‹ Histoire du XVIe arrondissement de Paris (volume 2)Chapitre 296 sur 329 · LES DEMEURES, DE GAVARNI · texte numérisé non relu

LES DEMEURES, DE GAVARNI

Le médaillon de Gavarni, exécuté par M. Charpentier pour la Société, est presque achevé (1) Avant de déterminer l'endroit où il sera placé,

Rue Désaugiers.

Désaugiers aura disparu comme le gai chanson $! P: ! S

nier dont elle porte le nom. En voici l’image, avant qu’elle ne soit plus qu’un souvenir.

(1) Elles étaient alors 12, rue d'Auteuil et sont actuellement chez M. l'architecte Botrel.

nous avons recherché quelles furent les demeures de Gavarni. Voici une note très complète de M. Mar.

Gavannr (Hippolyte-Guillaume-Sulpice Cusvaz< LIER, dit), dessinateur, aquarelliste et lithographe, 1804-1866. Né à Paris, rue des Vieilles-Hau-

driettes, n° 5. À Bordeaux, habita impasse des Minimes, quartier Saint-André, de la fin de 1824

(1) Ce médaillon n'a pas été placé, la maison qui devait le recevoir ayant disparu et certaines difficultés ayant surgi,

à la fin de 1895; à Tarbes, chez M. Leleu, inspecteur du cadastre, puis aux Pyrénées de la fin de 1825 au commencement de 1898. Revint à Paris en mai 1898 et demeura rue Saint-Lazare, n° 927, jusqu'en juillet 1829. A Montmartre, de juillet 1829 à 1835. Enfermé pour dettes à la prison de la rue de Clichy, de la fin de mars à décembre 1835. Rue Blanche, n° 43, en 1836- 1837; rue Fontaine-Saint-Georges, n° 1, de novembre 1837 à 1846 environ; au Point-du-Jour, route de Versailles, n° 49, ancien, depuis 1846 environ. À Londres de la fin de décembre 1847 à la fin de 1850. Rentra alors à sa maison du Point-du-Jour, où il resta jusqu'à 1865, tant dans cette maison même que dans celle à côté. Avenue de l'Impérateice (du Bois-de-Boulogne) en 1865 et 1866. Enfin & La villa de la Réunion, route de Versailles, n° 199, et y mourut à la fin de novembre 1866. Fut inhumé au cimetière d'Auteuil.

Sa veuve mourut en mai 1890, âgée de 66 ans, au château de Tréchaussade (Haute-Vienne).

En résumé, c’est dans sa maison de la route de Versailles qu’il resta le plus longtemps (une vingtaine d'années). A défaut de l'emplacement de cette maison, on pourrait peut-être encore mettre son médaillon sur la maison où il mourut, dans la villa dela Réunion ,route de Versailles n°1929 (?) (1).

M. Mareuse a extrait, du Journal de Goncourt, les divers passages concernant Gavarni:

Sur la route de Versailles, au Point-du-Jour, à côté d’un cabaret ayant pour enseigne : À la Renaissance du Perroquet savant, un mur qui avance avec de vieilles grilles rouillées qu'on ne dirait jamais s'ouvrir. Le mur est dépassé par un toit de maison et par des cimes de marronniers étêtés, au milieu desquels s'élève un petit bâtiment carré, une glacière surmontée d’une statue de plâtre tout écaillée : La Frileuse, d'Houdon.

Dans ce mur fruste, une porte à la sonnette de tirage cassée, dont le tintement grêle éveille l’aboiement de deux chiens de montagne. On est long à venir ouvrir ; à La fin, un domestique apparait et nous conduit à un petit atelier dans le jardin, éclairé par le haut et tout souriant. C’est là que nous faisons notre première visite à Gavarni.

Il nous promène dans sa maison, dont il nous raconte l’histoire: un ancien atelier de faux-monnayeurs sous le Directoire, devenu la propriété du fameux Leroy, le modiste de Joséphine, qui utilisa la chambre de fer où l’on avait fabriqué la fausse monnaie, à serrer les manteaux de Napoléon, brodés d’abeilles d’or. Il nous fait traverser les grandes pièces durez-de chaussée, décorées de peintures sur les murs représentant des vues locales: la porte d'Auteuil en 1802.

