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SÉNÉCHAL. — SUPPLICE DES CONJURÉS

La côTlfrérie de la croix Ti*iavaît jartïâîs élê 'plus BOtnbreuse, plus Yigllante, plus terrfbte'cya'à^^êpoque où hou^ isommes arrivés. Elie'étffelgîmHlk ^llle entière icommë duns un réseau de fèr.-Xe^'Ctosttls, le' gouverncîai' hil-môme n^étaîent pilissantô'que par elle. Nemours, qui comprit bieû loi^' dé son passage* rim{5érietix ascendant de cette bompégnie d'cMtës^, îi'ctit gàlxiel^aft qititteMle Vela^isaM^ir-

scrire sur ses registres, et le premier acte de TEstrange fut de solliciter Thonneur de porter ses insignes.

Le peuple, subjugua pay cette volonté énergique qui le pénétrait à son i'n'sii, Supportait ses maux avec résignation. Si parfois une douleur trop vive lui arrçLcJiait .qiiplques, murmures, aussitôt de l'église, de la couj* ëoramiiite,'de'la mai^ôn-conèrfafiré, mille voix partaient en même temps pour lui reprocher ses pleurs comme une lâcheté ihdigne de la cause sainte, et il rentrait dans le silence.

Nous avons vu pourtant au prix de combien de combats, de combien de douloureux sacrifices, la cité de Notre-Dame resta fidèle à sa vieille devise :

Vierge je fus, je suis et toujours le serai'...

L'évêque, le sénéchal, la noblesse frappent pendant plusieurs années a ses portes sans pouvoir se faire ouvrir; prières, menaces, promesses, persécution^, irienpe: la fléchit. L'émeute 5lu dedfuis^^le blocus au d^hors^ la peste, la famine, la guerre,, toi^s les fléaux enfin s'unissent poi^i; la réduire: coi^fbée sous tant de ipisère^, épuisée, meurtrie, mourante, elle cherche et trouve pncore assez de forces pour relever la tôte.

En. dehors de la confrérie, il pe trouvait d'intelligents citoyens que ne trompaie^nt ^)i les fougueuses

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prédications des moines, ni les fausses nouvelles incessamment répandues contre le roi de Navarre par les ligueurs, ni les ordonnances, ni les proclamations terrifiantes du gouverneur. Ils voyaient le fanatisme envahir, dévorer chaque jour la population ; ils se sentaient , comme les autres, entraînés malgré eux dans l'abtme et, captifs d'une société tyrannique, ils l'entendaient encore exciter leur dévouement au nom de l'indépendance. Mais avaient-ils à craindre une oppression plus violente que celle qu'ils enduraient depuis si longtemps? D'ailleurs pouvaient-ils s'abuser? Ne savaient-ils pas que toutes les puissantes villes du royaume mettaient bas les armes et que, faibles, isolés comme ils l'étaient, leurs efforts ne servaient qu'à prolonger leur agonie ? Us résolurent donc de préparer le Puy à une soumission, volontaire aujourd'hui, et à laquelle demain peut-être il faudrait souscrire humblement.

Les officiers de la sénéchaussée venaient, nous ne dirons pas de tenter, mais de préparer cette démarche. Quelques jours auparavant, en effet, ils avaient mandé le gouverneur dans la chambre de leurs délibérations, et là, ils s'étaient plaints amèrement de ce qu'au mépris des traités, les troupes de l'union continuaient leurs courses nocturnes dans la campagne. « Le terme de tant de désordres n'est

CONJURATION DBS ROYAIJSTES DANS LR VELAT. 397

» peut-ôtpe -pas éloigné, ' difetlt-îlè , alors chacun > sera aans doute forcé ^à« rendre ^es comptes. Pour » ce qui' nous ¥ègfûrdé, notts jiensôns* q'uMl est de, A noire detoir de mafgi^trat de îptotestér contre àe j» pareilles' (éloYriés. Si Jamais deâ reprpctieis nous » arriveht, quMls reWmberït sur Vous, puisque c'est , » TOUS qui cotnmËinde2 ici. « ' : i - ■

