LES CARRIÈRES ET LE SOUS-SOL
Le département de la Seine renferme beaucoup de matériaux de construction ; on y trouve, à une faible profondeur, la pierre à bâtir, le sable et les substances minérales avec lesquelles on fabrique la chaux, le plâtre, les briques et les tuiles. Les
Sisements étant à proximité, leur exploitation a û se développer en même temps que la constraction des divers quartiers ; l'exploitation des premières carrières sous le centre de la ville date de l'époque gallo-romaine ; toutes les pierres qui ont été employées à Paris jusqu'au xvii" siècle proviennent in sol sur lequel la ville s'étend actuellement. Cette proximité et cette abondance des matériaux de construction sont de nature à faciliter l'accroissement d'un centre de population ; elles ont donc favorisé autrefois ragrandissement de Paris. Beaucoup de carrières de pierres à bâtir se sont épuisées ; il est maintenant interdit d'exploiter les autres à l'intérieur de Tenceinte des forti*
fications, et beaucoup d'excavations sont restées yides après Tabandon des cbantiers, ce qui peat occasionner des accidents.
On parait n^avoir pas eu sujet de s'inquiéter, antérieurement à 1774, des inconvénients que peuvent présenter ces souterrains ; l'existence de beaucoup de carrières avait même été perdue de vue et on n'avait de connaissances précises que sur celles qui étaient restées accessibles, c'est-àdire sur la moindre partie des anciennes exploitations qui, pendant plusieurs siècles, avaient été livrées, sans aucune surveillance, à l'activité plus ou moins grande des extracteurs. Mais un grand effondrement survint le 17 décembre 4774, et renversa une partie du pavé et des alentours de la route d'Orléans (aujourd'hui rue Denfert-Rochereau) ; l'attention fut ainsi appelée sur les périls résultant de la situation des anciennes carrières et sur la nécessité de prendre des mesures efficaces pour sauvegarder la sécurité publique.
Il fut procédé en 4776 à une visite générale et au lever des plans des excavations alors accessibles ; on reconnut qu'une grande partie du sol des quartiers méridionaux de Paris était presaue entièrement sous-minée et que la stabilité des rues et celle des constructions publiques et privées de ces quartiers était compromise. 1^4 avril 4777, le jour même où une maison, voisine de l'endroit oii s'était produit l'accident du 47 décembre 4774, était engloutie par suite d'un effondrement dans une excavation de 20 mètres de profondeur, le Conseil d'État institua une commission spéciale, chargée d'ordonner et de faire exécuter toutes les opérations que pouvait exiger l'état plus ou moins menaçant des anciennes exploitations. C'est sur la proposition de cette commission (composée de M. I^noir, lieutenant général de police, et du comte d'Angiviller, directeur des bâtiments royaux) que fut créée l'inspection générale des carrières. Le décret du 48 novembre 4840 assura le recrutement parmi les ingénieurs au corps des mines des inspecteurs des carrières du département de la Seine; c'est sous la direction de ces inspecteurs (4) qu'ont été exécutés les travaux de consolidation sous les rues et sous les établissements publics.
L'étude des carrières est subordonnée à celle de la nature géologique du sous- sol et de la série des divers terrains superposés, parmi lesquels figurent notamment ceux d'où l'on a extrait la pierre à bâtir. On dit qu'une couche géologique affleure lorsqu'elle se montre immédiatement au-dessous du sol superficiel composé de terre végétale et de terrains de transport qui sont d'origine naturelle,
(i) Voici la liste de ce» inspocU'urs : MM.Giiil' lauinol, de 177;^ à 1807 ; Hérirart de Tiiiiry, de 1K09 à i83o; Trémery, de i83o à iK^i ; Junckêr, de iH/«i à i85i ; Lorieux* de i85i 11 i856 ; Blavier, de 1856 à 1808; de llennczel, de ]858 à i8G5 ; du Souich, de i8(i5 ù 1866; de Fourcy, de 18GG h 1870 ; Jacquet, de 1870 h i8p; Descottes, de 187'^ à 1875; Tournaire, de 1875 a 1878; Gentil, de i878 à 1879; Roger, de 1879 à 1880 ; Kellcr, de 188Ô à 1896 ; Wickrrsheimer, à partir de 189G. M. Guillaumot était rarchileclo du palais de Versailles ; ses successeurs ont été des ingénieurs en chef des mines.
