‹ Histoire du XVIe arrondissement de Paris (volume 3)Chapitre 193 sur 218 · Rolœana · texte numérisé non relu

Rolœana

HISTOIRE DU XVI" ARRONDISSEMENt

les intérêts matériels. Le 2â janvier 1773, il éeri- Tait au marquis de Marigny, dans une de ses incessantes réclamations : € 11 est de notoriété et de fait que ce mur a coûté plus de 20.000 livres ; qu'avec mes terres qui Tavoisinent il fait le principal prix et agrément de ma maison d' Au teuil qui n'a pour elle que la mémoire du grand poète Boileau, Tnn de mes prédécesseurs, et celle du fameux oculiste Gendron. » Il réclamait donc 20.000 livres et, au dire des experts appelés, ce mur en valait 3.000 au plus.

Le 2 mai 1785, Binet cédait à Pierre-Thomas Jubault.

Là s'arrêtent les documents (](ue j*ai pu trouver aux Archives nationales. La suite ininterrompue se trouve dans les titres de propriété de notre généreux confrère, M. Perrichont, conseiller municipal da quartier d*Auteuil.

De Jubault la propriété passe successivement à M. Razuret (11 février 1801), puis à Mlle Baudin (8 avril 1807), au général Caulaincourt, duc de Vicence (19 février 1813), à M. Loveday (6 avril 1816), à Mme Colombat(â4 mail819),à M.Pierre Divoff, conseiller d*Etat et chambellan de TEm-

Îiereur de Russie (1 i novembre 1825), aux époux Yessard, maîtres de pension (29 mai 1841), à M. Lamonroux (8 février 1845), en6n à M. Perrichont, le 18 novembre 1867.

Les héritiers de M. Lamouroux se préoccupèrent seuls de constater la valeur histonque de Timmeuble, et, dans un acte notarié, ils exigèrent, après la description de la maison de Boileau, celle de son jardinier : € Dans ce corps de bâtiment, dit Tacte, se trouve le cabinet de travail de l'auteur du Lutrin. »

Un plan, très exact, de 1774, montre la maison actuelle plus protonde qu'elle ne l'est aujourd'hui. A gauche, de l'autre côté de le porte cochère, il y avait un bâtiment plus large que long, et un mur bas, percé d'une ouverture, fermait la cour et la séparait du parc. La grille, dans laouelle était encastré un médaillon portant la lettre B, est aujourd'hui placée dans la villa Boileau, rue Molitor.

Enfin, la maison du jardinier subit, sous le premier Empire, certaines réparations et reçut quelaues ornements architecturaux, caractéristiques de 1 époque.

De grands souterrains régnaient dans toute cette partie d'Auteuil et allaient jusqu'à la Grande- Rue; on y a trouvé, dans la propriété de Boileau, deux bustes en marbre malheureusement perdus aujourd'hui et, dans la maison voisine, qui appartient à M. KoUowrath (n® 24 actuel), deux plaques de cheminée : l'une est aux armes royales, avec la date de 1680, et l'autre représente le passage du Rhin. J'en avais indiqué l'existence à M. Cousin, l'aimable et savant conservateur du musée Carnavalet (1).

Je n'ai pas la prétention, Messieurs, de vous rappeler la vie que l'on menait chez Boileau. Je

(t) M. Cousin est mort et a élé remplacé par M. Gain.

m'attacherai seulement aux points inédits et à ceux qui sont peu connus. Sur les registres de notre ancienne paroisse, détruits par l'incendie criminel de 1871, on pouvait lire, à ladatedu9 août 1690, la signature de Boileau, sieur Despréaux, au mariage de François de Monginot, chevalier de l'ordre du Mont-Carmel et de Saint-Lazare, seigneur de Grissé et autres lieux, avec Anne-Thérèse Petitjean-Marehand, fille d'un pourvoyeur ordinaire de a maison de Monsieur, frère du Roi, et de Marie de la Treille.

On jouait aux quilles dans cette maison, où < le Gouverneur dirigeait l'If et exerçait l'art de La Uuintinie ». Comme on l'a fort bien dit, on voit qu'il y avait encore du Versailles à Auteuil.

On y recueillait des fruits superbes qui allaient orner la table de Mme de Caylus ; on y faisait des confitures qui souvent devenaient pour Mme Racine une véritable sujétion, si l'on en croit les lettres de son mari.

L'aventure du souper d'Auteuil. mise à la scène par Andrieux, et devenue légendaire, a été niée par Voltaire. Racine fils et Dulaure en maintiennent l'exactitude ; mais ils affirment en même temps (qu'elle eut lieu chez Boileau et non pas chez Molière, où l'on croit généralement qu'elle s'est passée.

Ajouteraije qu'en d*'pit de la légende, La Fontaine ne fut jamais l'hôte de Boileau ? On sait que celui-ci l'aimait peu et que, dans son Art poétiaue, il n'a pas daigné parler de la fable, que le Bonhomme avait, cependant, élevée au premier rang littéraire.

lin contemporain de Boileau, l'abbé Legendre, chanoine de Notre-Dame et secrétaire de M. de Harlay, a longuement parlé de la maison du poète et de ses hôtes. Comme ses mémoires sont absolument introuvables et qu'ils sont presque inconnus, je crois, j'en ai fait. Messieurs, quelques extraits à votre intention.

« Sa maison n'était ni belle, ni laide. Le jardin, sans être peigné, ne laissait pas d'être agréable. 1^ vue en est charmante. L'appartement du poète était d'un négligé cynique. La salle à recevoir le monde était un peu plus arrangée. Il y avait sur la cheminée un portrait vivant de la reine Christine de Suède. An-dessus d'une vieille Bergame dont cette salle était tapissée étaient des portraits d'imagination, représentant Timon le Misanthrope, Ménippe, Lucilius, Horace, Perse, Juvénal, Régnier et autres aïeux satiriques du maître de la maison.

« Je ne le voyais point à Paris, quoiqu'il demeurât dans notre cloître (1). Cependant, quand il sut que j'étais à Auteuil, il me vint offrir sa maison et m'invita à y passer au moins les aprèsdtners. Il y avait une compagnie triée d'hommes et de femmes de lettres. J'y vis Mme Desbou* lières: c'était un bel esprit. Autrefois, c'avait été une beauté. A voir ce qu'il en restait, on n'était pas surpris qu'elle eût fait fracas dans son temps.

« J'y vis l'abbé Régnier, M. Racine et Mme Dacier. »

Le mémorialiste fait ensuite le récit d'une con

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