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RETOUR ET DÉCLIN DE R1TT

Ces scènes de Boulogne semblaient bien une comédie. Car les bois des vaisseaux, coupés dans nos forêts (ceux d’Anvers, par exemple, dans la forêt de Soi gnes), voulaient, pour la plupart, deux ans encore avant de pouvoir tenir la mer.

Le 17 septembre 1805, Napoléon enlin déposa cette feinte, prolongée tant d’années, sans avoir pu lasser l’ardeur crédule de nos soldats. Il dit au conseil d'Élat qu’il partait pour l’Allemagne ; qu’il serait prêt avant l’Autriche, ayant rassemblé l’armée à Boulogne ; qu’il lui fallait, en janvier 1806, les conscrits qui auraient vingt ans en janvier 1807 ; et de plus la réorganisation de la garde nationale. — Sorte d’appel tardif qu’il faisait à la nation.

L'armée partit de Boulogne, et traversa la France en parfaite discipline, sans qu’il y eût un seul déserteur. J’ai dit ailleurs combien ces vrais soldats furent tiers, sévères pour les conscrits qui, en traversant l’Allemagne, avaient un peu pillé. Les vieux leur dirent : «Avant de combattre avec nous, videz vos sacs d’abord. »

Miot dit que la guerre n’était nullement souhaitée en France. Tout était revenu dans les voies du travail.

On aurait pu en dire autant de l’Angleterre, sans les alarmes que lui donnait Bonaparte par sa fantasia de Boulogne et ses simulacres d’embarquement. Le

ALLEMAGNE

tout vain, mais très-provocant. L’Angleterre, à ce moment même, était, comme la France, entraînée au travail, non pas agricole, mais manufacturier. La révolution des machines, qui commençait à s’opérer, l’avait saisie; et la partie la plus active delà population tournait sa passion, ses capitaux, de ce côté.

C’est ce qu’ignorait M. Pitt. 11 croyait retrouver l’Angleterre où il l’avait lassée. De là sa triste finale, son grand isolement en 1805. Sans les continuelles alarmes que ce maladroit Bonaparte donnait sans cesse à la côte d’en face, Pitt eût péri en vérité, péri de solitude et d’abandon.

Ce n’était pas l’affaire du sacre français ou italien, ni celle des indemnités allemandes, qui auraient décidé l’Angleterre à se battre et à se détourner de la grande nouveauté, l’affaire industrielle, qui lui apparaissait dans un charme magique d’infinie perspective.

La grande affaire récente de l’Inde, la conquête du Carnatic, avait même été à peine aperçue. Ces grandes choses lointaines, l’acquisition du Cap, et bientôt celle de Java, touchaient surtout une certaine Angleterre qui y trouvait des places pour ses fils. Mais la majorité, les classes qui recrutaient le plus le parlement, était bien moins sensible à ces fruits de la guerre lointaine.

De là la solitude, l’abandon progressif de Pitt.

En mars 1805, au moment de la rupture avec la

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