.comme les anciennes alluvions, on d'origine artificielle, comme les remblais.
La craie blanche, qui s'étend sons de vastes étendues de pays, constitue le fond du bassin de Parin, où son épaisseur dépasse 400 mètres ; elle règne à la base des coteaux d'Issy et de H^oo et sur une partie des territoires de Boulogne et de Billancourt ; à Bercy, la craie se trouve i ^Q mètres au-dessous du lit de la Seine ; dans Paris, elle n'affleure qu'à l'extrémité sud-ouest de la ville, à Grenelle et au Point-dn-Jour, vers l'altitude de 30 mètres au-dessus du niveau de la mer, c'est-à-dire à 3 mètres au-dessus du niveau normal des eaux de la Seine. Sur le XVI^ arrondissement, elle se trouve au-dessous des terrains de transport, entre la fortification et la Seine, jusqu'aux abords du chemin de fer de ceinture. L'épaisseur des terrains de transport est variable; elle s'élève à 40 mètres dans le fond de la vallée, à Grenelle près de la Seine ; à mesure qu'on s'éloigne du fleuve, elle diminue dans les quartiere dont le niveau s'élève graduellement. La différence de niveau entre le sol et la face supérieure de la craie est d'environ 7 mètres auprès du bastion 67 Ins, placé entre la porte du Point'du-Jour et la porte Billancourt, et elle n'est que de 4 "^,40 au point du boulevard Suchet situé entre les bastions 63 et 64, vis-à-vis la rue de Civry. La surface de la craie n'est pas horizontale; elle est inclinée du sud-ouest au nord-est et présente une différence de niveau de 433 mètres entre le Point-du-Jour et les Buttes-Chanmont, où sa face supérieure est à 103 mètres au-dessous du niveau de la mer.
Les diverses couches superposées au-dessus de la craie (1 ) ont beaucoup moins d'épaisseur ; celle qui recouvre immédiatement la craie est composée d'argile plastique renfermant des pyrites qui ont été exploitées autrefois, comme l'indique M. Léopold Mar, dans sa note sur Passy et Chaillot souterrains (2). C^ette argile plastique constitue le sous-sol d'une grande partie d'Auteuil, entre le chemin de fer de ceinture, la rue du Docteur-Blanche, la rue de l'Assomption et la Seine. La différence de niveau entre le sol et la face supérieure du banc d'argile est d'environ 42 mètres vis-à-vis de la maison de retraite C3iardon-Lagache (3), 4 mètres à la rue de l'Assomption, vis-à-vis du lycée de jeunes filles, et 44 mètres à la rue Duban. Sur les territoires d'Auteuil et de Passy, où l'altitude ne dépasse pas 70 mètres, celle de la face supérieure de l'argile
(1) ÏJi craie appartient aux terrains f^econdaires ; les couches qui se trouvent placées audessus de la craie appartiennent aux terrains tertiaires; enfin, les terrains de transport d'origine naturelle appartiennent aux terrains quaternaires.
(2) Voir p. l'ii du !••■ volume du Bulletin de notre Société, et l'extrait qui précède.
(3) Pour ce travail beaucoup d'emprunts ont été faits à l'ouvrage fort intéressant sur la topographie et la consolidation des carrières sous Paris, publié en i885 (librairie Des Possez, i3, rue Bonaparte, par M. Dunliel, chef de bureau de l'inspection i^énérale des carrières de la Seine, ainsi qu'à la note rédieée en décembre 1890 par M. Kellcr, alors inspecteur général de ce service, pour servir d'introduction a la nomenclature des voies publiques sous-minées.
plastiqae, dont l'inclinaison s^abaisse vers la Seine, yarie entre 29 et 44 mètres (i).
Les eaux pluriales sHnfîltrant dans le sol perméable, qai s'étend aa-dessus da banc d'argile plastique, imbibent ce sol et y descendent peu à peu, jusqu'à ce qu'elles rencontrent l'argile, dont rimperméabilité s'oppose à ce qu'elles pénètrent plus profondément dans la terre. C'est ainsi que se crée, dans l'espace limité au nord par la rue Leroux et au sud par les rues Poussin et La Fontaine, une nappe d'eau souterraine qui alimente des puits et des sources (2).
