‹ Histoire du XVIe arrondissement de Paris (volume 2)Chapitre 107 sur 329 · SUR LES SEIGNEURIES DE PASSY ET DE CHAILLOT · texte numérisé non relu

SUR LES SEIGNEURIES DE PASSY ET DE CHAILLOT

Dans la liste ci-dessus donnée des seigneurs de Passy, nous avions d'abord omis de nommer M. d’Argentière, qui fut seigneur jusqu’au 16 février 1658, époque où — malgré son nom, qui semblait prédestiné —— se trouvant dans une situation des plus obérées, il céda son château et ses droits seigneuriaux à Claude Chahu, en échange de 2.900 livres de rente.

En 1684, l'Hôtel-Dieu de Paris, qui avait hérité en grande partie des biens de la veuve de Claude Chahu, revendit la seigneurie à M° Jean Arnauld de la Briffe, alors maitre des requêtes au Parlement de Paris, sur lequel nous avions peu de renseignements. Nous avions dit, sans plus de détails, que sa première femme, dame d’une grande piété, dont notre église s'était heureusement ressentie, était morte en son château de Passy, le 28 mai1686. Nous ignorions alors qu'elle était Marthe-Agnès Potier de Novion, fille de Nicolas Potier de Novion, célèbre premier président au Parlement de Paris et membre de l’Académie française. Un de ses frères, André, avait été également président au Parlement de Paris, et Jacques, un de ses autres frères, était devenu évêque de Sisteron en 1674, puis d'Evreux en 4681. On voit qu’elle était bien apparentée.

M. J.-A. de la Brifte se remaria quelque temps après avec Mlle Bonne Barillon d’Amoncourt. Une lacune existant au journal des Barnabites de Passy, nous n'avions pu suivre M. de la Briffe au delà de la fin de1692 ; mais grâce aux Mémoires de Saint- Simon, nous savons aujourd'hui que M. de la Brifte, brillant maître des requêtes, était procureur général moins brillant depuis 4694 (1), et qu’il mou-

de procureur gér

rut seigneur de Passy à la fin de l’année 4700, après une longue maladie aggravée par le chagrin et les dégoüts qu’il avait éprouvés dans sa charge, par le fait du premier président Achille de Harlay, à l'esprit fin, mais des plus mordants.

En même temps que seigneur de Passy, M. de la Briffe était marquis de Ferrières (Seine-et-Marne) et en possédait le château, qui, de nos jours, s’est beaucoup embelli depuis qu'il appartient aux barons de Rothschild.

Après la mort de M. de la Briffe, ce fut le fils ainé de son premier mariage, Pierre Arnauld de la Briffe, également marquis de Ferrières, né en juillet 1678, qui eut la seigneurie de Passy. IL épousa Françoise Brunet de Rancy, devint conseiller d'Etat et maitre des requêtes, puis intendant de Bourgogne, Bresse, Bugey et pays de Gex, et mourut à Dijon, le 7 avril 4740 (1). Il n’avaitpas conservé longtemps la seigneurie de Passy, car, d’après un acte notarié de 1711, que nous a gracieusement communiqué notre collègue M. Barre, nous voyons qu’à cette date c'était Orceau qui en était titulaire. Cet acte dit que, le 5 février 1711, Pierre Orceau, écuyer, conseiller, secrétaire du Roy, maison, couronne de France, etdeses finances, seigneur de Passy, vendit à très haute et très puissante dame Olympe de Brouilly de Pienne, épouse du duc d’Aumont, pair de France et premier gentilhomme de la chambre du Roy, la partie supérieure d’une maison sise en face de la propriété de ladite dame (emplacement dela rue Singer, n° 2), et qui masquait une partie de la belle vue qu’elle avoit devant elle. Cette maison, dont elle n’achetait l'étage supérieur que pour le démolir, donnait d’un côté sur la rue Raynouard, appelée alors ancienne Grande-Rue ou rue Haute, et, de l'autre, avait en contre-bas un rez-de-chaussée contenant un des pressoirs à vin de la seigneurie, qui devait rester intact, et donnait sur la rue Berton, qu’on nommait alors rue de la Roche.

