‹ Histoire du XIXe siècleChapitre 58 sur 75 · MALET (OCTOBRE · texte numérisé non relu

MALET (OCTOBRE

sujet, nommé Nodier, employé cependant de l’administration dans 1 II ly rie.

Tout cela émouvait peu, non pas qu’on ne haït Napoléon ; mais tout ce qu’on disait de ses revers paraissait incroyable, fabuleux. Tant la longue souffrance nous avait endurcis, habitués à l’empire de ce dieu du Mal, L’habitude fait tout. Aux autels du Mexique, ceux qui passaient par les mâchoires du dieu Yiziputzli trouvaient cela tout naturel.

Pour revenir à Malet, ce héros, analogue aux républicains militaires que Nodier a peints dans son colonel Oudet, il était difficile de découvrir son entreprise1, il n’avait nuis complices, et sa conspiration était toute dans sa tête. Comment deviner cela?

Mais Malet, prisonnier depuis longtemps, ne savait pas où la France en était.

Il croyait qu’elle se souvenait beaucoup plus d’ellemême. Il s’imaginait être encore en 1800.

De plus, en une chose il hésita, ou fut humain. Il ne donna pas l’ordre de tuer Savary, ministre de la police. Dès lors tout devait avorter.

Il ne se décida à tuer qu’au dernier moment, tira, blessa Hulin, gouverneur de Paris. Puis il se laissa arrêter.

Ne l’eût-il pas été, son projet de rétablir la

répu-

Comme l’a trèc-bien dit Rovigo (Savary), minislrc de la police.

RÜSSIii.

blique, sous l’autorité du Sénat, aurait-il convenu aux généraux qui revenaient et qui regardaient l’Empereur comme le garant de leur fortune?

Môme ce qu’on eût peu deviné, et ce dont Malet ne se doutait guère, c’est que les derniers survivants de celle armée détruite par l’imprudence de son chef ne lui étaient pas ennemis. Ils avaient bien un peu murmuré en allant, mais au retour, ils mouraient sans rien dire, craignant de faire trop de peine à l’Empereur.

Ce peuple est, par moment, d’une étonnante chevalerie.

L’Empereur, dans un moment où les Cosaques le serraient et où il était presque pris, distribua le trésor qu’il avait encore avec lui à ses grenadiers de la garde. Quelle que fût la tentation des besoins pressants, dès qu’on fut en sûreté, ils rendirent tout, sans qu’il manquât une pièce d’or.

Des Polonais m’ont conté que, sur la neige, ces vieux grenadiers, qui n’en pouvaient plus, s’asseyaient pour mourir, et, voyant passer l’Empereur dans son traîneau rapide, lui demandaient du pain, mais non pas en français, de peur de lui briser le cœur. Ils lui disaient en russe: « Papa , Klébal » (Papa, du pain!) Il secouait la tête, disant tristement : « Niema Kléba ! » (Il n’y a pas de pain) ; puis, volait de toute la vitesse du traîneau.

Ces Polonais qui me contaient cela aidèrent eux-

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