C'est au-dessus de l argile plastique qu'on trouve le calcaire grossier dont les carrières de rive gauche et de nve droite ont fourni la presque totalité des pierres de taille et des moellons mis en œuvre dans les anciennes constructions de Paris, où ils ont été employés à peu près exclusivement jusqu'à l'époque où l'amélioration des voies de communication a permis d'utiliser des carrières plus éloignées de la capitale. Au XVI^ arrondissement, le calcaire erossier affleure sur les flancs des coteaux de Chaiîiot et de Passy et sous la majeure partie du bois de Boulogne. Cet affleurement borde le chemin de fer de ceinture entre la porte d'Âuteuil et la Muette; il n'occupe ensuite, sur les cartes géologiques, qu'une bande étroite qui s'étend d'abord à droite et à gauche de la rue du Ranelagh, et qui se retourne ensuite parallèlement à la Seine. Il plonge du sud-ouest vers le nord-est, comme la craie et l'argile plastique qui le supportent ; dans les parties oh il est recouvert par les nappes d'eau d'infiltration de la Seine, il ne (râuvait pas être exploité ; sa face supérieure ne se trouve qu'à 2 mètres au-dessous du sol, près de l'intersection de l'avenue de la Grande-Armée avec la ligne des fortifications. L'épaisseur du calcaire grossier atteint quelquefois 2O mètres ; mais elle est généralement beaucoup plus faible.
La couche des marnes blanches ou caillasses, formée par un mélange intime de calcaires et d'argiles, repose directement sur le calcaire
Srossier ; elle affleure sur la partie centrale u XVI" arrondissement et constitue la plus grande partie du sous-sol de Passy. Ces marnes ne seront susceptibles d'être utilisées que comme amendement; mais elles ne fournissent pas de matériaux de construction ; aussi, elles n'ont pas été exploitées à Paris. Leur épaisseur dépasse i2 mètres sous le parc des Buttes-Cbaumont ; elle est plus faible et variable sous le XYl" arrondissement.
Pour réaliser le doublement des voies entre la station de Courcelles et celle du Trocadéro, la
(i) La face supérieure du banc d'argile se trouve à 40 m. 7 au-dessus du niveau de la raer sous la me Duban et à Iq mètres au-dessous de ce niveau sous les ButtcsChaumont, au point où raltitude du sol s'élève n 83 mètres. L'&paisseur (le lo couche d'argile est d'environ '•io mètres nu puits artésien de Grenelle, G mètres à celui de Passy et 5o mètres sous le parc des Butles- Chaumohl.
(?.) ^uand la nappe aquifère affleure à flanc de coteau, elle donne naissance à une source. Les puits sont convenablement alimentés lorsqu'ils aboutissent ù cette nappe, au-dessus d'une partie concave du terrain imperméable.
Compagnie de TOuest a supprimé les talus en terre qui se trouvaient en bordure du chemin de fer de ceinture, en vue de les remplacer par des murs de soutènement, ce qui permettra de gagner un espace suffisant pour établir de chaque côté une voie de plus. Les terrains traversés sont marqués sur les cartes géologiques comme appar tenant à la formation des marnes blanches ; mais sous ces marnes et à une faible profondeur se trouve le calcaire grossier : aussi, quand on regardait de son vagon les travaux exécutés en 1897 par la Compagnie, auprès de It station du Trocadéro, on voyait que les déblais, quoique peu profonds, entament fréquemment le calcaire, et il est résulté de cette circonstance Tavanta^ que les fouilles ont procuré une forte quantité de moellons.
Les sables dits sables moyens de Beauchamp(4) reposent sur les marnes blanches; cette formation se compose d'épaisses couches de sable alternant avec des assises calcaires et des lits de marnes et contenant des rognons de grès. Ces sables, qui ont été exploités, sont l'origine de plusieurs dénominations: la rue des Sablons, la plaine des Sablons, où le roi passait des revues au xvni* siècle, le
Quartier de Neuilly appelé Sablon ville. Les sables e Beauchamp affleurent, au nord, la partie centrale de la rue de la Tour, dans l'espace compris entre l'aboutissement de la me Scheffer sur l'avenue Henri-Martin et les abords de la place du Trocadéro, au nord de laquelle ils se divisent en deux branches, dont l'une passe sous la place Yictor-Uugo et se prolonge au delà de l'avenue de la Grande^Armée ; l'autre passe sous la place des États-Unis et se prolonge au delà de l'avenue des Champs-Elysées.
