RUE DE LA POMPE
avenue de la Grande-Armée). Vers 1825, la société qui avait entrepris la transformation de la plaine de Passy en un nouveau quartier, élargit et redressa ce chemin, qui prit, lui aussi, la dénomination de rue de la Pompe. É
La route de Montrouge à Neuilly, comprenant, dans le XVI° arrondissement, le pont de Grenelle, la rue Boulainvilliers et la rue de la Pompe, a été classée comme chemin vicinal de grande communication le 4 septembre 1839, et comme route départementale n° 10 le 25 juillet 1851.
La rue de la Pompe s'arrête actuellement à l'avenue du Bois-de-Boulogre, le décret du 10 août 1868 ayant donné à la partie de cette rue qui s'étendait entre l'avenue du Bois-de-Boulogne et l'avenue de la Grande-Armée le nom de rue Durel, en mémoire du statuaire Francisque-Joseph Duret (1804-1865), élève de Bosio, qui a concouru à l'achèvement du palais du Louvre et fut nommé, en 1843, membre de l’Académie des Beaux-Arts.
Au n° 20 de la rue Duret se trouve la cité Félix, voie privée, qui na que 3",75 de largeur et a été ainsi nommée, parce que Félix est le prénom de M. Guépin, qui a fait construire cette cité.
L'arrêté préfectoral du 8 novembre 1840, qui incorporait la rue de la Pompe au chemin de Montrouge à Neuilly, avait fixé pour cette rue une moindre largeur de 12 mètres, maintenue par le décret du 12 mai 1882, sauf en ce qui concerne la section comprise entre l'avenue du Trocadéro (Henri-Marlin) et la rue de Longchamp, section pour laquelle le décret fixe la largeur à 15 mètres; ce décret porte, en outre, que les parties de l'immeuble n° 2 comprises dans le tracé de la voie publique ne pourront être occupées par la Ville qu'après acquisition amiable ou expropriation, et non par application de la servitude de reculement.
On remarque d’élégantes loggias à la façade de la maison de rapport qui porte le n° 7 sur la rue de la Pompe et qui a été construite récemment par M. l'architecte G. Debrie (1).
L'auteur dramatique F. Ponsard (1814-1867), qui fut élu académicien en 1855 et à qui on doit: Lucrèce (1843), Agnès de Méranie (1846), Horace et Lydie, Charlotte Corday (1850), [Honneur el l'Argent (1853), le Lion amoureux (1866), a passé les dernières années de sa vie à Passy (2); ilÿ mourut, à l'hôtel portant le n° 9 de la rue de la Pompe, assisté des bons soins du critique Jules Janin (3),qui avait un pied-à-terre à Passy dès 1843 et demeura dans son chalet, portant le n° 11, depuis 1856 jusqu'à sa mort, survenue en 1874.
« Cher petit bas-bleu à talons rouges, écrivait un jour Jules Janin à la
1) Cet architecte a été primé, au concours de façades, pour sa maison de la rue du Roi-de-Sicile
(2) Ponsard fut toujours malheureux au jeu : il perdait aux dominos avec Jules Janin, au lansquenet chez Augier. Etant allé retrouver à Spa, en 1853, M et Mme J. Janin, il voulut voir si sa mauvaise chance l'avait abandonné et y perdit tous les droits d'auteur qu'il avait gagnés à l'Odéon. Pour le séjour de Ponsard à Passy, voir dans le Bulletin larticle de M. Léopold Mar, intitulé: « Ponsard à Passy », p.. 61 à 63
63 du IVe volume.
