‹ Histoire du XVIe arrondissement de Paris (volume 3)Chapitre 121 sur 218 · On adroit le remplaçant, mais On garda l · texte numérisé non relu

On adroit le remplaçant, mais On garda l

membre du Corps législatif pour le département du Finistère, il refuse cette dignité, qui lui aurait valu une dotation annuelle de TO.OOO francs. «Je « ne sais pas faire de lois, dit-Il, Je sais senle-

* ment les défendre; envoyei-mOi aux armées. « Si la France jouissait de la paix, j« n'aurais pas

< hésité t servir mon pays dans le sein du Corps

< législatif ou du Sénat, mais l'instant n'est pas

* encore arrivé. > Le 35 décembre 1799, il écrit à son ami Le Brigant : ■ Hou Age et mes in&r-

< mités m'ayant mis hors la lice, je vis mainte-

■ nant dans la plus profonde retraite avec ma

■ pension de réforme, celle d'un simple capitaine.

< Je ne vais plus i Paris et D'approche d aucune

< personne en place; je ne lis plus aucoos jourt naui, me trouvant Maucoap plus beorenx par ( ce qn'on pourrait me laisser ignorer que par ce « qu'on pourrait m'apprendre. >

A ce moment, La Tour d*Aurergne espérait UDe paix glorieuse et définitive pour la France, qui loi permit d*aller finir ses jours dans son pays natal. Le 2 féfrier 1800, dans une lettre adressée au citoyen Girard, propriétaire à Auch, il lui dit : < J'attends le moment où le vhouannage^ « qui infeste encore ma malheureuse patrie, me € permettra, lorsqu^il sera entièrement détruit,

< de revoir mes foyers, d'habiter la chaumière « qui m'est restée, et d'aller choisir mon tomc beau à c6té de mon berceau. Voilà quelle est

< aujourd'hui mon unique rmbition, après celle

< de voir ma patrie libre, heureuse et en paix. Si € je recouvre une partie de la bienveillante santé « que j'ai perdue, j'emploierai à écrire pour le « pays qui m'a vu naître le temps où ie me verrai € réduit à ne pouvoir plus me servir de mon épée.

< Cette douce occupation, à laquelle se mêlera « souvent le souvenir de mes amis, fera le princier pal bonheur du soir de ma vie. »

Peu de temi>s après, nouveaux bruits de guerre, qui lui font écrire à son ami Oberlin, professeur et bibliothécaire à l'Académie de Strasbourg : € Je « vis à Passy dans la retraite et dans l'obscurité € la plus profonde. Cette manière d'être est la c plus conforme à mes goûts, mais je ne sais si « l'on ne m'en arrachera pas au printemps, ce

< oui me dérangerait un peu, avant besoin encore « ae cinq on six mois pour achever mon travail « sur le rapprochement des langues de l'Europe « et de l'Asie, comparées au bas-breton. Votre € maître, le véritable dépositaire de la langue « celtique, notre ami Le Brigant, vit toujours € dans llndigence. Il se trouve hors d'état de € faire jouir ses ouvrages de la liberté typogra- « phique, et le gouvernement s'obstine à ne rien c faire pour lui... »

Le pressentiment de La Tour d'Auvergne se réalisa. Au printemps de l'année 1800, une nouvelle coalition s'étant formée contre la France, le jeune Le Brigant fut rappelé sous les drapeaux, etnotra héros n'hésita pas à s'offrir une troisième fois pour le remplacer.

Tant de dévouement, ajouté aux actions d'éclat qui l'avaient rendu populaire, devait trouver enfin sa récompense : le 26 avril, sur un rapport de Camot, alors ministre de la Guerre, le premier consul lui décernait le titre glorieux de premier grenadier de la République, et lui faisait remettre une épée d'honneur. La Tour d'Auvergne se montra sincèrement affligé du titre et le déclara hautement. < Tout me fait un devoir, écrivait-il, « de m'excuser d'accepter un titre qui, à mes « yeux, ne parait applicable à aucun soldat fran- « çais, et surtout à un soldat attaché à un corps « où l'on ne connut jamais ni premier ni der-

< nier. » Quant à l'épée d'honneur, il l'accepta avec reconnaissaQce(l), et voici ce qu'il écrivait à

(1) Après la mort de La Tour d'Auvergne, celle épée d honneur, par arrêté des trois consuls, fut suspendue dans réalise des Invalides. En 1816, on la déposa au palais de la Légion d'iionneur, en attendant qu'elle fAl restituée à la famille. Sous le rc^ne de Louis-Philippe, elle fut remise aucapitaine de Kersausic,neveu de la Tour d'Auvergne, qui. le 1*' janvier 1861, en fit don à Garibaldi, alors retiré à l'Ile de Caprcra. Enfin, en i883, les héritiers de Clanbaldi lonl offerte à la Ville de

son ami Roujoux, au moment de son dernier départ : « Je pars comblé des faveurs du gouverne* « ment. Il croit que je vaux encore un coup de « fusil. Il m'a jeté le gant; en bon Breton, je l'ai « relevé, je vais rejoindre l'armée de Moreau, « mon ami, mon compatriote. Je retrouverai là « mes anciens camarades, les grenadiers de la 46*. « A cinquante-sept ans, la mort la plus désire rable est celle d un grenadier sur le champ de «bataille, et... j'espère que je retrouverai. »

