LA VIEILLE ÉGLISE D’AUTEUIL
Aujourd’hui encore, dans quelques villages égarés de Bretagne, à la célébration des mariages chrétiens, les étrangers sont tout étonnés d'apercevoir, dans l'éclat brillant des toilettes rustiques et dans l'appareil joyeux des noces les plus modestes, au milieu même du chœur de l’église, un catafalque qui est là pour rappeler à tout le hameau la mémoire de ceux qui ont disparu ; de même ce matin, en écoutant la vieille cloche de l'église de Notre-Dame d'Auteuil qui célébrait la consécration définitive du temple nouveau qui doit remplacer l’ancien (1), ma pensée s’abandonnait au souvenir des sept ou huit siècles pendant lesquels l'antique clocher abrita nos aïeux.
Auteuil, dont l’étymologie est due au collège des Druides (2) qui, suivant la tradition, s’étaient établis dans cette partie de la forêt de Rouvray, fut érigé en paroisse, en 1492, par Maurice de Sully (3), premier fondateur de la métropole de Notre-Dame de Paris.
Le chapitre de la collégiale de Saint-Germainl'Auxerroïs exerçait sa juridiction ecclésiastique presque jusqu’à Saint-Cloud; ce fut donc lui qui constitua la nouvelle paroisse. Celle-ci était fort étendue puisqu'elle tenait sous sa domination spirituelle tout le pays compris entre la Seine au sud et à l’ouest, les limites de la forêt de Rouvray au nord et la paroisse de Chaillot (4) à l'est, C’est ainsi que l’abbaye de Longchamp, qui sera fondée un siècle plus tard, dépendra d’Auteuil.
Le curé primitif était le chapitre de Saint- Germain-l'Auxerrois, qui désignait et déléguait pour remplir les fonctions curiales un vicaire perpétuel. Aussi, la collégiale exigeait-elle, en retour, comme marque de vassalité, une dime de vin qui lui était payée par les habitants d'Auteuil.
Cet état de choses dura jusqu’en 1745 ; à cette date, sous l’épiscopat de Mer de Vintimille, le chapitre de Saint-Germain-l'Auxerrois fut réuni à celui de l'église métropolitaine. Dès lors la
1) N'est-ce pas le cas de répéler l'inscription > sur l'une des pierres du collège de Navarre :
Siste, domus, donec fluctus formica marinos Ebibat et tolum tesludo perambulat orbem !
(Reste debout, maison, Lant que la fourmi n'aura pas bu les flots de la mer, tant que la tortue n'aura pas fait le tour du monde !)
(2) Altare, Altarium, Allolium, Aultheuil, Une autre étymologie voudrait faire venir Auteuil d'Altus locus (lieu haut) m je la crois contredite par notre position topographique. Elle ne détruirait même pas la premié interprétation, l'idée e primée par Aus s'appliquant ssi bien à ce qui est sacré qu'à ce qui est élevé : Allus, Allar, Les autels dans le principe élaient toujours sur les lieux élevés, on en verra l'application plus loin pour Auteuil même.
(3) Maurice de Sully, évêque de Paris, de 1160 . L'évêché de Paris resta suffragant de lé tropolitain de Sens jusqu'au 22 oc
bre poque où Paris devint le siège d'un arche-
ji je ne fut d'ailleurs les évêchés métropolitains devinrent
qu'au- vint siècle que archevè-
nomination du curé d'Auteuil appartint à l’archevêque de Paris.
Pendant ce temps-là, les Génovéfains, concessionnaires par échange des droits des moines de l’abbaye du Bec, en Normandie, devenaient seigneurs séculiers du territoire d'Auteuil. Ils n’y possédaient, au point de vue religieux qu’un simple prieuré; mais ils étaient et ils restèrent jusqu’à la Révolution les maitres du pays, y exerçant sans conteste les droits de haute, de moyenne et de basse justice. À ce titre, en 4247, ils affranchirent les serfs, et cette manumission fut confirmée par saint Louis, sous la condition que les affranchis défendraient les droits et les biens de l’abbaye quand ils seraient menacés (1). Cest ainsi qu'ils se chargèrent d'élever quelques-uns des enfants d'Auteuil; ainsi qu'ils prirent leur part des calamités publiques en donnant volontairement, en 4279, cent livres pour les frais de la guerre de Philippe le Hardi contre le comte de Foix (2).
L'histoire de cette première période de la paroisse d'Auteuil est l’histoire de tout le moyen âge. Le curé est, pour ainsi dire, le mandataire de ses fidèles; c’est lui qui achète, vend, échange au nom de la communauté et l’on retrouve le nom du curé Simon, qui vivait vers 1250, dans de nombreux actes, aujourd'hui déposés aux archives nationales.
Bientôt, ce sont les guerres continuelles, l'invasion des grandes compagnies et la Jacquerie; Auteuil, par sa proximité de Paris, a le triste honneur d'attirer sur lui les premiers coups (3).
En 4358, Charles le Mauvais, roi de Navarre, dans sa lutte contre le Dauphin (plus tard Charles V), incendie notre village et tue une partie de ses habitants (4).
