saint Benoît. C'est probablement par ce motif que plus tard l'évoque Guy, ancien bénédictin, fonda un monastère au Puy dont il prit les premiers religieux au Monastier.

(1) Guy fut le successeur de Bégon ; cependant le père de Gissey et le frère Théodore placent entre eux un évoque du nom de Pierre, sur l'épiscopat duquel ils ne donnent aucune indication et qui, dans tous les cas, dut occuper le siège trèspeu de jours. Il est certain qu'à cette époque l'église du Puy se trouva privée d'évêque pendant un certain temps : In Mo tempore, rapporte la lettre de 993, eeelesia Anicietms viduata.

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brillante. Le clergé marchait proeessionnellement, le peuple faisait retentir l'air de ses cris d'allégresse. A peine installé, le premier soin de Guy II fut de saisir d'une main vigoureuse la crosse de Georges, d'Evodius et de Norbert. Impatient de rétablir la paix sur ce territoire désolé et de faire restituer à l'église anicienne les biens dont on l'avait dépouillée, il publia un mandement adressé à tous les nobles, à tous les vilains de la dépendance de sonévêché, et les convoqua en assemblée générale, afin de s'entendre au plus tôt avec eux sur les moyens d'assurer l'œuvre de justice qu'il avait résolue. Cependant, comme il jugeait à l'état d'irritation des esprits que sa voix pourrait .bien n'être pas utilement écoutée, il fit secrètement prévenir ses neveux qu'ils eussent à armer ime troupe brave et dévouée, et à attendre dans Brioude le moment où il aurait besoin de leur secours. Les deux jeunes comtes ne perdirent pas un instant; et quand tout fut prêt, Guy d'Anjou réunit son parlement diocésain dans une vaste prairie, située dans la plaine de Saint-Germain-la-Prade f à une lieue du Puy. Là, il exposa la situation déplorable des affaires publiques, demanda que tous prêtassent serment de cesser leurs hostilités réciproques, de ne plus opprimer le peuple et le clergé dans leurs biens et leurs personnes, de restituer ce dont on s'était injustement emparé, et de vivre

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désormais en fidèles chrétiens. — Ce qui avait été prévu ne manqua pas d'arriver; le dédain fut la seule réponse du plus grand nombre aux paternelles réclamations de l'évèque; mais lui venait d'expédier un prompt émissaire à Brioude. Pendant l'assemblée du lendemain, alors que chacun pensait que le prélat, vaincu dans ses tentatives, renonçait à tout espoir de succès, on vit tout-à-coup s'avancer l'armée des deux comtes de Gévaudan qui avait marché la nuit entière et qui, sans autre préambule, se disposa à arracher par la force ce que l'évèque n'avait pu obtenir. 11 fallut bien se soumettre ; et, Dieu aidant, dit le chroniqueur, tous jurèrent la paix et offrirent des otages pour garantie de la sincérité de leur serment. Ils délaissèrent les châteaux, les domaines du patrimoine de la Vierge Marie , ainsi que les biens ecclésiastiques dont ils se croyaient déjà les maîtres.

Cet acte énergique accompli, Guy d'Anjou s'occupa de régler quelques affaires temporelles de son église. À cet effet, il convoqua les dignitaires de sa cathédrale, et leur fit savoir qu'il exigeait que les prêtres attachés au sanctuaire de Notre-Dame vécussent désormais en commun, et fussent toujours Convenablement vêtus. C'est pourquoi il fit deux parts des oblations, une pour les chanoines et pour la nourriture de ses serviteurs, l'autre pour lui.

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« Preuve, dit dom Vaissette, que la séparation des » menses entre les évêques et leurs chapitres était » déjà en usage dès le X e siècle (1). »

Près de vingt années se passèrent sans que le diocèse fût troublé par de nouveaux désordres, ou du moins sans que l'auteur de la Notice contemporaine ait trouvé dans la vie du prélat rien d'assez important pour en perpétuer la mémoire . 11 faut penser que la manifestation vigoureuse par laquelle Guy II ouvrit son épiscopat fit pressentir aux perturbateurs ce dont il serait capable s'il était obligé de sévir une seconde fois contre eux. Nous savons seulement, par les titres parvenus jusqu'à nous, que cet évêque employa ses derniers jours à élever des églises et à fonder des monastères. — Ce fut avec son assistance que le doyen Truanus put achever la chapelle de Saint-Michel, commencée sous Gothescalk. 11 construisit en dehors des murs de la ville (2) un

