LA PRINCESSE D'ANGLETERRE
Par quel bizarre enchantement, écrit Hamilton dans une lettre à la princesse d'Angleterre, fille de Marie de Modène,
Par quel bizarre enchantement La maison de feu Bassompierre, Cet homme jadis si galant, Est-elle aujourd'hui couvent Qui recoit tout ce que la ter À de plus digne et de plus grand (1).
Malgré la piété de la reine, la vie n’était pas austère à Chaillot. Hamilton, dans une épiître en vers, feint que les sœurs de Saint-Dominique de Poissy reprochent aux filles de Sainte-Marie de Chaillot de retenir parmi elles, au milieu des plaisirs, leurs hôtesses royales (p. 349) :
Chez vous tout conspire à leur plaire,
Amusements et soins divers S'offrent en prose comme en vers.
Les amusements sont des énigmes ; on compose des devises. Les vers sont faits par des courtisans rimeurs de vétilles, et.aussi par les religieuses pour la fête de la princesse, par sœur Gabrielle, sœur Charlotte.
Ma sœur Madeleine-Marie, De qui l’autre nom va devant.
Hamilton veut dire qu’elle s'appelait Marie- Madeleine.
Hamilton avait écrit des couplets pour le même jour; le 2° finit ainsi, p. 418 :
Chantons, nymphes de cette cour, Dans nos chants célébrons ce jour Sans ces À ces mots B... pril son ton EU fit, touchant comme Apollon Sa lyre, Les couplets de chansons Que je vais dire.
Suit la mention : couplets de Mile B.. l’atnée. Qui est Mlle B...?
Dans l’épitre des Œuvres, de Poissy, citant les religieuses poètes, Hamilton avait dit :
CRE Ma sœur Bullion, Dont je ne dirai pas le nom, Fait de vers une kyrielle Qui seraient dignes d’Apollon,
Pourquoi ne pas dire son nom ? Serait-ce parce qu'il la faudrait nommer Mlle Bullion l'ainée et la faire paraître un peu plus âgée au moins que la cadette, qui était au couvent aussi ? Bullion l’ainée, autant dire la vieille.
Il faut citer ces vers dont l’auteur a été, par Hamilton, deux fois comparée à Apollon, une fois
(1) OEuvres, p. 162, vol. 3, éd, Paris, 1805.
à cause de la rime, et la seconde peut-être aussi (p. 419) :
AR : Climat doux et paisible.
Ornements de votre Objet de nos chants, Recevez l'hommage De notre humble encens.
Ce jour vous vit noitre
Chaque autre a vu croître Vos attraits charmants.
Sans la princesse, Mlle Bullion se déplait au couvent :
Sans vous la tristesse
Y règne sans € Tout est ennuyeux.
Mais quand la princesse est là, Mlle Bullion chante; les forêts, les campagnes et les ruisseaux la voient dire aux oiseaux :
Hôtes de nos bois, tour à tour Célébrez ce jour ; Tout vous répondra O gai lan la!
Mile Bullion trouve naturel que son nom appelle à la rime Apollon. Pour elle-même et pour Hamilton, elle y met sans modestie l'Hélicon.
Nous qui savons la route De l'Hélicon, Nous qu'ici l’on écoute, Tendre Hamilton, Chantons vous et moi tour à tour Ce célèbre jour; Tout nous répondra :
O gai lan la!