LA VEUVE DU RÉGENT
En 1735, la veuve du régent se réfugia chez les dames de la Visitation de Chaillot ; elle avait son pavillon particulier, adossé au mur de clôture du couvent. Née en 1677, Françoise-Marie de Bourbon, dite M! de Bloisiétat fille légitimée de Louis XIV et de Mme de Montespan. Douée d’infiniment d'esprit, mais d’un orgueil excessif, pelile fille de France jusque sur sa chaise percée, dit crûment Saint-Simon, tenace à l'extrême dans ses volontés, paresseuse à l'excès et très superstitieuse, on la disait néanmoins vertueuse ; mais il faut reconnaitre que sa vertu peu aimable n’avait pas eu le don de retenir son trop volage mari, qui, pour cause, l'avait surnommée Jfme Lucifer. C'est peut-être ici le cas de dire, en modifiant légèrement le proverbe, que, quand Me Lucifer devint vieille, elle se fit ermile, car M"e d'Orléans était bien proche de la soixantaine quand elle rechercha le voisinage de nos pieuses Visitandines, auxquelles, malgré son caractère bizarre, elle fit beaucoup de bien. Elle passa de vie à trépas le 1° février 1749.
Ici semble devoir s’arrèter la liste des personnages marquants, reines, princesses, duchesse et autres dames ou filles nobles, qui vinrent se réfugier au couvent aristocratique de la Visitation de Chaillot.
Vers le milieu du règne de Louis XV, la maison semble péricliter, et nous ne trouvons plus rien de particulièrement intéressant à signaler pour son histoire. Comme personnel, au temps de sa prospérité, elle comptait en moyenne trente religieuses professes, cinq à six Sœurs converses,
(1) Ragotzky
était depuis longtemps membre de la Toison d'or,
deux ou trois. novices, deux .aspirantes, deux sœurs tourières et une vingtaine de pensionnaires. La communauté, qui avait trois autres maisons à Paris, fut supprimée en 1791, et une partie de ses biens fut vendue. Les bâtiments du couvent, devenus propriété particulière, furent démolis en 1810, et sur leur emplacement on creusa les fondations du palais du roi de Rome, palais destiné au fils de l’empereur, mais que les événements politiques ne permirent pas de continuer ; l’emplacement du palais du roi de Rome, demeuré à l'état de terrain vague et complètement bouleversé, fut longtemps désigné sous le nom de rampes de Chaillot. Louis XVIII projeta d’y élever un monument grandiose en souvenir de la prise du fort du Trocadéro par son neveu le duc d’Angoulème. La butte en prit le nom, mais le monument ne s'éleva pas. Ce ne fut qu’à l'approche de l’Exposition universelle de 4867 qu’on se décida enfin à aplanir le sommet du coteau et à niveler les pentes, pour construire l'escalier gigantesque que nous avons vu jusqu'à l'approche de l'exposition de 4878, exposition qui nous a enfin valu le palais actuel et ses verdoyants et pittoresques abords.