(1) Le 122 est l'origine de la Villa de la Réunion; mais c'est dans une maison donnant à la fois Villa de la Réunion et 29 rue Chardon-Lagache qu'est mort Gavarni. (Voir l'article Auteuil Qui s'en va, p. 477.)

. Nous parcourons avec lui toute la maison et les interminables corridors du second étage, où d’anciens costumes de carnaval, mal emballés, s’échappent et ressortent de cartons à chapeaux de femme.

. Nous redescendons dans sa chambre où, près d'un petit lit étroit, — une couche d’ascète, — il y à sur la table de nuit un couteau en travers d'un livre ayant pour titre: Le Carlésianisme.

AYRIL 1864.

Jeudi 28.— Un long moment, nous regardons, à travers la clôture de planches, la démolition de la maison Gavarni, son pauvre atelier éventré.…

Gavarni s’est campé dans la petite maison à côté, en un pauvre intérieur, dans l’arrière-boutique d'un épicier de banlieue, où un teinturier occupe le devant. (/d., p. 199.)

30 décembre. — Passé aujourd'hui devant l’ancienne maison de Gavarni, avenue de l’Impératrice.

Il y a presque du cimetière dans cette bâtisse lugubre; avec sa grille rouillée, son jardinet à plates-bandes de buis, ses arbustes verdâtres. Le moisi de la tombe mange les marches descellées des portes-fenêtres du rez-de-chaussée. Nous regardons cette misérable maison ambitieuse de bourgeois de l’Empire, cette maison de plâtre, plaquée de fenêtres d'occasion, avec son fronton de temple grec, grignoté par la pluie. Nous regardons le vide à travers ces fenêtres sans rideaux, battues d’une moitié de persienne, et nous pensons à tout ce que cette maison a eu des mauvaises chances de la vie du grand artiste, de ses tristesses, des absorptions de sa maladie.

Et malgré tout, nous sommes encore heureux de la voir debout, cette maison : elle nous lerappelle. Les maisons de ce temps durent si peu, gardent si peu longtemps la mémoire de ceux qui y ont vécu! (ILE, p. 94.)

Nous attendions l’omnibus au Point-du-Jour, contre le terrain de Gavarni, au-dessous de l’écriteau portant : Sept mille mètres de terrain à vendre.

La porte de la grille était entr'ouverte. Nous entrons, nous nous promenons sous le quinconce de marronniers, sous lequel nous nous sommes promenés si souvent ensemble axec l’ancien propriétaire, quand un homme vient à nous, nous tendant la main, un revenant, un spectre, lui, Gavarni! Il a son air, son costume rustique, sa barbe inculte, son teint sanguin, ses yeux saillants. IL a un chapeau de paille comme lui, et peutêtre le sien qu'il aura retrouvé dans le jardin, qu'il vend, lopin par lopin, pour le tils de Gavarni. (Id., p. 237.)

46 février. — Nous étions accoudés à la barrière, d’où l’on plonge dans le jardin en contrebas de Gavarni. Une main sur notre épaule. C’est le bohème, gardien marron des sept mille mètres de terrain à vendre. Tout le jardin abandonné, inculte, ruineux, le lierre s’étalant sur la bosse des anciens mouvements de terrain, et le pittoresque des ravages de la nature et de la plante parasite.

Nous promenant à travers ce fouillis de la nature, le bohème nous mène, tout en bas du jardin, à la ligne des beaux arbres qui le finissaient dans leur grande ombre. Ici sera une guinguette, un bouchon pour les dimanches et les lundis des parties de campagne, et où la canaille, abhorrée de Gavarni, viendra, sous le portique toujours vert, où il promenait sa haute rèverie, arroser de bleu des tripes à la mode de Caen, dans des berceaux qu’arrondit devant nous un marchand de vin basque.

Curieux invalide, que ce bohème, cet ancien graveur sur bois, goutteux et presque aveugle, espèce de philosophe agreste et crapuleux, sorte de Thomas Vireloque, laissé en sentinelle là par l’OEuvre de Gavarni, faisant sa compagnie de deux terriers féroces et, remisant, le jour, dans le trou noir de la Glacière où frissonne, sous le plâtre tout écaillé, la Frileuse de Houdon.

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