A cette ^ apostrophe iniattehdue, rÊstrangè,$^était. contenté de répondre quil nfe craignait hùlîément d'^sstrmer sur sa tête là responsabilité de tous ses aictes ftïBitaires r «r Sôâ troupeis, aibuta-t-il, ne sont . »• sorties que pour i*épousser les royalistes ou pour »'vë1!ér sur'les biens des Kgtteùrs. Quant aux dé- » monslratiotté hostiles qu'on |)'ôurt^it leur repro- » cher,' eHeë n'ôtit été de leut plart que de jùsiés » représailles, bu reste, puisque les niàgistrats de » la cHé, hommes sages et dont les avis méritent » d'être pris en considération, se plaignent, ce ne » peut être sans doute que parce qu*ils ont peur de f* Toh* la ville surprise au moment où les compagnies » sont absente^? Qtfà cela ne tienne. WCfids, comme » avant tout il faut qu'homnies et choses, au-dedàns » et au-dehorfe, soient sérieusement gardés, je ferai » domain publier de liouvèlles taxes pour âugtnèil- * ter le nombre de nos soldats.* 'Ainsi, Messieurs, » vous serez satisfaits, d

Ces paroles iniprûdentefe, dani lesquelles le sar-

398 COIUITRATION DBS ROTAUSTES DANS LB VELAT.

casme se mêlait si crueUement à la menace, ne furent lias oubliées. Le gouyernem* courut s'en faire gloire auprès de ses amis, les magistrats les liyrërent aux mécontents dont les clameurs déjà plus distinctes, plus persévérantes, ne laissaient pas que d'inquiéter un grand nombre de gens. — ^L'Ëstrange, au lieu de calmer l'agitation toujours croissante, s'appliquait au contraire à l'exciter par ses mesures oppressives. On entendait parler chaque jour de nouvelles ordonnances bursales, des compagnies qu'il fallait loger, nourrir et payer, de corvées extraordinaires aux portes, aux fossés, aux murailles. On alla même jusqu'à dire que les citoyens seraient incessamment obligés de porter des pierres sur le dos pour bâtir une forteresse au sommet de Corneille d'où leur généreux commandant se proposait, à la première sédition , de foudroyer la ville entière ( 1 ). Evidemment il y avait exagération dans ces amères doléances, et l'histoire s'égarerait dans ses jugements si elle puisait ses inspirations dans les bruits confus et toujours passionnés de la foule.

(1) Burel, comme on le pense bien, s'empresse de dénier ce fait en disant : ces déloyaux politiques faisoient entendre au peuple que notre gouverneur vouloit faire une citadeUe eo Corneille et mettre des estrangers dedans pour nous faire couper la gorge... Quelle couverture ces larrons prenoient, pour jouer leur Jeu de trahison!...

Manuscrit original, t. XI, p. 347.

L'Estrange connaissait-il déjà les secrètes négociations entamées auprès de la couronne par Joyeuse et le parlement toulousain? Lui-même, à la tête d*un parti vigoureux, comprenait-il qu'en ne traitant qu'après les chefs de la province, il sauverait Thon* neur, la foi jurée, et concilierait ainsi les scrupules de sa conscience avec les soins de sa fortune? ou bien, exempt de préoccupations ultérieures, croyaitil de bonne foi à l'avenir, au succès de sa cause? Quoi qu'il en soit, une coalition nombreuse venait de se former et contre lui et contre tous les ligueurs. Flurien d'Orvy, ancien capitaine général, Claude Libot, consul, Jacques Dulac, sieur de Gratuze, quantité de magistrats, de gentilshommes, de bourgeois et de manants, affiliés en secret, avaient juré de s'affranchir au plus tôt du joug et de s'unir au sénéchal.

Les assemblées avaient lieu pendant la nuit, au château de Polignac. Les principaux conjurés ne manquaient pas de s'y rendre mystérieusement tous les soirs pour arrêter la manière dont ils pourraient arracher la ville au fanatisme cruel qui la décimait. Si nous acceptions le récit de Burel, ce fougueux ligueur, nous n'attendrions pas davantage pour flétrir à tout jamais ces traîtres, ces l&ches, « ces indignes qm se sauvent la nuit pour aller vend/re leur mère, comme Judas vendit son Dieu. »

400 COKJORATIOfl DRS ROYAUSTiSS DANS LB VELAT.

Et pourtant, après ce que nous savons de la vie intérieure de cette pauvre cité, si triste, si désolée, nous pourrions voir autre chose que des indignes dans ces quelques hommes qui, pour épargner le sang de leurs amis, de leurs parents, préparent dans Fombre Tœuvre de la délivrance.

Tout enfin est convenu pour le 16 octobre. Une heure après le couvre-feu, quand les ténèbres convriront la ville, Gratuze sortira de sa maison avec une cinquantaine de conjurés et viendra silencieusement attendre le signal sur la place du Plot. — Soubeyran, assisté d*un consul et de quelques hommes dévoués, ira s'emparer de Tarsenal. — A onze heures, la sentinelle de la tour frappera cinq coups sur la cloche et aussitôt les amis se porteront en masse vers la porte Saint-Gilles, ayant en tête le consul Libot, revêtu de sa robe rouge. — Dès qu'ils seront arrivés, ils feront ouvrir cette porte à quatre cents soldats royalistes apostés dans une hôtellerie du faubourg. — Alors le sieur de Chalancon et la noblesse feront leur entrée dans la ville (î) aux acclamations de la foule qui criera sur leur passage : Point de forteresse! Vive la paix et la vierge Marie !...

