UN COIN DU VIEUX PASSY
La rue de la Montagne (actuellement rue Beethoven), à l'exception de la partie qui va du quai delà Seine au grand escalier, est maintenant une des moins fréquentées de Passy ; d'ailleurs, bouchée sur deux côtés dans sa partie la plus élevée, elle n'est plus guère qu'une impasse.
11 n'en était pas de même autrefois. Longtemps elle fut la rue la plus animée du village, parce "u'elle était à peu près la seule voie, en venant le Paris, qui conduisit — par une montée combien rapide ! — au centre du pays.
De la Seine à la partie faisant angle, elle était bordée à droite par un mur de clôture qui, parallèle aux bâtiments conventuds des Bonshommes, était terminé par deux portes d'entrée, une petite pour le service ordinaire des religieux, et, à quelques pas plus haut, une porte cintrée assez monumentale, faisant face à la partie de la rue la plus élevée. Cette porte était flanquée de deux pilastres cannelés à tambours, soutenant un fronton triangulaire surmonté d'un buste, sans doute celui de saint François de Paule, de chaque côté duquel était agenouillé de façon bien bizarre un religieux qui semblait l'implorer. La clef de voûte reliant le cintre de la porte à la base du fronton était ornée d'une croix simple sculptée.
Cette porte avait dû être élevée vers la fin de la Renaissance,à l'époque où eut lien la dédicace de l'église (1), ou, au plus tard, dans les premières années du xvu* siècle, et c'est elle que franchissait solennellement, à différentes époques de l'année, le clergé de la paroisse de Pas^r, 4|uand il venait processionnellement officier à l'éghse du couvent.
Vis-à-vis des bâtiments conventuels était la maison dont nous donnons le dessin, et (|ui, à en juger par sa haute toiture et par l'ancienne fenêtre à meneaux qui en est le plus bel ornement, doit être la plus ancienne de Passy et contemporaine de la porte du couvent que nous venons de décrire. Elle porte le n? 9 de la rue Beethoven.
(i) Vuir le lomv I**^ de notf DalMinn^ pp. 180 & 18a.
Cette maison, depuis lon|^ps dàutnrée pir C'était là qn'iTaot U RèvotalioD l«« hibitaili
les «Msiniclion* et destructions de toutes sortes de Passy alUieutptiuoo ' '
qa'oo ; ■ failes, eit, en raison des irrégnlaritéi ter du cens, sor-cens oi
Maison, g, rue Beelhovcn.
qu'elles ont causées, Traîment pittoresque, et nous seigneur et mallre.
lions pensé qu'il était bon de la sauver dcl'oulili, Aojourd'hm cette antique et biurre constrnc-
cir elle est certainement appelée à disparaître lion n'est certes pas habitée par des millionDairei
dans nu temps plus ou moins rapproché. (ne l'est pas qui veut) ; il surêl d'aller dans sa
coor, aux coins et recoins plus ou moins rustiques, au Tieux puits à margelle, pour se convaincre que ce n*est pas de ià que yient la dépopulation de U France : les enfants semblent y sortir de terre et pullulent de tous côtés ; des hommes, des femmes de tout âge, valides ou malingres, des chiens,des chats, des rats, s*y côtoient et semblent vivre en commun, je ne d» pas en parfaite harmonie.
On l'ap^lait autrefois Cour baiaoe; on rappelle îroniqttemeDt aujourd'hui Cour des miracles ; mais, malgré tout, ce n^est pas une vraie cour des miracles, en dépit du non impoli qu*on lui donne; elle n*a. Dieu merci ! ni truands ni Glopins Trouillefou ; néauDoins quel étrange caphamaum humain!
Pour être complet,notons qu'une maison près-
Îjue voisine de celle que nous reproduisons et qui ormait Tautre angle de la rue, du côté des numéros pairs, fut longtemps affectée à un poste de gendarmerie, composé en moyenne d*on maréchal des logis, d'un bngadier et de dix gendarmes (4). 0 Pandores, que vous dûtes couler d'heureux jours au milieu de notre calme et honnête population! Brigadiers, vous aviez raison.