‹ Histoire du XVIe arrondissement de Paris (volume 2)Chapitre 294 sur 329 · AUTEUIL QUI S’EN VA · texte numérisé non relu

AUTEUIL QUI S’EN VA

Passy se construit de plus en plus. Les hautes maisons sortent chaque Jour de terre et gagnent du terrain vers Auteuil. Les jardins, les jardinets tendent à disparaître. Arbres, arbustes tombent, deviennent büches ou fagots. A la place des verts gazons s'ouvrent des trous béants, bientôt garnis, revètus de pierres meulières. Les hôtels et les maisons familiales font place aux constructions de six ou sept étages, bientôt peuplées d'hôtes de passage qui n'auront pas connu notre vieux sol, et qui, sans doute, ne lui accorderont qu’un très mince intérêt.

Et cependant n'est-il pas bon, n'est-il pas sain, moral, utile, de savoir, au moins dans ses généralités, l’histoire, la géographie du petit coin où l’on doit vivre, ne füt-ce que quelques-unes des années qui nous sont départies ? Enfants, nous apprenions à respecter le nom, à vénérer la mémoire de bisaïeux que nos yeux ne virent point, mais qui nous tracèrent le sillon de notre modeste vie. Hommes, ne devons-nous pas reporter notre affectueuse et respectueuse sympathie sur les rues, les maisons, les sites que les générations précédentes nous ont préparés, façonnés, en y laissant comme un reflet d’elles-mêmes ?

Si le progrès, si les nécessités croissantes de l'extension des populations vers l’ouest menacent les vieux coins, les arbres ou les antiques maisons que nos regards aimaient à contempler, hâtonsnous d’en conserver l'image pour nous et pour les autres.

C’est dans cette pensée, sous cette impression que nos collègues MM. de l’Église ont bien voulu recueillir les trois photographies que ces quelques lignes accompagnent.

Voici d’abord la maison, 29, rue Chardon- Lagache, dans laquelle vint mourir Gavarni (1), non chargé d'années, mais inconsolable de la mort de son fils et de l’expropriation par le chemin de fer de Ceinture du magnifique pare dont il était si fier, et qu'il avait planté des essences les plus rares. Cette maison, qui a appartenu à Mlle de Roland,

(1) Voir Bulletin, t. LIT, p. 172.

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