DEUX CENTS ANS DE QUERELLES SUR LE NOM D'AUTEUIL
Les mystères de la linguistique m'ont toujours inspiré une respectueuse surprise. Cette science donne, paratt-il, la clef de toutes les difficultés sur l'origine des noms d'hommes et des noms de lieux ; l'humanité est replacée au bel ûge qui
f précéda la tour de Babel ; plus de confusion des angues ; toutes celles-ci, grâce aux travaux accumulés d'érudits philologues, sont ramenées à trois grandes classes : celle des langues à flexion, qui BOUS intéresse particulièrement, se divise en deux
familles, dont l'une, la famille des langues arvennes ou indo-européennes, plus siMkiale à l'Europe, engendre des groupes bien définis, se subdivisant en branches, en rameaux sur lesquels s'alignent les lances antiques et modernes, comme le latin et l'ancien gaulois, comme le français, le breton, l'anglais, l'allemand, etc. La signification des noms de Chandernagor (la < ville du bois de santal » on la € ville de la lune », au choix) ; de Tombouctou (la « ville d'entre les dunes »), de Papetee (la « Petile-Eau », la < ville des ruisselets », notre chef-lien de Tahiti, cette perle de l'Océanie), n'a plus de secrets pour nos savants et même pour nos étudiants : tout cela est admirable, surtout pour les profanes.
« Mais, me suis-je dit à moi-même, si, pour aborder ces belles et savantes études, je commençais par le nom du lieu que j'habite ? Si je me rendais un compte exact de la signification du nom d'Auteuil, sur lequel il me semble avoir aperçu, de c^té et d'autre, quelques indications un peu vagues et, autant qu'u m en souvient, un peu contradictoires ? »
Hélas ! pour mon début dans la linguistique, je tombais sur une des questions les plus inextricables, auprès de laauelle les jungles de l'Inde, les marais du Bhar-el-Ghazal, les maquis même de la procédure pouvaient passer pour être d'une pénétration facile. N'importe; aiguillonné par la difficulté, me débattant au milieu des broussîdlles, recourant à l'assistance des savants de profession, j'espère m'ètre frayé on chemin à travers cette forêt vierge et je crois de mon devoir d'offrir à notre Société historique la primeur et le résumé de l'indigeste travail que je vais avoir la hardiesse de mettre prochainement au jour, en l'allégeant ici de presque tout le fatras de citations latines, celtiques et autres dont je me suis trouvé dans la nécessité de le charger.
Il y a déjà quelane deux cents ans que la discussion est ouverte ; ta difficulté de la clore tient aux causes suivantes :
D'abord, le nom d^Aateoil, malgré sa simplicité, sa bonhomie apparente, est d*iiiie décomposition difficile : la première partie da mot, oti, le préfixe, change notablement de forme, soivant qu'il est écrit en français on en lalin, et ces diverses formes paraissent rentrer tantôt dans le groupe italique, tantôt dans le groape celtique, tantôt dans le groupe germanique ; la dernière partie du mot, euil, le suffixe, est une forme très répandue tant en français que dans les textes latins, mais généralement banale, non caractéristique et à cause de cela négligée. Puis, les études déjà faites péchaient un peu en ce que chacun des auteurs ne s'attachait guère qu'à une localité, celle de sa région, sans étudier à fond les autres localités du même nom.
Cependant les lieux portant le nom d*Auteuil, ou de son diminutif Antooillet, doivent avoir — on s*accorde à le reconnaître — une même origine linguistique. Voyons leur nombre et leur répartition en France.
Nous en rencontrons dix, tous dans le bassin de la Seine, sauf un seul, qui en est, d'ailleurs, très rapproché. Ce sont : Auteuil (Seine), Auteuil et AntouiUet (Seine-et-Oise), Auteuil (Seine-et- Marne), Auteuil et Autheuil-en- Valois (Oise), Autheuil et Authouillet (Eure), Autheuil (Eure-etliOir), Autheuil (Orne). Que le nom s'écrive sans h ou avec un h après le t, cela n'est d'aucune importance, comme le montre Littré à propos, par exemple, du mot français Haut et de ses formes berrichonne, latine, provençale, catalane, espagnole, italienne, etc.
