RUE BOISSIÈRE
en 1897, qui a tenu à avoir une tombe très simple, Sophie Croizetle (Mme Slern), l'astronome Hervé Paye, le conseiller d'État Deraagny.
Un des plus beaux monuments du cimetière de Passy est le tombeau, de style russe, élevé pour une illustre jeune fille, Marie Bashkirtsefl (1), qui est morte à vingt-trois ans et s'était déjà fait apprécier comme écrivain et comme peintre; elle n'avait vécu que pour l'art et les lettres et elle avait formulé ses volontés dernières en ces termes : « Je veux dormir mon dernier sommeil dans le cimetière de Passy. »
Le corps de Mlle Jane Henriot, pensionnaire de la Comédie-Française, morte dans l'incendie de ce théâtre, a été transféré, le 27 juin 1900, au cimetière de Passy.
La rue Boissière^ qui va actuellement de la place d'Iéna à la place Victor- Hugo, doit être divisée, au point de vue de son histoire, en deux parties tout à fait distinctes : 1** celle comprise entre la place d'Iéna et l'avenue Kléber, et qui faisait partie de l'ancien Paris (quartier de Chaillot); 2** celle comprise entre l'avenue Kléber et l'avenue Victor-Hugo, laquelle, à la fin du xvni* siècle et pendant les 59 premières années du xix*, se trouvait sur le territoire de la commune de Passy.
Première partie (ancienne rue de laCroix-Boissière). — Un arrêté préfectoral du 2 avril 1868 a réuni la rue Boissière et la rue de la Croix- Boissière sous le nom de rue Boissière. On appelait boissières les croix auquelles il était d'usage d'attacher du buis, le jour des Rameaux; on voit encore figurer la croix-boissière sur des plans de Paris datant du xviii® siècle. La rue de la Croix-Boissière, inscrite comme simple chemin sur le plan de Roussel (1731), fut tracée vers 1780 ; elle commençait alors au chemin de Longchamp et aboutissait à la campagne. Sa moindre largeur fut fixée à 7 mètres, le 17 août 1818, pour la partie comprise entre les rues de Longchamp et de Lubeck; elle fut portée à 12 mètres, pour toute l'étendue de la rue de la Croix- Boissière, le 17 août 1840. Le décret du 17 septembre 1864 déclara d'utilité publique l'élargissement à 16 mètres de la rue de la Croix Boissière et le redressement de cette voie entre la rue de Lubeck et le carrefour formé par la rencontre de l'avenue de l'Empereur (aujourd'hui du Trocadéro) avec l'avenue d'Iéna ; ce déccet, qui a été immédiatement exécuté, comportait la suppression de la partie de la rue de la Croix Boissière comprise entre les rues de Lubeck et de Longchamp.
Deuxième partie (rue Boissière extra muros). — Par délibération du 14 mars 1825, le conseil municipal de Passy demanda que le chemin de la Boissière, ayant une largeur de 6 mètres et bordé de quelques constructions, entre le boulevard extérieur de Longchamp (2) (avenue Kléber) et la rue du Bel Air (rue Lauriston), fût prolongé jusqu'au grand rond point de la plaine (place Victor-Hugo), avec moindre largeur de 10 mètres, (^e projet fut réalisé promp-
(i) Voir la biographie de Marie BashkirtscfT, par Mme la comtesse de Mouzay, pp. 223 à 225 du II I^' volume du Bulletin.
(2) Avant l'annexion, le mur d'enceinte de Paris était, du côté de Passy, bordé extérieurement par le boulevard de Longchamp entre le rond-point (place du Trocadéro) et la rue de Longchamp, ensuite par le boulevard de Passy, qui s'étendait de la rue de Longchamp à la place de l'Etoile. Le boulevard de Longchamp est remplacé par l'avenue Kléber ; le boulevard de Passy a été supprimé pour la formation d'une partie de cette avenue et des rues La Pérouse et Dumont-d'Urville.
tement^ et la nouvelle rue prit le nom de rue Bolssiëre, diminutif de celui de la voie (rue de la Croix-Boissière), qui était située à Tintérieur du mur d*enceinte de Paris et dont elle formait le prolongement sur le territoire de Passy.
