ET DE PASSY
C'est avec une profonde douleur que je viens dire un dernier adieu, sur cette terre, à Eugène
Manuel, le cher et vénéré Président de notre Société historique d'Auteuil et de Passy.
Il y a déjà longtemps que j'ai commencé à le connaître et à l'aimer, car j'ai été pendant plusieurs années son condisciple à la pension Jauffret (collège Charlemagne), qu'il à quittée en 1843 pour entrer à l'Ecole normale, digne début dans l’Université de sa carrière qui devait être si brillante.
Les orateurs qui m'ont précédé vous ont rappelé les éclatants services qu'il a rendus à l’Université de France, à la littérature, à l’art dramatique et à la poésie, qui lui doit tant d'œuvres exquises, animées du souffle patriotique, de l’affection pour les humbles, d’un ardent amour pour l'humanité et de l'esprit de famille.
Il a consacré une bonne partie de ses dernières années à notre Société historique, qu'il dirigeait avec autorité, prudence et douceur, avec un grand esprit de conciliation et un tact parfait, sachant la maintenir toujours en dehors des préoccupations politiques. C’est à lui qu’elle doit de s’être augmentée d’un grand nombre de membres et d’avoir largement prospéré sous sa glorieuse présidence. Nous avions tous pour lui une telle estime et une telle déférence que ses conseils étaient toujours écoutés. C’est qu'ils étaient marqués au coin de la sagesse et de la modération — cette qualité des sages.
Voyant sa santé décliner, Eugène Manuel manifesta à plusieurs reprises l'intention de quitter la présidence de notre Société. Nos vives instances l'ont retenu, jusqu’à la fin de sa vie, à notre tête. Nous espérions le conserver longtemps; la mort, quine compte pas avec les espoirs des hommes, vient de nous l’enlever; c’est pour nous une perte rréparable !