Entre ces deux branches, on rencontre un Ilot oh le sous-sol est occupé par le travertin de Saint-Ouen, qui s'étend au-dessus de l'origine de l'avenue Henri-Martin et sous le cimetière de Passy. Le travertin, dont on retrouve un banc dans la région avoisinant la rue de Lubeck, se compose d alternances calcaires et marneuses, d'origine lacustre, qui ne contiennent pas de matériaux de construction ; l'épaisseur de ces bancs ne dépasse pas 7 mètres dans le XYl" arrondissement et s'élève à 29 mètres sous le parc des Buttes-Chaumont.
L'épaisseur des couches géologiques varie beaucoup d'un lieu à l'autre ; elles présentent même assez fréquemment des lacunes, c'est-à-dire qu'on ne retrouve pas partout le terrain qui, au point de vue géologique, succède immédiatement au précédent; mais l'ordre de superposition des couches reste toujours le même. On ne peut être parfaitement renseigné sur l'épaisseur et même sur l'existence de ces couches, en un point déterminé, qu'en y opérant des fouilles, ou des puits, ou des sondages.
Les vides existant au-dessous des voies pu* bliques et des propriétés privées, dans une partie des quartiers de Chai Ilot et de Passy, proviennent exclusivement de l'exploitation de la pierre à
(1) Localité située pfès d'Herblay (Seine-et^ Oise).
HISTOIRE DU XVr ARRONDISSEMENT
bâtir dans les carrières souterraines du calcaire grossier.
Comme ces vides, qai sont très considérables sons certains quartiers de la rive ganche de Tancien Paris, peuvent occasionner des accidents graves, Fexploitation de carrières souterraines a été interdite, à Tintérieur de Paris, par le décret du ^22 mai 1813. La même mesure a été appliquée en 1860 à la zone annexée ; mais au delà des fortifications, on continue à exploiter les carrières souterraines (1).
On pénétrait dans ces carrières par des puits, ou par des escaliers, ou par des boucbes de cavage s'ouvrant de plein-pied à flanc de coteau ; on no peut plus y accéder aujourd'hui que par des escaliers. On laissait généralement à la partie supérieure des galeries, ou ciels, un banc de roche intact, pour diminuer les risques d'éboulement. L'état dans lequel se trouvent les carrières aujourd'hui abandonnées varie suivant qu'on y a fait ou non des travaux de consolidation et suivant qu'elles ont été exploitées par la méthode des piliers tournés ou par la méthode des hagues et bourrages.
Dans la méthode par piliers tournés, qui était autrefois la plus usitée, on laissait en place une partie de la masse exploitable, pour soutenir le ciel de la carrière et les terres de recouvrement : les galeries étaient ouvertes successivement dans deux sens perpendiculaires l'un à l'autre, de telle sorte que ces recoupes laissaient en place des piliers tranchés sur leurs faces verticales. A Pass et à Qiaillot, la roehe qui forme le toit des exploitations est généralement assez dure, et il n'est pas rare que son épaisseur, qui est généralement de 0'",60 à 0»,80, s'élève à l'^.SO. Si les bancs formant le ciel de la carrière sont solides ainsi que les piliers, et si la largeur des galeries n'est pas exagérée, les vides laissés par ce sptème d'exploitation peuvent se conserver indéfiniment. Mais les inconvénients sont très sérieux lorsque le ciel est en mauvais état ou les piliers insuffisants, car ils se dégradent de plus en plus ; la chute du ciel de la carrière entraîne la formation d'excavations en forme de dôme ou de cloche ; la cavité de cette cloche, dont les bords affectent une forme circulaire ou elliptique, s'agrandit et s'élève graduellement ; si son sommet s'approche assez de la surface du sol pour que la cohésion des terres ne suffise plus à les maintenir suspendues au-dessus du vide, il se forme un éboulement; c'est aux accidents de ce genre qu'on donne le nom de foniis ; quand le sol s'écroule, on dit que le fontis vient à jour.