Lors de l'ouverture de l'avenue du Roi-de-Rome (aujourd'hui Kléber), le raccordement de la rue Boissière avec cette avenue a été opéré au moyen d'une pente de 6 centimètres par mètre, sans donner lieu à aucune indemnité en faveur des riverains, parce qu'alors aucune construction n'existait encore sur la partie de la rue Boissière abaissée en vue de ce raccordement.
En 1897, le pavage en pierre de la rue Boissière a été converti en pavage en bois, (^ette rue est desservie par une station du chemin de fer métropolitain (1) établie, en 1899, sous l'avenue Kléber.
L'avenue de Béuiainvilliers, qui existait au xviii'' siècle, est mentionnée ci-après dans l'histoire de la rue de Boulainvilliers. *
Le territoire du XVP arrondissement est limité par deux lignes droites qui se croisent au centre de l'arc de triomphe de l'Étoile, savoir : Taxe de l'avenue Marceau et celui de la grande route n** 13 de Paris à Cherbourg (avenue de la Grande-Armée) ; il comprend ainsi plus du tiers de la superficie
de la place de V Etoile.
Cette magnifique place, dont le sol est plus élevé que tous les terrains environnants, a été d'abord un simple rond-point, où divers chemins venaient aboutir à la grande route de la haute Normandie. Au commencement du second Empire, elle se trouvait encore en dehors de l'enceinte de Paris, sur les territoires de Passy et de Neuilly.
L'avenue des Champs-Elysées, plantée en 1670, s'arrêtait alors à la grande rue de Chaillot (2). En 1729, la place de l'Étoile, nommée autrefois « l'Étoile de Chaillot », formait un octogone inscrit dans un cercle de 50 toises de rayon. Le public parisien et les étrangers avaient déjà adopté la promenade des Champs-Elysées. En 1762, le marquis de Marigny (3) et de Ménars, frère de la marquise de Pompadour, surintendant des beaux arts et des bâtiments du roi, prolongea l'avenue des Champs-Elysées jusqu'à la porte Maillot à travers la butte de l'Étoile, qui fut aplanie. En 1774, Louis XVI fit abaisser de 16 pieds la butte de l'Étoile, et élargir l'avenue droite allant du jardin des Tuileries au pont que l'ingénieur des ponts et chaussées Perronnet venait de construire à Neuilly ; les terres provenant de l'abaissement de la butte de l'Étoile servirent à surélever la partie des Champs-Elysées où se trouvait la grille de Chaillot et à régulariser la pente ; ces travaux furent dirigés par Perronnet; en outre, il continua l'avenue jusqu'à Courbevoie, ce qui compléta l'entrée triomphale de Paris ; la place de l'Étoile, vers laquelle convergeaient alors quatre avenues, fut agrandie ; on en changea la forme octogonale : elle devint circulaire avec un diamètre de 120 toises (arrêt du Conseil du Roi du 21 août 1777) et on l'entoura d'amphithéâtres gazonnés, formant le promenoir de Chaillot, qui a été concédé à la ville de Paris par les lois du i9 juillet 1852 et du 22 juin 1854.
(i) Voir ci-après les indications données au sujet du chemin de fer métropolitain de Paris.
(2) La barrière de l'Étoile était un reculement de la barrière des Champs-Elysées, qui limitait autrefois Paris à la hauteur des rues de Chaillot et de Rerri.
(3) Louis XV avait érigé la terre de Marigny en marquisat pour le frère de Mme de Pompadour et lui avait donné la direction générale des jardins du roi.
