LE SÉNÉCHAL DE CHASTE
sédentaire dans ses châteaux de Labrossc ou de Polignac, que par le mauvais temps il chevauchât à travers nos montagnes couvertes de neige, c'était bien le plus galant, le plus magnifique gentilhomme qu'on pM voir. Il avait une figure charmante, la voix douce, le regard noble , le sourire gracieux, la parole bienveillante. Il s'en allait toujours véta à la dernière mode ; le$ mignons eux-mêmes n'avaient pas de pourpoints plus richement brodés. Il portait la fraise à grands canons , comme tous les raffinés, et prenait aussi un soin merveilleux de sa moustache et de sa barbe. Sa démarche était nonchalante, ses manières efféminées, ses goûts trèsfastueux. Il aimait les fêtes, les banquets, les chasses bruyantes, enfin tout ce que pratiquaient les jeunes seigneurs de la cour voluptueuse des Valois- Médicis. Ce|)endant, sous ces frivoles apparences, personne au monde ne cachait un caractère plus viril, une âme plus fortement trempée ; personne, une fois la résolution prise, ne savait faire plus facile marché de sa vie que ce beau jeune homme. Quand le devoir l'appelait, rien ne pouvait le retenir. Il s'élançait le premier au fort du péril ; et, comme s'il se fût fait un jeU de la mort, on le voyait la braver témérairement en toute rencontre.
Dès que Saint- Vidal se fut ouvertement déclaré partisan de la ligue, le roi se hâta de lui retirer sa