Dans l'autre méthode d'exploitation, on se proposait d'extraire la presque totalité des bancs de pierre. A cet effet, les déchets de l'exploitation, consistant dans les lits, déblais inutilisables et recoupes de blocs, étaient rassemblés en arrière des ouvriers, à une faible distance du front de taille; ils servaient à former des remblais qu'on
(i) Le calcaire grossier ou pierre à bâtir, utilisé anlrerois par les carriers de l'assy et «le l^liaillut, esl exploité, sur i a 2 uiëlres de hauleur, à Arcueil, Genlilly, Bagueux, Châllllon, Clamart, Issv, Vanvea, Ivry, Vilry. Nanlerre, Champigny, Cofombes, Créleil, Saiut-Maur et Villejuif.
élevait jusqu'au ciel des chantiers, pour le supporter. La quantité de ces déchets étant insuffisante pour qu'on pût remblayer toute la canrière, où d'ailleurs des galeries de circulation devaient être en tout cas conservées, pour permettre le transport souterrain des pierres extraites; on laissait des espaces vides à l'intérieur des remblais. Les parois de ces galeries étaient généralement soutenues par des murs à pierre sèche appelés hagues; des piliers formés de moellons et nommés bourrages étaient disséminés dans les hagues et dans les remblais.
Les vides résultant du mode d'exploitation par hagues et bourrages peuvent amener des fontis ; car les remblais sont iné|;aleoent répartis et subissent des tassements inégaux ; il arrive assez fréquemment que le ciel de la carrière s'infléchisse ou se fissure, ce qui oeut déterminer un effondrement. Toutefois, les fontis qui viennent à se produire au-dessus des espaces laissés vides an milieu des remblais ne constituent généralement que des accidents isolés et ayant un développement restreint, tandis que, dans une carrière à piliers tournés, l'affaissement d'un pilier est souvent accompagné ou suivi de l'écrasement des piliers voisins, ce qui occasionne un écroulement général du sol sous-miné.
Les infiltrations d'eau aggravent la situation : aussi, on a observé que les fontis sont plus fréquents après les grands orages, ou pendant les dégels, ou lorsque d'anciens égouts se sont dislo-
3ués et que l'eau qui s'en échappe a fait couler es terres rapportées.
La Ville de Paris a dépensé, depuis 1777, des sommes importantes (1) en vue de consolider le sol des rues, de manière qu'il ne soit plus exposé à s'effondrer et à ce que les conduites et les égouts ne subissent plus les avaries qui pouvaient autrefois résulter de l'éboulement des vides souterrains. Ces travaux, dirigés par le service de l'inspection générale des carrières de la Seine, consistent prmcipalement à rechercher les fontis, à combler les vides avec des remblais bourrés et pilonnés et à ajouter au besoin des supports additionnels en maçonnerie, tels que murs, piliers ou voûtes, pour maintenir les portions du ciel de la carrière qui menacent de s'affaisser.
Pour prévenir tout risque d'effondrement provenant des vides des anciennes carrières sous Paris, il faudrait exécuter des travaux appropriés sur tous les points où les ciels et piliers sont en mauvais état, ou insuffisants ou fissurés : mais il est, en réalité, très difficile de faire des réparations sur la totalité des points qui auraient besoin d'être consolidés, parce que ces anciennes carrières sont peu accessibles. Leur ouverture est souvent fort ancienne ; celles de Ghaillot et Passy figurent sur des plans de Paris datant du xvii« siècle. Les ordonnances de police relatives aux carrières sont toutes postérieures an xvi* siècle ;
(i) Les sommes dépensées choque année par la Ville pour ces travaux de consolidation ont varié, suivant len éno(|ues, entre 70.000 et 400.000 franc». Le réseau des galeries souterraines dinsoeclion se <Iévelo|»pe à Paris sur environ idg Icilonièlres, dont oT) sous les voies publiques el 44 sous les propriétés de l'Elat et de la Ville.