Ainsi les choses devaient se passer ; mais il arriva que le jour même du complot, une femme vint le

(1) Voir, à la fin du livre second, la Note L.

dénoncer à maître Coloinb, avocat et premier consul, qui s'empressa d'aller prévenir le gouverneur. Le soir à dix heures, la maison de Gratuze, celle de Flurien d'Orvy et celle du consul Libot, où étaient réunis les conjurés, furent brusquement envahies par les soldats de Tunion qui firent prisonniers tous ceux qu'ils y rencontrèrent.

Gratuze, dans l'espoir d'obtenir sa grâce, s'empressa de livrer les plus secrets détails de la conspiration au gouverneur. Celui-ci expédia aussitôt des ordres aux capitaines tlicrs, pour qu'on éclairât les rues et qu'on prévînt les gens sûrs de venir se joindre promptement aux troupes de la garnison. II tenait à ce que les opérations se fissent dans le plus profond silence, afin de ne pas donner l'éveil et d'arrêter jusqu'aux suspects partout où on en trouverait. Il fit en même temps changer les avantpostes des remparts et donner à tous la stricte consigne de rester muets, sourds et aveugles, quoi qu'on pût voir ou entendre au dehors.

Ces premières dispositions arrêtées, l'Estrange, avec une prudence et une habileté merveilleuses, retourna contre ses ennemis la perfidie qu'ils voulaient diriger contre lui. Au point du jour, il embusqua derrière la tour Saint-Gilles plusieurs compagnies de cavaliers, fit ensuite ouvrir la grande porte comme d'habitude , el , quelques instants

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après, il sortit accompagné de Jean Barthélémy, ancien consul , ayant Tair de faire sa ronde accoutumée.

Pour tromper les regards, il affectait une aisance, une sécurité qu'au fond du cœur il n'éprouvait guère , car il savait plus de cinq cents arquebuses prêtes à tirer sur lui au premier signe. Néanmoins, il avait fait bravement le sacrifice de sa vie, espérant, par cette manœuvre téméraire, amorcer Tennemi, l'entraîner adroitement dans le piège et se venger enfin. Son compagnon ne paraissait pas aussi tranquille : « Courage, Barthélémy, lui ré- » pétait TEstrange à voix basse , pensez qu'ils » nous regardent; le moindre mouvement peut » nous trahir. Ne craignez rien, mon maître, ils ne » seront pas si fous que de tirer sur deux hommes » seuls; ce serait sonner l'alarme, manquer la » partie, et les traîtres se croient trop beau jeu » pour ça. »

Il n'avait pas achevé qu'un coup de feu, qui sans doute lui était destiné, vint étendre à ses pieds le pauvre ancien consul. A ce signal toutes les compagnies royalistes, commandées par Louis de Saint- Pol, seigneur de Vaux, sortirent du faubourg, s'élancèrent à la poursuite du gouverneur, se précipitèrent avec rage sur ses pas jusque dans la ville, mais se trouvèrent engagées subitement à

travers les feux croisés de plus de deux mille hommes (1).

II était trop tard pour reculer. Les plus rapprochés furent jetés dans les fossés, ceux qui cherchèrent un asile dans les maisons y furent égorgés ou brûlés, lesderniers purent encore prendrela fuite, les autres, poursuivis les piques dans le dos, tombèrent en marquant le chemin par une ligne sanglante de cadavres (2). Ainsi moururent de Chaste, Chalancon, Polignac, les commandants Laborie, Pont, Lapicrre, Nolhac, Chantemule , deux des fils de Latour-Mauhourg , l'Herm et Saint-Quentin, les sieurs de Saignard, de Gorce, de la Vèze, et de Chambonnet , les chevaliers de Villemont ; en tolit plus de cent cinquante hommes.

Le combat, ou plutôt le massacre achevé, les

(1) Ils étoient à pied, dit Barel, et avoient laissé leurs ehevaux pour ne pas être découverts, à la plaine de rarbre Saint-Jacques. Leurs laquais et une partie de l'infanterie qui se sauva, montèrent dessus et s'en allèrent. Alors vous eussiez vu les corbeaux qui les sui voient; chose. lamentable et digne de mémoire...

