LE MONUMENT DE GUSTAVE NADAUD
On sait que le bon chansonnier nous appartient par sa mort. Il s’est éteint, en effet, dans un petit logis bien modeste, à l’entresol de la maison qui porté le n° 63 de la rue de Passy, où notre ancien président, son ami, l'avait si souvent visité. Gustave Nadaud allait s’enrôler dans nos rangs, quand la mort vint le surprendre.
Une de nos vues porte maintenant son nom.
On se rappelle l’étincelante conférence dont notre érudit et aimable collègue, M. Léo Claretie, avait donné la primeur à notre Société le 22 décembre 1894. « La vie de Nadaud, disait:il, offre peu d'intérêt ; il n’en est pas de même de son œuvre. » Il nous avait permis de revivre avec lui l’œuvre du chansonnier.
Aussi ne pouvons-nous laisser passer, sans en dire ici quelques mots, la revendication que faisait, il y a quelques mois, de Gustave Nadaud sa ville natale, Roubaix. Nous nous associons au légitime et juste hommage qu'elle lui rendait le 11 octobre en élevant un monument à sa mémoire et à ses chansons.
Chansons ! dit la foule dont on n’a pas été le contemporain. Et viendraient l'abandon et l'oubli. Mais Roubaix a voulu en préserver le doux chansonnier, son fils, qui fut si populaire il y a trente années, ce satirique si fin, ce musicien si accompli et si bonhomme à la fois, que personne ne chanta « les Deux Gendarmes » — « Carcassonne » — « Si la Garonne avait voulu » — le « Voyage aérien » et tant d’autres mélodies exquises, comme lui-même les interprétait avec un art si naturel.
Le monument élevé à Roubaix par le sculpteur Cordonnier a la forme d’un hémicyele, précédé de troïsmarches et terminé à ses deux extrémités par un socle qui supporte une figure allégorique. Celle de gauche accompagne sur le violon celle de droite, quitient, ouvert sur ses genoux, un cahier de musique, et chante, en marquant la mesure de la main droite en un geste gracieusement familier. Au milieu, sur une colonne délicatement ornée, apparaît le buste de Nadaud, vers lequel, appuyée à la colonne, une jeune femme élève une palme. Plusieurs bas-reliefs de l'hémicycle rappellent les sujets de quelques chansons; celui du milieu montre les « Deux Gendarmes », les immortels
gendarmes, pouvons-nous dire, que nos enfants chanteront comme les chantaient nos pères.
Et Passy, qui vit mourir Nadaud, salue Roubaix, qui le vit naitre.