Afin de me constituer une base d'opérations, j'ai commencé par récolter le plus grand nombre possible des formes les plus anciennes du nom qu*il s*agit d'étudier. Pour les communications de ce genre qui m'ont été faites, je dois des remerciements particuliers à M. l'abbé Porée en ce qui concerne l'Eure, à M. le comte de Dion pour ce qui se rapporte au département de Seine-et-Oise, à H. le vicomte de Caix de Saint- Aymour, très documenté sur le département de l'Oise, à H. H. Lecesne pour le département d'Eure-et-I^ir, à M. Louis Duval, pour le département de l'Orne.
Ce que nous trouvons de plus ancien remonte an commencement du ix*^ siècle et se rencontre dans le polyptique, ou livre censier, de Saint- Germain-des-Près, écrit par Irminon, qui fut à la tête de cette riche abbaye de l'an 800 à l'an 830 environ, et mis an jour, avec addition de très savants commentaires, par M. Benjamin Guérard et par M. Longnon. Parmi les dépendances de l'abbaye figurent des terres, des vignes, des maisons, des serfs, des fermiers vivant sur le territoire d'Auteuil (Seine-et-Oise , canton de Montfortl'Amaury). I^ nom de cette localité est toujours écrit Altôgilum (ou Altogilus, au nominatif, suivant certaines personnes). Les formes du x^ siècle manquent. Celles du xi« sont Altolium, Alioilum, Altuillium pour Autheuil (Eure) et Auteuil (Oise). An XII* siècle apparaît d'abord, en ii09, le nom de notre Auteuil parisien, dans la charte d'échange entre l'abbaye du Bec et le chaoitre de Sainte- Geneviève; le nom y est écrit Altôgilum d'après Tabbè Lebeuf et Adrien Le Valois, Altoilum d'après M. de Lasteyrie. En ii77, ce même nom
s'écrit Auteohun; pus il devint Altolliun, Altonlinm, Altolium, Aatolium, Autheuil, Auteuil.
Je vous fais grâce de nombreuses mentions, des XII* et XIII* sièdes, concernant des localités homonymes de l'Oise, de SeineetOise, de l'Eure, d'Eureet-Loir, et je résume le tout de la manière suivante :
La forme Alt (ogilom, oilam, olinm) tsi bien la plus ancienne de tontes; exclusive, du ix* au XI* siècle, elle se montre encore au xii*, concurremment avec les formes françaisec, Alt (nil, eil, el), plus fréquente que les notations Aut (oilum, olium), Aut (ol, uil), et elle persisté an xiii*8iède. Il parait dès lors rationnel de coi^jectnrer que le nom de nos localités situées dans des pays de langues d*od devait se prononcer originairement Altoil, Altol on Alteil.
