‹ Histoire du XVIe arrondissement de Paris (volume 2)Chapitre 180 sur 329 · LAUZUN À PASSY · texte numérisé non relu

LAUZUN À PASSY

Le duc de Lauzun, si célèbre par ses aventures avec la grande Mademoiselle, aventures dont les suites lui valurent un internement de dix ans dansla forteresse de Pignerol, avait fini parreconquérir une certaine faveur à la cour, après sa belle conduite en Angleterre, d’où, en 1688, il avait pu ramener sains et saufs à Calais la reine et le prince de Galles, que Jacques II lui avait confiés. Deux ans après la mort de Mile de Montpensier, c’est-àdire en 1695, alors qu'il était plus que sexagénaire, il avait épousé une jeune fille de quatorze ans, Geneviève de Dufort de Lorges, fille du maréchal et belle-sœur de Saint-Simon. Ce fut probablement vers cette époque, ou peu de tempsaprès, qu'il acheta ou se fit construire à Passy une fort belle maison qu'il garda jusqu’à sa mort, et dont on voit, dit-on, encore les soubassements dansla propriéét Delessert. Indépendamment de la jolie situation de cette maison, un autre motif avait pu l’attirer, le voisinage du couvent de la Visitation de Chaillot, où sa femme avait une sœur pensionnaire qui devint religieuse, et où séjournaient souvent ses beaux-parents, le maréchaletlamaréchale de Lorges, bienfaiteurs de ce monastère, où ils voulurent être inhumés.

Extraordinaire en tout par nature, Lauzun se plaisait encore à outrer son origanalité : il allait parfois jusqu’à contrefaire le sourd et l’aveugle, pour mieux entendre et voir, sans qu’on se déliât de lui; mais, en résumé, malgré toutes ses bizar-

Gi) Ce poste dé gendarmerie fut reporté plis lard, pour la commodité de tous, au sommiet de la rue dela Mortagne (Bcéthoven).

reries, il était bon et serviable. Sousune apparence trompeuse, il avait une santé de fer. « Peu de « mois avant sa dernière maladie, dit Saint-Simon, « c’est-à-dire à plus de quatre-vingt-dix ans, il « dressait encore des chevaux, et fit cent passades « au bois de Boulogne, devant le roi qui allait à « la Muette, sur un poulain qu’ilvenait de dresser, « mais qui l'était à peine, et surprit les specta- « teurs par son adresse, sa fermeté et sa bonne « grace. »

Lauzun mourut, en 1793, d’un cancer à la bouche, au couvent des Petits-Augustins (actuellement Ecole nationale des Beaux-Arts). Il y avait loué, pour mourir en paix, un petit appartement communiquant à sa maison, et c’est au couvent même qu'il fut inhumé.

Page 1