Cette servitude de non-surélévation existe toujours pour la petite propriété susdite, ce qui a permis aux différents locataires, qui se sont succédé dans la maison d’angle de la rue Singer, n° 2 (entre autres à la comtesse de Giresse-Labeyrie, à l'éditeur de livres de luxe J.-G.-D. Armengaud, et depuis longtemps à M. Marin, l’éminent et sympathique directeur général (2) des chemins de fer de l'Ouest), de jouir d’une vue aussi belle qu’étendue.

Quant au pressoir à vin de la seigneurie, qui devait rester à perpétuité dans la petite maison d’en face, il dut émigrer sous la Révolution, car depuis on n’en a pas plus entendu parler que des vignes qui l’alimentaient, et qui se sont contentées de laisser leur nom à une rue du voisinage.

On se rappelle encore que nous nous sommes étendu assez longuement sur le séjour que fit, pendant une quinzaine d’années, M. de la Pouplinière

1) Nous devons les renseignements qui précè dent à l'obligeance de M. le marquis de La Briffe, propriétaire du château de Neuville, près Houdan, et descendant en ligne directe de nos deux seigneurs de Passy.

C'est M. de Larminat qui est actuellement directeur de la Compagnie de l'Ouest ; M. Marin est ingénieur en chef, conseil de cette Compagnie,

au château seigneurial de Passy, que lui avait cédé à vie M. de Boulainvilliers, sur les fêtes qu'y donna ce fermier général; sur l'orchestre qu'il y entretenait, sur la généreuse hospitalité qu'il y avait donnée à Rameau, à Gossec et à Marmontel, et surtout sur sa célèbre infortune conjugale de 1748, qui, bien dûment constatée, avait amené une séparation définitive d'avec sa femme, petite-fille de l'auteur comique Dancourt. Une malheureuse expérience ne guérit pas toujours les hommes, et notre fastueux Turcaret, en dépit de ses soixante-cinq ans, et sa première femme étant morte, avait, en 1760, convolé en secondes noces avec une jeune fille de vingt et un ans, dont nousignorions le nom. C'était une demoiselle de Gondran, issue d'une famille du Languedoc. Elle était jeune, belle et courtisée, et son mari ne fut guère plus heureux avec elle qu'il ne l’avait été avec sa devancière. Comme dit La Fontaine :

Il avait pris sur ses vieux ans Femme jeune en toute manière,

Il prit aussi soucis cuisants,

Car l'un sans l’autre ne va guère.

M. de la Pouplinière mourut le 5 décembre 1762, après avoir fait son testament à Passy même, le 4°* novembre précédent, ne se doutant nullement qu'il allait laisser sa nouvelle épouse dans une position des plus intéressantes. Jugez-en ! un mois seulement après sa mort, sa veuve, plus ou moins désolée, mit au monde un fils dont on lui disputa la paternité; de là, procès retentissant et long, qui, néanmoins, se termina par la reconnaissance juridique des droits de l'enfant. C’est alors qu’un mauvais plaisant proposa pour la tombe de la Pouplinière, en faisant allusion à ses prétentions littéraires, cette épitaphe que nouscroyons devoir transcrire de nouveau :

Pour être auteur, ci-git qui paya bien:

j'est la coutume.

L'ouvrage seul qui ne lui coûta rien, C'est son posthume.

Enfin, dans notre article sur Bassompierre, seigneur de Chaillot depuis 4630, nous n'avions pas suffisamment noté qu'avant lui c'était Mme üe Castille, fille du célèbre président Jeannin, qui détenait la seigneurie de Chaillot avec les droits de justice y afférant ; il est probable qu’elle l'avait eue de son père, qui lui avait donné tous ses biens, à la condition toutefois que s’il lui venait des enfants mâles, ils porteraient le nom de Jeannin et non celui de Castille (1). Ce M. Pierre de Castille, qui avait adjoint plus ou moins indûment à son nom la particule de, n'était, dit-on, qu'un ancien marchand de la rue Saint-Denis, pour lequel son beau-père avait obtenu différentes missions et même la charge de contrôleur général des finances.

M. et Mme de Castille habitaient déjà Chaillot en 1618 ; Héroard, dans son Journal, cite, à la date du 18 janvier de cette année, une visite que leur fit le jeune Louis XIIT. Peut-être possédaientils déjà la seigneurie, et nous ne serions pas très étonnés d'apprendre un jour que le président Jean-

(1) Pour tourner la difficulté, ils prirent le nom de Jeannin de Castille.

nin en ait été titulaire avant eux. Ce qui est certain? c’est qu'il eut une maison importante à Chaillot

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