les contraventions n'étaient pas poorsuivies, parce ([Ocelles étaient ignorées. Antérieurement à Tinstitution de Tinspection générale des carrières de la Seine, elles n'étaient Tobjet d'aucune surveillance. Les exploitants pouvaient enlever la pierre souterrainement comme ils l'entendaient. Les carrières étaient ainsi exploitées sans aucune responsabilité, sans aucun lever de plan ni aucun contrôle administratif, ni aucune préoccupation des limites de propriété et à ane époque oii on ne prévoyait pas que des quartiers de Paris seraient bâtis au-dessus de ces exca>ations. Depuis leur abandon, elles ont quelquefois servi de décharges publiques, ce qui a entraîné le remblai d'une partie des vides ; les chemins de service ont été masqués on rendus impraticables par suite des éboulements survenus depuis cet abandon, et c'est avec la pioche qu'il faut s'ouvrir dans ces ruines une voie permettant d'aller à la découverte des vides inconnus et qui ont déterminé un accident.
La superâcie des régions de Paris qui ont été reconnues sous-minées, est de 771 hectares (i); mais la superficie où des carrières ont pu être exploitées à l'intérieur des fortifications s'élève à o.i40 hectares (soit environ les deux cinquièmes de la superficie totale de Paris), et on possède peu de renseignements sur les anciennes carrières situées sous des propriétés privées ; car celles ou le sous-sol a été exploré expressément en vue des constructions à y élever sont peu nombreuses, et ce n'est que sous les rues et sous les établissements publics que le service de l'inspection des carrières a pu prendre l'initiative des travaux de consolidation à exécuter aux frais de la Ville.
Les édifices publics et particuliers construits à Paris avec les pierres extraites du calcaire grossier ont consommé une énorme quantité de moellons remplacée par des cavités dont quelquesunes constituaient un péril imminent pour les voies publiques situées au-dessus. Pour parer à ce danger, en ce qui concerne les rues, le service de l'inspection générale des carrières lève un plan aussi exact que possible des excavations ; il recherche, par des galeries percées à travers les remblais ou la masse de pierre, les anciennes exploitations inconnues dont les éboulements ou d'autres causes interdisent l'accès ; enfin, il consolide les vides de la manière suivante.
On construit des galeries muraillées dans le sens longitudinal des rues (2) ; les vides qui existent à droite et à gauche de ces galeries sont bourrés, c'est-à-dire remplis de terres pilonnées ; ceux qu'on laisse subsister, pour permettre la circulation, sont soutenus de place en place au moyen de piliers en maçonnerie. Les voies les plus importantes ont généralement deux galeries muraillées, une sur chaque côté ; les voies étroites n'en ont qu'une. Dans la traversée des fontis, on soutient les murailles au moyen de colonnes en béton.
fi) Dont 707 dnns le calcaire jrrossier (pierre à bâlir^ cl 64 dans le jfvpse (pierre à plâtre).
(a) Voir, pour iilus de détails, l'onvrage de M. Gérard, intitulé : Les Calaannhts </c Paris, et édité en 1H92 par la maison Clianiuel, rue de Trévisc, 29.
On assure la stabilité des égouts en les soutenant par une galerie maçonnée.
Les piliers de maçonnerie ont reçu une inscription comprenant un numéro d'ordre, l'initiale de l'inspecteur général et l'année de la construction: c'est ainsi que l'indication 4. G. 1783 montre que le pilier sur lequel elle se trouve inscrite est le quatrième d'une série exécutée par ordre de M. Guillaumot, en 1783.
En ce qui concerne les propriétés privées, c'est aux propriétaires qu'il appartient d'exécuter à leurs frais les travaux de consolidation indispensables pour assurer la stabilité. Car la propriété de la surface implique celle du sous-sol, et les propriétaires sont tenus d'accepter la charge de ces travaux, tant à cause de l'intérêt direct qu'ils y ont pour la conservation de leurs maisons qu'à cause de la responsabilité qu'ils encourraient si, par le fait d'un affaissement du sol qu'ils auraient négligé de conjurer, des personnes étaient Tictimes d'accidents compromettant leur existence ou leurs biens.
En 1876 et 1877, six maisons do la me de la Santé furent détériorées par des effondrements ; en maill$79, trois maisons furent gravement menacées dans le passage Gourdon et, en avril 1880, un accident du même genre faillit engloutir les maisons portant les n^ 79 et 81 du boulevard Saint-Michel.