BUREL

(3) Plusieurs royalistes parvinrent à se sauver, et quelques autres, qui avaient été faits prisonniers furent mis en liberté, moyennant une rançon qui tenta les soldats de TEstrange. De ce nombre furent les sieurs de Ghnbanolles, de Soubeyran et Hector de Fay, dont la rançon fut de mille écus.

ligueui-s rentrèrent au Puy chargés des dépouiUes des morts et célébrèrent joyeusement cette journée, la plus triste dans les fastes de ces montagnes, mais pour eux la plus belle, la plus triomphante de leur histoire. Les cloches sonnèrent, les églises s'ouvrirent, les processions parcoururent la ville en chantant des cantiques d'action de grâce, tandis que dans un champ voisin un fossoyeur creusait la terre pour inhumer pêle-mêle l'élite de la noblesse velavienne... « quel temps déplorable on nous a » fait, s'écrie le chroniqueur ; à qui donc se fier, » puisque l'enfant n'est pas sûr de son père ni le » père de son enfant!... quel homme d'église » nous avons eu pour pasteur!.. quel chef de » justice nous avons trouvé en notre sénéchal, » François de Chaste!... Comme il a voulu nous » faire justice de sa main ! Quels consuls qui, pères » et magistrats d'une répubhque, prennent leur » robe rouge pour y cacher un couteau sanglant et » mener les pauvres habitants à la boucherie, en » leur faisant croire qu'ils soutiennent le bon par- » ti ! . . . Chaste , Chaste ! qui nous as tant persécutés ï) par cautelle ou en gagnant les loups de cette ville, » grâce à Dieu, tes méchantes entreprises ont été » perdues!... temps presque incroyable!... »

La joie fut grande chez les ligueurs au moment 011 ils trouvèrent sur le champ de bataille le cada-

vre de leur plus mortel ennemi. Tous voulurent voir, considérer de près ce terrible sénéchal qui leur avait fait tant de mal. Us passèrent, repassèrent devant lui les uns après les autres et, sans pitié pour cette image glacée de la mort , ils l'insultèrent, le frappèrent au visage, le traînèrent dans la boue jusqu'au cloître Saint-Pierre où, pendant un mois, ils le gardèrent sans sépulture (1).

Des ordres avaient été donnés pour que les portes restassent constamment fermées et que, sous aucun prétexte, personne ne pût sortir. Durant plus de huit jours les troupes furent occupées à faire des arrestations, et les officiers de la prévôté à poursuivre des enquêtes contre les coupables ; ce qui se trouva facile, car les noms des conjurés étaient inscrits sur une liste générale trouvée sur Flurien d'Orvy au moment où l'on s'empara de lui. — Le conseil commença par condamner tous ceux indiqués sur cette liste à une amende payable en lin-

(1) La vicomtesse avait envoyé réclamer le corps de son mari, et le seigneur de Haut-Villard avait répondu du haut des murailles au messager de Polignac : < Va dire à ta maîtresse que je lui rendrai son époux quand je verrai revenir mon père, qu'elle retient captif. » Ce fut un mois après, par l'Intercession de Chevrières, que la ville fit droit à sa demande.

406 CORIimATION DES ROTAUSTBS DANS LB VEUT.

gots de cuivre (1)'; mesure urgente dans Télat de pénurie de la caisse municipale, et que l'occasioD légitimait pleinement.

Une semaine ne s'était pas écoulée que Gratoze, un des fils du consul Libot et un certain Massigand furent conduits, à sept heures du soir, sur la phce du Martouret, pour y être pendus aux flambeaux comme ti*aitres à la patrie. On leur flt traverser les principaux quartiers pour que leur humiliation servit à ceux qui seraient tentés de les imiter. Ds avaient les bras liés sur la poitrine, tenaient en main une torche de cire allumée, et s'avançaient lentement la tète penchée, la corde au cou, les pieds nus. Arrivés à la potence, on les fit mettre à genoux pour entendre la lecture de l'arrêt qui les condamnait à être pendus et qui confisquait leun biens au profit du roi, de la ville, de Thôpital, du collège et des couvents. Us firent ensuite amende honorable à Dieu, au roi, à la justice, à M. de l'Estrange et à la ville, puis furent exécutés aa milieu des cris de désespoir de leurs nombreux amis.

Le lendemain, Flurien d'Orvy et un capitaine de quartier subirent le même supplice. « Alors, vous » eussiez vu , dit noire vieil historiographe , un

(1) Pour faire de la monnaie. Deux commissaires furent chargés d'en percevoir la lecelte. Orvy fui taxé k 10 qiiintauic.