(1) Les serfs d'Auteuil furent, ici, particulièrement heureux ; car, suivant un usage presque constant, les serfs devaient verser une certaine somme pour prix de leur liberté (V. de Ménorval, Histoire de Paris, 1, 275). L'historien de l’abbaye de Saint-Denis, Dom Félibien, qui n'est pas suspect, dit 3) : « Jamais un seigneur ne donnait a liberté à ces gc \ nine leur faisait la moindre grâce sans la faire bien achet et les exemples de ceux qui l’ontfail par motif de charité sont vien rares. »
2) En 1918, il y eut «ayde », payée par les Pala « Chevalerie » du fils ainé de
roi Louis X le Hutin. La paroisse de Saint-Jacquesa-Boucherie donn c'estle maximum)
Saint-Eustache roisses dépassè-
as cette somme, Auteuil, à
bien que dans la banlieue, aurait donc été à celte époque une paroisse d'importance moyenne, marchant à côlé de Saint-Benoît, de Saint-Germaine-Viel et de Saint-Josse; dépassant les Saints- Innocents, qui n'arrivaient qu à 82 livres.
(3) En 1346, lorsque Edouard III d'Angleterre vint établir son quartier al à Poissy; les iabitants des environs se réfugièrent à Paris. Du aut des tours de Notre-Dame, on distinguait pendant la nuit la place des bourgs et des châteaux aux tourbillons de flammes qui sen élevaient Saint-Cloud, Boulogne, Vaugirard (V. de Ménorval, Histoire de Paris, A, 36:
Auteuil fut, dès cette première attaque, incendi (4) Les uses de Longchamp furent, en
celle année 1258, tellement menacées el maltrai-
tées qu'elles durent rentrer dans Pa abandonnant leur couvent au pillage et à l'incendie,
Puis, après le traite de Brétigny, quand la guerre fut rallumée, le capitaine anglais Robert Knolles vint ravager et mettre Auteuil à feu et à sang, « pendant les uns et noyant les autres ».
En même temps que les Anglais, les Jacques et les brigands saccageaient le pays. Les habitants abandonnèrent la terre et une famine cruelle mit bientôt le comble au malheur de nos ancêtres. Après les victoires de du Guesclin, la culture et les défrichements recommencèrent ; mais les brigands étaient établis dans la forêt d’où ils ne devaient disparaitre que sous Louis XI, et il en ré-
d’érection avait stipulé que le desservant serait à la nomination du curé d'Auteuil et destituable à la volonté de celui-ci. Le vicaire devait prévenir son supérieur de tous les baptèmes, mariages, etc. Les habitants de Passy étaient obligés de faire leurs confessions et leurs communions pascales à la paroisse, et comme le jour de Pâques il n’y avait qu’une messe basse pour les infirmes et les vieillards, tous les autres habitants de la colline devaient venir à Auteuil à la grand’messe ; il en était de même le 45 août et le jour de la Dédicace de Notre-Dame d'Auteuil.
Lrael filucflre debin.etfe
sulta pour Auteuil un premier démembrement de son territoire.
Boulogne (1) fut détaché de l’agglomération paroissiale (2).
Jusqu'à la Révolution, un double usage subsista dans les relations des deux communes, comme pour affirmer l'ancienne prédominance de la paroisse-mère. Tous les mardis de Pâques, le curé d'Auteuil, ancieu métropolitain, allait célébrer la messe à Boulogne ; il y trouvait vingt écus sur l’autel. De leur côté, nos voisins venaient entendre à Auteuil la messe de minuit, et on leur préparait sur la place une feuillette de vin et cent bottes de paille pour éclairer leur retour.
En 1672, Passy fut, à son tour, séparé d’Auteuil.
Depuis le mois de décembre 1666, il y avait du côté de la Muette une chapelle ; mais le décret
(1) Ou plutôt les Menus-lès-Saint-Cloud. nom que porta d'abord Boulogne.
(2) Le premier dimanche de juillet 1343 (et non 1330, comme le disent à tort p que lous les auteurs), Foulques de Chanac, évêque de Paris, prononça la séparalion des deux paroisses.
logne r tout le terrain qui s'étendait del de Longchamp à la métairie de Menicur jourd'hui Billancourt) et du bois jusqu’à la Seine. Le premier curé de Boulogne s'appelait Pierre Danet,
.de Elfe PRET ane: lieu
le. Paris ». Jsraglex cum priul Regis
Les habitants de Passy, qui se sont toujours montrés jaloux de leur autonomie, ne souffraient pas sans murmurer cette infériorité. Ils firent si bien, Mme Chahu à leur tête, qu'ils obtinrent à la fin leur érection en paroïsse distincte. Le chapitre de Saint-Germain-l’Auxerrois et le curé d'Auteuil avaient résisté le plus longtemps possible ; ils durent céder à la fin et le 18 mai 1679, Mgr de Harlay de Champvallon, archevêque de Paris, prononça la séparation.
Il avait fallu -désintéresser Auteuil ; la transaction fut passée devant M° Grégoire, notaire royal, le 13 mai 1672. Le curé d'Auteuil conservait, du reste, le droit exclusif, qu'il exerca jusqu’à la Révolution, de célébrer, chaque année, à Passy, l’office de l’Annonciation, fête patronale de la nouvelle paroisse.
La vieille église d'Auteuil, le monument le plus ancien de tous les environs du bois de Boulogne, s'élévait à l'extrémité de la rue du village, près de la Seine. Une estampe nous la montre, au milieu des tombes, plantée, devant sa façade, de quelques noyers que des enfants du pays sont en train de gauler. De nos jours, on y arrivait par une place que deux rangées de faux acacias om-
ANNEX
brageaient un peu. Dans l'axe du porche, le mo-
avait été caché
Un portail du xn° siècle (4)