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LE CABINET DE PHYSIQUE DU ROI

Au n° 8% de la rue de Passy, à l'angle dela rue de la Pompe, se voit un ancien hôtel Louis XV, à hautes et larges fenêtres, auquel on accède par une grande porte cochère donnant sur la rue de Passy. Un grand jardin accompagne le bâtiment principal, qui se trouve à gauche de l'entrée eta conservé de ce côté, mais de ce côté seulement, son intégrité et son bel aspect originel.

La percée de la rue Mozart étant actuellement complète, cet hôtel nous semble appelé à disparaitre forcément à une époque relativement rapprochée, pour mettre la rue Mozart en rapport direct avec le Trocadéro, par la continuation de la voie

(1) Pour plus amples détails voir les Chroni ques de Passy, p. 191 à 194 du t: Ir.

projetée depuis longtemps, amorcée en divers en droits, et baptisée d'avance du nom d'avenue de la Muette (1). Avant de prononcer l’oraison funèbre définitive de cet immeuble, que nous regret terons, disons ce qu'il fut.

On sait que le baron de Gonesse — pardon !.… soyons respectueux pour éviter la Bastille — on sait, disons-nous, que le roi Louis XV, le bienaimé et le bien aimant, en dehors de ses occupations plus ou moins sérieuses, prenait grand plaisir à s'occuper des sciences et surtout de physique et d'astronomie, et qu'assez souvent il allait assister, accompagné de la cour, aux expériences de physique expérimentale que faisait l’abbé Nollet aux Enfants de France ; aussi, vers 1750, se

ARRONDISS

ENT

Arts et frère de Mme de Pompadour. Bachaumont en parle dans ses Mémoires secrets et le Mercure de France fait de même à troisreprises différentes: c'était un curieux tableau d’Amédée Vanloo, daté de janvier 1763 et représentant bon nombre dever- {us allégoriques, la Magnimité, la Justice, la Valeur militaire, l'Intrépidité, la Vertu héroïque, laVertu pacifique, la Générosité, etc., en touthuitfigures, sans compter les animaux qui les accompagnaient. — Vues d’une certaine distance au travers d’un verre à facettes, toutes ces figures se réduisaient en une seule et offraient aux yeux émerveillés le portrait du roi très distinct et très ressemblant (1). L'abbé Aubert, le spirituel fabuliste, fit les vers courtisanesques suivants sur ce singulier ouvrage :

Vue extérieure de la maison, 84, rue de Passy, et 1, rue de la Pompe, état actuel.

(Cliché de M. Vaillant.)

décida-t-il, pour satisfaire ses goûts, à transformer en cabinet de physique un bâtiment situé dans les jardins de la Muette.

Il en confia la garde au savant bénédictin dom Noël, plus connu sous le nom de père Noël, qui déjà avait fait des microscopes et des télescopes pour Sa Majesté. — Dès cette époque, le brave père Noël espérait peut-être arriver à faire voir à Louis XV la lune à un mètre et bien d’autres merveilles, car il avait construit un télescope gigantesque de près de 8 mètres de longueur ; mais malheureusement l'effet ne répondit pas à la grandeur des dimensions, et le roi fut un peu désappointé. Parmi les curiosités d'optique placées à la Muette sous la garde du père Noël, il en est une que nous ne pouvons passer sous silence : elle avait fait courir tout Paris avant d’être offerte au roi par M. de Marigny, surintendant des Beaux-

G) Ilest question de lui donner le nom d'avenue Alphand, ce qui éviterait toute confusion avec la Chaussée de la Muelle L not ippellerail qu'à deux pas de là le célèbre ingénieur fut notre hôte pendanttrente-sept ans.

Par l'ingénieux artifice

Et de l'optique el du pinceau, Les Verlus et surtout la bonté, De Louis eurent le tableau.

a justice,

Sidans une autre perspective

On peignait les cœurs des Français, De ces cœurs réunis, la peinture naïve De l'Amour offrirait les trails.

Le nombre des appareils, des machines, allait s’augmentant de jour en jour, et le petit bâtiment qui les contenait devenait insuffisant ; c’est alors que le roi fit acheter, pour les placer plus convenablement, l'hôtel du n° 84 de la rue de Passy, qui était à proximité du château de la Muette et n’était séparé de ses communs, c’est-à-dire de la Petite-Muette, que par la grille du bois de Boulogne, barrant alors l'entrée de la chaussée de la Muette.

Quand au commencement du règne de Louis XVI,

au mois de juin 1774, le père Noël se retira, la

1) Ce jeu d'optique n'était pas nouveau, il y en avait eu déjà des exemples chez les Minimes de la place Royale et à la bibliothèque de l'abbaye Sainte-Geneviève,

gar de du nouveau cabinet de physique et d'optique fut confiée conjointement à deux membres de l’Académie des Sciences, à Marie-Alexis de Ro-

à placer ailleurs les ob,ets dont il se composait, et, le 3 septembre 1790, ils furent transportés à l'Observatoire de Paris, où probablement on en

Vue intérieure de la maison 1, rue de la Pompe, 4 (Cliché de M. Vaillant.)

chon, dit l’abbé Rochon (1), astronome qui avait fait quelques voyages scientifiques importants, et au physicien Jean-Baptiste Leroy, second fils du célèbre horloger du roi. Tous deux devinrent plus tard membres de l’Institut. Rochon dirigea ses recherches sur lesinstruments d’optique,et J.-B.Leroy s’occupa beaucoup d'électricité ; tous deux furent puissamment secondés par Franklin, alors notre hôte. Rochon, qui avait son logement habituel à l'Observatoire, et Leroy, aux galeries du Louvre, eurent en plus un pied-à-terre au château de Ja Muette, et on leur partagea le traitement de 6.000 livres qui avait été alloué au père Noël.

Le nouveau cabinet de physique et d’astronomie, grâce au zèle de nos deux savants et à l’intérêt réel que lui portait Louis XVI, continua à s'enrichir de pièces fort curieuses ; mais lorsque, en 4788, un édit du roi eut prescrit, pour cause d'économie, la vente ou la démolition des châteaux de Madrid et de la Muette, il fallut songer

(2) Il ne fut que clerc tonsuré.

conserve encore une bonne partie à titre de curiosités rétrospectives (1).

Mascaron au-dessus de l'entrée du grand escalier.

(Cliché de M. Vaillant.)

(1) Voir l'article suivant, concernant Carochez, mécanicien el pui ien du cabinet de physiqne du roi, et extrait de la page 70 du premier volume du Bullelin.

Rappelons,en terminant, que cet hôtel fut acquis et longtemps habité par le lieutenant général de la Morlière ; ce sont ses héritiers qui ont fait élever le vilain corps de logis qui donne sur la rue.de Passy. Le.-célèbre-naturaliste Laurent de Jussieu, mort en 4836, l'habita vers la fin de sa vie. Vers 4850, Jenny Vertpré, la célèbre actrice du Gymnase, femme du vaudevilliste Carmouche, yavait sa demeure. De là elle vint habiter au n° 45 de la rue Nicolo, où elle mourut en 1866.

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