A la suite de ces événements, il a été décidé que l'administration municipale, qui, jusqu'en 1881, ne s'était pas immiscée directement dans la consolidation des maisons particulières, ferait exécuter d'ofiice les travaux commandés par la sécurité publique toutes les fois que le propriétaire, ayant reçu l'injonction de réaliser ces consolidations, ne les aurait pas effectuées dans le délai prescrit, les dépenses devant être ensuite recouvrées sur les parties responsables. .4ux termes de l'arrêté préfectoral du 18 janvier 1881, toute demande de construction on de surélévation de bâtiment, sur des terrains situés dans la zone des anciennes carrières de Paris, doit faire l'objet d'un examen spécial de la part du service des carrières de la Seine, chargé d'indiquer les mesures à prendre ou les travaux à exécuter pour assurer la solidité des fondations des constructions.
JusQu'ici la Ville de Paris a supporté tous les frais de construction des piliers situés mi-partie sous les rues et mi-partie sous les murs de face dos maisons. En assurant la stabilité des voies publiques, elle atténue les dangers pouvant résulter, pour les immeubles riverains, des vides qui existent dans les anciennes carrières; mais ce danger n'est pas entièrement supprimé. On espère que les maisons ne sont plus exposées à s'effondrer ; si cependant les fondations n'étaient pas solides, il pourrait se produire des tassements inégaux et des lézardes dangereuses dans les maçonneries. Pour les hautes maisons, ainsi que les grands égouts dont la rupture aurait des conséquences désastreuses, il convient généralement de faire descendre les fondations jusqu'au sol des anciennes carrières ; quand il faut satisfaire à cette condition avant de construire une maison neuve, on creuse généralement des puits qui sont remplis de béton et reliés à leur partie supérieure
HISTOIRE DU XVr ARRONDISSEMENT
par des arcs en maçonnerie supportant les principaux murs.
S'il s'agit de consolider des maisons existantes, on creuse un puits d'environ i"^30 de diamètre, pour pénétrer dans les excaTations et en dresser te plan qui doit être levé avec une grande exactitude, afin de ne pas s'exposer à consolider à ses frais les propriétés voisines, pour faciliter les frèglements de comptes de mitoyenneté, qui se ont en général de la même façon que ceux des constructions de la surface, et pour arrêter les dispositions à adopter en vue de la consolidation. Elles consistent le plus souvent à établir dés piliers de soutènement en maçonnerie, placés sous les murs principaux ou à l'aplomb des points de charge du bâtiment et à remblayer les vides. La dépense à faire est très variable suivant les circonstances ; elle est par mètre carré et en moyenne de 25 francs, chiffre très inférieur à celui de la valeur qu'ont actuellement les terrains dans le XVP arrondissement.
Le réseau des galeries souterraines d'inspection se développait, en 4896, sur 6.449 mètres dans le XYI« arrondissement ; la longueur des voies publiques sous-minées v était de 5.353 mètres dont 5.064 (i] consolidés. Ces chiffres ne comprennent pas les galeries existant sous les propriétés privées. En outre, on doit observer que d'anciennes carrières peuvent exister au-dessous des voies publiques sous lesquelles on n'en a pas encore constaté l'existence. Plus tard, il pourra être reconnu indispensable d'ajouter de nouveaux travaux de consolidation à ceux qui ont déjà été réalisés. Le nombre des rues du XVP arrondissement désignées comme ayant leur sol sous-miné est de M .
Le service de l'inspection des carrières (2) avait achevé en 1859 l'atlas des carrières souterraines, situées à l'intérieur de l'ancienne enceinte de Paris ; mais l'annexion des communes suburbaines, jusqu'aux fortifications, a nécessité l'addition d'une étendue considérable de régions sousminées ; d'ailleurs, les recherches opérées chaque année augmentent le nombre des carrières anciennement reconnues. Le travail à faire est très
(i) M. Doniol a indiqué, en parlant des mes de Passy, la distance du sol au ciel de la carrière ainsi que la hauteur des galeries d'exploitation, sur les points où ces dimensions ont éle relevées, et l'époqtie à laquelle les travaux de consolidation ont clé exécutés.