(1) En matière ecclésiastique , le mot merise se prend pour la part que quelqu'un a dans les revenus d'une église. On ne parlait point de menses , tant que les évoques et les abbés vivaient en commun avec leur clergé ; mais depuis que les supérieurs ont voulu avoir leur part distincte et séparée, on a distingué dans les cathédrales la mense épiscopale et celle du chapitre ; dans les abbayes , on a distingué la mense abbatiale et la mense conventuelle , qui est la part de la communauté.

(2) Alors la ville ou bourg d'Anis ne s'étendait que dans

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prieuré dédié à saint Pierre, dans lequel il plaça douze moines et un prieur qu'il fut chercher au Monastier, et qu'il dota assez richement, grâce au généreux concours de son chapitre, de sa sœur et de ses neveux (1). L'acte qui constate cette fondation est précisément celui dans lequel nous avons puisé tous les détails que nous venons d'écrire. Il est même curieux de voir que parmi les libéralités du prélat se trouve une église donnée jadis par ses neveux Pons et Bertrand, en expiation du tort qu'ils avaient eu d'emmener violemment prisonnier à Mende Guigon, prévôt de la cathédrale du Puy, de- Tenu évêque de Valence et signataire avec eux du même acte.

Tels sont les faits que les historiographes nous

la portion comprise dans ce qu'on appela plus tard le cloître et qui devint le domaine de l'évoque d'après les chartes de Raoul , de Lothaire et de ses successeurs. Les maisons et édifices construits en dehors des murailles qui fermaient cette première cité furent dans la suite fermés à leur tour et devinrent la cité municipale proprement dite , en opposition à la cité épiscopale ou cloître.

(1) L'église Saint-Pierre-du-Monastier fut une des principales paroisses du Puy. En 1782, on lui adjoignit celle de Saint- Hilaire , dont la cure était à la nomination du prieur de Saint-Pierre. En 1789, elle fut abandonnée à cause de son état de vétusté , et on la démolit en 1808.

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ont transmis sur la vie du seigneur évêque Guy IL Quelques-uns veulent trouver dans le caractère de ce prélat plus d'orgueil, plus d'ambition que de sincère piété ; et pour justifier ce jugement, ils prétendent qu'il fut un des premiers à aller courber le front devant le comte de Paris, Hugues Capet, proclamé roi à Noyon (1) , alors que presque toutes les provinces méridionales, et particulièrement le Ve~ lay, le tenaient encore pour un usurpateur (2). Nous ne saurions rien affirmer sur cette circonstance, nulle part prouvée ; nous serions même assez disposé à la révoquer en doute, sachant que la famille de

(1) Il se fit une fameuse assemblée à Noyon , où Guy ne put s'exempter de se rendre. Charles étant rejeté de toutes les voix, le comte rat proclamé roi; et après qu'il eut été sacré à Reims , notre évoque , qui avait contracté de trop longues habitudes dans la religion pour se plaire à la vie tumultueuse des courtisans , regagna le Puy avec l'agrément du nouveau prince. — Frère Théodore , Hist. de Notre-Dame du Puy, liv. II, chap. xin.

(2) Le Velay fut un des pays méridionaux qui différèrent le plus longtemps à reconnaître Hugues-Capet. C'est ce qu'on voit par diverses donations faites à l'abbaye de Saint-Chaffre, datées du temps ou il n'y avait point de roi, et Jésus- Christ régnant; ou bien ainsi formulées : L'an 994 de l'Incarnation de Notre-Seignewr, Jésus-Christ régnant, et Hugues "qui avait usurpé le royaume contre le droit , étant roi des Français. — Voir Histoire du Languedoc, t. II, p. 121.

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notre prélat fut longtemps à se soumettre au nouveau souverain ; mais ce qui nous semble moins à l'honneur des principes de fidélité et d'orthodoxie dont il paraissait s'être fait un si ardent apôtre, c'est l'acte inique par lequel il termina sa carrière pontificale.

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