(3) Voir aux annexes (p.373) la Conférence faite par M. Antoine Guillois sur Jules Janin à une soirée littéraire donnée, à la mairie du XVI° arrondissement, par la Société historique d'Auteuil et de Passy. — Voir également la communication de M. Ch. Chandebois : « Vers écrits par Jules Janin au bas d'une photographie du chalet », p.150 et 151, et l’article de M. Louis Aigoin, intitulé : « Jules Janin et Félix Arvers », p. 191 et 152 du IIIe volume du Bullelin.
comtesse de Mouzay, je fixe désormais ma tente à Passy; car, de cette colline charmante, il me semble qu'on peut mieux ouvrir ses ailes vers l'infini. »
Jules Janin avait fait inscrire au nord de la façade de sa demeure ces deux vers de Clément Marot, l'un de ses poètes favoris :
« Que le ciel nous préserve en ce bas monde, icy, De faim, d'un importun, de froid et de soucy. »
Cette propriété, qui avait 1.100 mètres de superficie, était placée au milieu des arbres de la Petite-Muette ; Jules Janin l’affectionnait beaucoup et y avait réuni un grand nombre de livres rares, que sa veuve donna à l’Institut, à la condition que la salle qui contiendrait cette bibliothèque porterait le nom de son mari.
Le chemin de fer de Courcellesau Champ de Mars a été construit en souterrain près de cette propriété ; le chalet de Jules Janin, habité après lui par le colonel Mannheim, a été démoli en 1898; on vient d'exécuter une nouvelle rue, établie au-dessus du souterrain du chemin de fer; elle va de la rue Gustave-Nadaud à la chaussée de la Muette, coupe la propriété habitée autrefois par Jules Janin et sera probablement dénommée rue Ponsard.
Le compositeur Rossini a habité, vers 1857, l'ancien n° 24 de la rue de la Pompe. Don Carlos, prétendant à la couronne d'Espagne, et sa première femme, la duchesse de Madrid, occupèrent, de 4877 à 1881, un hôtel sur l'emplacement duquel la rue de Siam a été percée. Cet hôtel avait été habité, à partir de 1825, par le comte de Las Cases, auteur du Mémorial de Sainte- Hélène, qui y mourut en 1849, à l'âge de soixante quatorze ans, après avoir eu la satisfaction de voir rendre à la France les cendres de Napoléon Le, à qui il avait donné tant de preuves de dévouement. Son fils, le marquis de Las Cases, né en 1800, qui avait eu, pendant quelque temps, l'honneur de servir de jeune secrélaire à l'empereur à Sainte-Hélène et qui y avait ensuite accompagné le prince de Joinville, quand il vint y prendre les cendres de Napoléon, fut conseiller d'État, député et sénateur du second Empire; il habitait également rue de la Pompe, vers le n° 47, une maison attenante au jardin de l'hôtel de son père ; il y mourut en 1854.
Le graveur Bertinot, membre de l'Institut, habitait au n° 35, en 1856-1859. Une chapelle ayant son entrée sur la rue de la Pompe a été reconstruite, en 1898-1899, par les Carmes, dans l’ilot compris entre la rue de Siam et la rue de la Tour. Ces religieux, n'ayant pas cru devoir demander au gouvernement d'autoriser leur congrégation, ont quitté la France en 1901, et leur chapelle est actuellement fermée. Adolphe Crémieux, avocat et homme politique, vint habiter en 1873 au n° 75, à l'angle de l'avenue Henri-Martin, el y mourut en 1880. La mairie du XVI° arrondissement, qui s'élève à l'autre angle de l'avenue Henri-Martin, fut inaugurée officiellement le 2 avril 1877; mais les bureaux y étaient déjà installés depuis quelques années.
C'est sur la rue de la Pompe que le lycée Janson-de-Sailly (1) a son entrée principale. Sa création a été décidée par décret du 30 décembre 1876; la première pierre a été posée, le 15 octobre 1881. par le ministre Jules Ferry ; Victor Hugo assistait à cette cérémonie. La construction a été dirigée par
(1) Voir aux annexes (p.380) l'article de M.Antoine Guillois, intitulé ; « Quelques Mots sur le lycée Janson-de-Sailly ».