(2) Les principales altributions du service de l'inspection générale des carrières de la Seine, en ce qui concerne les anciennes carrières sous Paris, sont les suivantes :
Consolidation de ces anciennes carrières sous le sol des voies publiaues el des élablisseinenls publics, appartenant ù l'Etat ou à la Ville— eulre- Iretien des anciens travaux de consolidation exécutés par le service — détermination des précautions a observer dans la zone des anciennes carrières, lors du percement des nouvelles mes ou de l'établissement des nouveaux égouts. ou de In construction des maisons — contrôle des travaux de consolidation imposés^ aux propriétaires par l'arrêté préfectoral les autorisant à bâtir dans cette zone — exécution d'office, le cas échéant, des travaux à la charge des particuliers, dans les cas de péril imminent où la sécurité publique se trouve engagée — levés de plan et confection de l'atlas des carrières souterraines.
important pour terminer et compléter cet atlas ^1), qui est en cours de publication et oii une temte spéciale indique les carrières à plusieurs étages : ces dernières, qui sont les plus dangereuses, sont assez nombreuses sur la rive gauche de la Semé ; on n'en rencontre pas dans le XYI" arrondissement, oU l'exploitation de la pierre à bâtir ne parait avoir pris une grande extension qu'à dater du xviu^ siècle.
Pour la construction du Trocadéro, en 1877 et 4878, il a fallu consolider une superficie de près de deux hectares (47.800 mètres carrés) par massifs de maçonnerie sous le palais et par remblais bourrés sous les jardins. La partie centrale de ce palais se trouve au-dessus d'anciennes carrières, ainsi que l'extrémité de l'aile située du côté de l'avenue du Trocadéro. Ces carrières avaient été exploitées par piliers tournés ; leur ciel était soutenu par des piliers en calcaire, provenant de la partie de la masse exploitable que les carriers avaient laissée en place ; l'intervalle entre les piliers était vide ; la nauteur des galeries d'exploitation est, sous la salle des fêtes, de 2™, 4 5. Afin d'augmenter la stabilité, on avait fait construire des piliers maçonnés par les ateliers nationaux de 4848; mais cela ne saflisait pas pour supporter le poids du palais du Trocadéro. Pour toutes les parties pleines de la partie centrale de ce palais, où a descendu les fondations jusqu'au sol de la carrière. ; la distribution adoptée pour le palais se trouve ainsi reproduite souterrainement et on peut circuler dans les vides qui subsistent entre toutes ces maçonneries (2). On a parlé d'y établbr, pendant l'Eiposisition universelle de 4900, un musée des mines. On y descend, par un escalier, jusqu'au sol de la carrière, placé à 9°',45 au-dessous du sol ; la température est à peu près constante dans ces souterrains, dont le ciel laisse assez fré<{uemment tomber des gouttes provenant de l'eau qui s'infiltre dans le terrain.
Les travaux de consolidation exécutés sous d'autres établissements publics, dans le XVI* arrondissement, sont beaucoup moins importants que ceux du Trocadéro : la superficie consolidée est de 440 mètres carrés sous la chapelle annexe de l'église Saint-Pierre de Chaillol (avenue Marceau, ouvrage exécuté en 4887), de 4.700 mètres sous le dépôt des Phares (avenue du Trocadéro) et de 450 mètres sous le presbytère de l'église de Notre-Dame-de-Grâce de Passy, rue de l'An-
(i) Comme l'indique M. Wickersheimer, actuellement inspecteur général des carrières de la Seine, dans sa note du 1*' juillet i8g6, cet atlas servira h compléter la nomenclature des voies publiques sous-minées, qui a été publiée par rirapnmeric Paul Dupont et qui indique, pour les rues et pour les établissements publics : l'année pendant laquelle les travaux de consolidation ont été exécutés, les longueurs des parties sous-minées et des parties consolidées, celles des ^leries (l'inspection, diverses observations sur Tetat des carrières, la distance du sol au ciel de la carrière et la bauteiir des galeries d'exploitation.
(*.î) La note de M. Léopold Mar sur Passy et Cbaillot souterrains, qui précède, donne des détails sur les travaux de consolidation du Trocadéro et sur la situation en 189a des escaliers conduisant aux carrières.
HISTOIRE nu XVI" ARRONDISSEMENT
nonciatioii (1). Ces consolidations onl élé faites par piliers muçonnés et remblais bourrés.
Auguste Doniol.