ARC DE TRIOMPHE DE l'ÉTOILE 76
L'arc de triomphe de V Étoile a été projeté par les architectes Chalgrin et Raymond, membres de Tlnstitut; Raymond ayant donné sa démission, Clialgrin resta seul chargé de Texécution de ce monument, élevé à la gloire des armées françaises ; les travaux en furent commencés en mai 1806, et la première pierre fut posée solennellement le 15 août de la même année.
Quand Napoléon P"" et Marie-Louise se rendirent de Saint-Cloud aux Tuileries (1), pour la célébration de leur mariage, l'arc de triomphe ne s*élevait encore qu'à la hauteur de la corniche du piédestal ; mais Chalgrin avait fait exécuter, au moyen d'une charpente recouverte de toiles, le simulacre de l'ensemble de l'édifice sous lequel le cortège impérial passa, le 1'^'^ avril 1810.
Un journal du 26 mars disait: « Dès ce jour, il n'y a pas une fenêtre, depuis la porte Maillot jusqu'à la place de la Concorde, qui ne soit retenue ou louée cinq ou six louis au moins, pour assister à l'entrée dans Paris de l'empereur et de l'impératrice Marie-Louise. La plus petite chambre chez les restaurateurs ayant vue sur la route que doit suivre le cortège ne s'obtient pas à moins de 5 ou 600 francs. >> — Les choses n'ont pas changé.
Chalgrin étant mort en 1823, les travaux furent continués par son élève Goust et par Huyot ; ils furent achevés, de 1832 à 1836, par l'architecte Blouet, membre de l'Institut, qui était né à Passy en 1795 et mourut en 1853. — (V. aux Annexes^ p. 404.)
Le 29 juillet 1836, on inaugura solennellement l'arc de triomphe et on a compté que le l*'*" août de la même année, 58.000 personnes étaient venues contempler ce monument, dont la construction a coûté 9.631.115 francs. Sa hauteur est de 49"*, 48, sa largeur de 44'",82 et son épaisseur de 22™,21; le grand arc a 14",62 de largeur. Ce monument appartient à trois arrondissements : le VI 11% le WV et le XVI P.
Le diamètre de la place de l'Étoile est de 240'",86; cette place a été le théâtre de toutes les grandes solennités nationales. J'ai assisté, le 13 décembre 1840, au retour des cendres de l'empereur; Taffluence était énorme, bien que le froid fût très rigoureux.
Le 31 mai 1885, le cercueil de Victor Hugo, qui était mort le 22 mai, fut exposé sous l'arc de triomphe de l'Etoile. Un gigantesque cénotaphe, qui se dressait sous la voûte de cet arc et avait 22 mètres, était du plus grandiose effet: un immense voile de crêpe partait du sommet du monument. Pendant toute la journée, une foule immense défila devant le cénotaphe. La nuit, une double haie de cuirassiers portait des torches dont la lueur se mêlait à celle de 36 lampadaires à flammes vertes. La cérémonie des obsèques, qui eut lieu le !•' juin (2), attira un tel concours d'admirateurs du grand poète que Floquet s'écria : a Ce ne sont pas des funérailles, c'est une apothéose. »
A la cérémonie du centenaire de Victor Hugo, qui a été célébré au Panthéon, dans la matinée du 26 février 1902, avec une grande pompe officielle, M. Gabriel Hanotaux, directeur de l'Académie Française, a terminé son discours par les paroles suivantes :
« Il mouru-t. Un frisson, une rumeur immense coururent de proche en
(i) Voir aux annexe<% (p. 324) rarlicle de M. Léopold Mar, intitulé : « Nos Anciennes Barrières ».
(a;. Victor Hugo avait voulu lecorhiUard des pauvres; mais le Parlement vota en son honneur des funérailles nationales.