» spectacle déchirant et fait pour briser Tâme! » Les enfans de ceux qui étoient en prison al- » loient en chemise devant le gouverneur et cri- 9 oient : Mercy et miséricorde pour notre père, » Monseigneur ! oh ! qu'il vous plaise lui donner » la vie ! A quoi le gouverneur leur répondoit : » Enfans, je ne le peux, ils sont entre les mains 9 de la justice... Et les enfans s'en retoumoient » en pleurs. 9 — D'un autre côté, le peuple im- » patient voulait à tout prix la noort des prisonniers et se plaignait brutalement des lenteurs partiales de la justice. Pour Fapaiser on promit d'activer les poursuites, et, en effet, quatre jours après le supplice d'Orvy on condamna un serviteur de Louis Mialhon, quatrième consul. Cet homme se tut jusqu'à la dernière heure. Cependant, quand il se vit conduire à la mort, il dénonça son mallre et assiura que c'était lui qui l'avait conduit chez Gratuze. Aussitôt la populace s'ameuta. On se rendit en troupe chez TEstrange et chez les juges, on réclama pour tous les mêmes poids et la mémo balance, c Vous pensez nous abuser, criait-on, en » faisant mourir les petits et en épargnant les » grands. Mais si on ne nous rend pas raison, » nous couperons nous-mêmes la gorge à tous » ceux qui l'auront mérité. 9 Après cette démonstration, on dépêcha trois commissaires aux gens de

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justice pour les supplier de se mettre de suite énergiquement et loyalement à l'œuvre. Deux jours après, Louis Mialhon, Chamalhieu, bourgeois, et quelques autres furent pendus.

Les confrères de la Croix étaient, à n*en pas douter, r&me de toutes ces séditions. C'étaient eux qui poussaient cette docile multitude à demander vengeance d*un crime commis par tant de mal* heureux. Si la conjuration eût triomphé, combien seraient venus s*en glorifier qui , maintenant , criaient plus haut que les autres : mort aux infâmes ! Ces fanatiques trouvèrent donc que les juges travailloient encore trop lâchement ^ pour nous servir des expressions du chroniqueur. Craignant que le ^bet ne laissât échapper quelquesunes des victimes dont étaient remplies les prisons de révêque, de la cour commune, du chapitre et du roi , ils firent entendre de nouvelles menaces contre les magistrats et le gouverneur lui-même (1).

Le 3 novembre on publia par toute la ville un arrêt du parlement pour enjoindre aux magistrats

(1) Les biens des fK)Ddamnés avaient été déclarés confisqués ; les ligueurs s'en saisirent. Dans la crainte qu'il n*en fût soustrait à leurs recherches, ils firent fulminer un monîtoire contre les détenteurs. En môme temps il fut fait défense aux veuves des suppliciés d'entrer dans les églises, comme excommuniées, et de porter le deuil de leurs maris.

aniciens de suspendre Texécution de lour justice prévôlale. Les ligueurs irrités écrivirent immédiatement à Toulouse, qualifiant son arrêt d*acte criminel, et ordonnèrent au syndic de la ville d'avoir à poursuivre ses rigoureux devoirs. Dans cette difficile situation, en présence d'un peuple en fureur, le syndic protesta de son sincère amour pour la ligue et demanda à aller plaider devant le parlement la cause des insurgés.

Il partit. La foule, avide de spectacles, multiplia ses processions^ ses offices, ses jeûnes, et se prépara par la prière publique aux plus implacables vengeances. Le cordelier Gallesiant, accusé de solliciter un peu d'indulgence en faveur des accusés, répondit : « Non, non, qu'ils périssent ! Ce sera faire » beaucoup pour ces traîtres de ne pas les écarteler > comme ils le méritent, et je demande qu'on les en- » voye tous au gibet... » Pendant ce temps, on lisait au coin de chaque rue des monitoires contre les détenteurs des biens confisqués, et cette singulière proclamation adressée aux citoyens ligueurs : « Ces » méchants qui sont en prison ainsi que leurs » femmes, vont partout se jactant que devant qu'il » soit trois mois il nous faudra crier : Vive le Roi ! 9 et qu'ils prendront bientôt leur revanche. Ne sem- » ble-t-il pas vraiment qu'on a bien fait tort à ces » déloyaux, parce qu'on n'a pas laissé entrer Fenne-

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» mi chez nous pour nous couper la goi^?... Ah! > traîtres (1)!

(1) Je ne veux oublier les monitoires qui se font en mettant des placards par tous les carrefours et portes des églises, martelant les cloches, brûlant des fagots, faisant les cérémonies de l'église en signe de malédiction contre ceux et celles qai cachent les biens des traîtres politiques. Burel.

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