Au général Moncev, son plus ancien compagnon d'armes, il dit : « Mon destin est de finir sur les « champs de bataille ; mon titre de premier gre- « nadier de France est mon brevet de mort. »

Dans cette disposition d'esprit, La Tour d'Auvergne mit ordre à ses afi'aires, distribua le peu de meubles qu'il possédait, ses livres, ses manuscrits et ses médailles entre ses amis, fit acquitter d'avance une année de pension qu'il servait à la mère de famille devenue folle, fit son testament et le remit, cacheté de noir, à son ami Eloi Johanneau. Le 7 juin, jour fixé pour son départ, les frères PauUian, craignant qu'il ne s'éveillât trop tard, entraient dans sa chambre à quatre heures du matin ; éveillé déjà, notre héros était à genoux, prosterné près de son lit, et... et priait. Résigné, il adressait à Dieu son FiatvolurUas tua, et lui demandait de répandre ses bénédictions sur cette maison qui, pendant quatre ans, lui avait donné l'hospitalité et quelque repos (1). A cinq heures, il serrait une dernière fois ses amis dans ses bras et partait

Six jours après son arrivée à l'armée du Rhin, le 27 juin 1800, vers dix heures du soir, la lance d'un uhlan autrichien le frappait mortellement au cœur, à Oberhausen, prèsde Neubourg (Bavière). Il fut inhumé au lieu même oîi il était tombé, face à l'ennemi (2).

On sait que son cœur, renfermé dans une urne d'argent, suivit longtemps la 46* demi-brigade, et que tous les jours, à l'appel de son nom conservé sur le registre matricule, le plus ancien caporal de l'escouade dont il faisait partie répondait : Mort au champ à* honneur ! Cet appel eut lieu jusqu'en 1809, fut repris au 46* régiment d'infanterie après la guerre de 1870 et cessa quelque temps après. Au mois de juin 1887, Alessandri, le nouveau colonel du 46*, prescrivit la reprise nouvelle de cet appel, mais sevdement à

Paris, qui l'a fait déposer au musée Carnavalet. Elle est en vermeil, avec ceinturon brodé en or, draj;onne de capitaine, êji>;alement en or, et plaque ornée d'une tôle de Victoire et de grenades.

(1) La Tour d'Auverjjne était toujours resté fidèle à la foi de ses pères. Toujours, même dans ses campaf^nes. il portait sur lui une ima^^e du Christ. « Oui, mon ami — disait-il un jour à M^rLe Coz. évèque de Rennes — je crois h la religion chrélienne, à une religion révélée, à la religion calholique. Ses dojijme s éclairent mon esprit et sa morale charme mon cœur. C'est à elle que je crois devoir mes faibles vertus; c'est à elle surtout que, dans tous les temps, j'ai dûmes plus belles espérances et mes plus douces consolations... Je me sens plus fort, plus grnnd, plus libre. jjIus indépendant sous lœil d'un Dieu oui voit toutes mes actions et dont la voix semble m'animer sans cesse aux combats de la vertu. «•

(•i) Ses restes ont été solennellement déposés au l*anlhéon. le 4"^'''t i*H>.

la sortie du drapeau. Cette cérémonie a toujours lieu au 46^ régiment, ainsi qu'une fête militaire dite la Saint-La-Tourd'Auvergne^m jour anniversaire de sa mort.

L'urne qui contenait son cœur fut déposée en 1815 aux Invalides, remise par erreur, en i8i7, à Mme de La Tour d'Auvergne Lauragaais, et en6n, au mois de mars 4841, à Mme de Pontavice de Heussey, petite-nièce et véritable héritière de La Tour d Auvergne.

Quand les habitants de Passy apprirent la nouvelle de la mort du ffremier grenadier de France, leur hôte, consternés, ils décidèrent spontanément de rendre un dernier hommage à la mémoire de ce brave des braves, et le i^ juillet suivant, à la suite d'un service funèbre célébré solennellement dans notre église, le citoyen Legard, ancien membre du tribunal de cassation, prononçait Véloge de La Tour d'Auvergne, qn*il terminait ainsi : « Et vous, patriotes de Passy, qui « avez élevé ce mausolée aux mânes de La Tour € d'Auvergne, recevez le tribut de reconnaissance « que vous doivent les Bretons, mes compatriotes, « dont je suis Torgane. Il choisit votre commune « pour sa retraite, parce que la beauté de son « site l'enchantait et parce que l'aménité de vos « mœurs convenait à son caractère. Tous les « amis, tous les défenseurs de la liberté applaudi-

< ront aux honneurs funèbres que vous décernez

< au premier grenadier de la République, et leur « estime rendra votre commune célèbre dans les « armées. »

Ne pourrions-nous pas, à notre tour, rendre un nouvel hommage à celui que nousavons eu l'honneur de posséder pendant quatre ans, et ^ui, de la retraite que deux des nôtres lui avaient oflferte, a écrit ces lettres dont nous n'avons donné que des fragments, suffisants cependant pour faire apprécier la belle âme qui les avait inspirées? Ne pourrions-nous pas, sur l'emplacement de la maison qu'il habita, encastrer un médaillon qui nous rappelât ses traits et nous fttsouj^er à ses vertus ? Nul autre que lui ne l'a plus mérité (i).

Léopold Mar.

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