76 HIHTOIRe DU XVt* ARRONHISSEMENT
proche dans la ville, dans le pays et dans le monde tout entier. L'univers se leva, tendant vers lui des palmeB. L'arc de triomphe se revêtit d'un voile noir. Les poètes veillèrent son corps couché sous le portique. Les cuirassiers tenaient des torchati allumées. Et quand le Jour des funérailles se leva, quand
les torches se furent éteintes, quand, derrière le corbillard des pauvres (1), une foule telle qu'il l'eût aimée 'se fut rangée et que la ville entière se fut
VICTOR HUGO Par Gustave Michel.
(ArcbWea de la Sociélè.)
remplie d*un tumulte où le deuil de la mort se confondait avec la joie de l'Immortalité, alors lui, tumultueux encore et déjà légendaire, il traversa Paris à la tête du cortège prodigieux qui rejoignait la colline de Napoléon à la colline de Clovis et il fit rouvrir devant lui les portes du Panthéon, pour y ramener la gloire. «
La place de l'Étoile n'était encore bordée, en 1854, que de chétives constructions, principalement occupées, comme sur les autres boulevards extérieurs, en dehors des barrières, par des débits de vins. La transformation de cette place est due au décret du 13 août 18oi, qui en a fixé la belle ordonnance et les alignements, avec constructions symétriques, grilles en fer et fonte, suivant un type obligatoire, séparées des constructions par des jardins d'agrément. Ces grilles reposent sur un socle bas en pierres de taille et les bâtiments ne peuvent être élevés qu'à 16 mètres en arrière. Les splendides hôtels qui bordent ainsi la place ont été construits en 1868 et 1869 ; ils ne peuvent avoir d'entrée que sur les avenues rayonnant vers la place et sur la rue circulaire, nommée rue de Tilsit d'un côté de la place, et rue de Presbourg de l'autre (1).
En avril 1900, la place de l'Étoile a été munie de candélabres électriques.
Le chemin de fer métropoliiain de Paris dessert souterrainement la place dé rÉtoile : cinq branches, dont quatre en exploitation et une actuellement ouverte jusqu'à la place d'Anvers (ÏX'^ arrondissement), ont cette station pour point de départ.
L'insuffisance des moyens de transport dans Paris commandait l'exécution de ce métropolitain ; les omnibus et tramways circulant à fleur de sol et forcément limités par cela môme dans leur capacité de transport et dans leur vitesse, parce qu'ils ont à croiser dans les rues beaucoup d'autres véhicules, ne permettent ni d'effectuer des trajets un peu longs avec la rapidité désirable, ni de transporter à la fois de très grandes masses de voyageurs.
Il est donc logique de recourir pour les longs trajets et pour les directions importantes à un moyen de locomotion plus puissant, c'est-à-dire à un chemin de fer métropolitain, établi sur des lignes entièrement isolées de la voie publique et se prêtant à la réalisation, entre deux stations consécutives, d'une grande vitesse. Les progrès récents de l'industrie électrique appliquée aux transports fournissent la solution la plus satisfaisante de ce problème. La transmission de l'énergie électrique à distance autorise, en effet, la substitution aux pesantes locomotives d'un matériel beaucoup moins lourd, capable de circuler sur des courbes de très petits rayons, tels que ceux qu'on est obligé d'admettre sur le métropolitain d'une capitale. En outre, ce système se prête bien à l'organisation de trains extrêmement fréquents.
Les lignes du métropolitain de Paris exploitées entièrement en 1901 sont celles de la porte de Vincennes à la porte Maillot, de l'Étoile au Trocadéro et à la porte Dauphine. Cette section du métropolitain, qui n'est que la huitième partie du réseau actuellement concédé, représente une longueur d'environ li kilomètres. Elle est totalement souterraine, mais éclairée à la lumière électrique ; elle ne présente donc pas, pour les voyageurs, les mêmes
(1) Voir aux annexes (p. 4o6) des extraits des mémoires du baron Haussmann, communiqués par M. Emile Potin ; voir, également, aux annexes (p.4i3}, la loi du 22 juin i854 et le décret du i3 août de la même année, concernant la place de TEtoile et l'avenue du Bois-de-Boulogne.