Cest le savant abbé Lebeuf qui, le premier, dans son Histoire frumutnentaU du diocèse de Paris écrite ily a deux cents ans, a émis uneopinion sur l'étymologie de notre Auteuil. S'attachant uniquement au préfixe au de la forme française et relativement moderne, il estimait qu'il signifiait prairie en langue celtique et que ce sens se justifiait par les prairies qui existaient ou qui avaient dû exister sur le territoire d'Auteuil, au long de la Seine. Les critiques ne manquèrent pas à cette interprétation. Si FAuteuil ancien pouvait se faire remarquer par sa ceinture forestière, par ses vignes, par son coteau, il n*apparatt nullement, ni d'après les documents anciens, ni d'après les apparences actudles, qu'il ait jamais été un pays de prairies. Les savants se sont fait un plaisir d'ajouter, pour faire un peu échec à l'abbé Lebeuf, que le mot auquel celui-ci donnait le sens de prairie était germanique et non celtique, et qu'il s orthographuiit aue ou awe, et non au. Ce qui est plus sérieux, c'est que ce malheureux préfixe n'est pas du tout celui que l'on rencontre dans les documents les plus anciens, ou le nom commence par les lettres AU,
L'intelligente imagination de plusieurs étymolégistes s'est donné carrière sur cette dernière racine. Quelques-uns ont voulu y voir une réminiscence du mot latin altare (autel). « On prétend, dit H. de Feoardent dans son Histoire d'Auteuil, que les premiers habitants de ce village ayant groupé leurs maisons autour d'une chapelle ou collège que les Druides avaient autrefois fait construire dans la forêt de Rouvret et sur la partie la plus élevée, ce lieu fut appelé en latin Altare (autel). » Notre collée, M. Guillois, dont la sagace érudition a éclairci tant de points de notre histoire locale, a écrit aussi dans noire Bulletin : « Auteuil, dont l'étymologie est due au collège des Druides qui, suivant la tradition,- s'étaient établis dans cette partie de la forêt de Rouvray. » Il a rappelé ensute l'étymologie (prêtée ailleurs) tirée du mot Altus (locus) qui, dit-il, « ne détruirait même pas la première interprétation, l'idée exprimée par altus s'appliquant aussi bien à ce qui est sacré qu'à ce qui est élevé : altuSt altar. Les autels, dans le principe, étaient toujours sur les lieux élevés ».
Cette interprétation a malheureusement contre elle la linguistique, aussi bien que les notions les plus sérieuses de l'archéologie. Les Druides,
ANNEXEE
cTomme on le sait, ne connaissaient pas les temples. Ottant aux monuments mégalithiques (dolmens, menhirs, etc.), appelés à tort pierres druidiaues, ils sont presque partout antérieurs au culte aruidique ; leur origine non celtique est, d'ailleurs, prouvée par ce fait qu'on les rencontre sur bien des points du globe où la race celte n*a pas habité. Au surplus, je ne connais aucun texte qui permette d*affirmer que, dans le Toisina^e immédiat de notre Anteuil, on ait constaté Texistence d*un monument mégalithique, de pierres druidiques. D'autre part, si une circonstance de cette nature avait donné naissance au nom d*Auteuil, ce nom serait fréquent en France, tandis que les Auteuils sbnt rares et circonscrits dans deux provinces. Enfin, les lieux qui tirent véritablement leur étymologie du mot autel {altar, altare^ aliarium) ne sont pas rares en France ; mais ils se rattachent à une origine peu ancienne et au culte chrétien, comme Ta montré M. Cocheris dans son ouvrage sur VOrigine et la formation des noms des lieux.
Plusieurs écrivains, familiers avec la langue latine, ont fait dériver du mot latin Altus le prénxe Alt et, par suite, le nom d*Autenil. Notre savant collègue, M. Femand Bournon, a écrit dans ses Additions et Corrections à Vabbé Lebeuf: € Le centre de ce village a été de tout temps sur une hauteur, peu élevée, il est vrai, mais suflSsante peut-être à justifier une étymologie formée avec le mot altus, »
Nombre de personnes ont protesté contre cette interprétation. « Si, disent-elles, on aborde notre Autenil en venant du Bois de Boulofçne, on marche sur un plateau dépourvu de saillies ; si Ton s*y dirige en descendant la Seine, on remarque bien les hauteurs de Chaillot et de Passy, mais on distingue à peine celle d* Anteuil. L*église, qui a toujours été le point central de Tagglomération, ne prend naissance qu'à une quinzaine de mètres audessus du niveau de la Seine, dont Tétiage luimême se place à une bien faible altitude. »
Ces considérations ne permettent ffuère, en effet, de s'arrêter, comme étymologie, à l'idée de hauteur, à moins d*v joindre quelque correctif.
Le préfixe Ait se rencontrant aussi bien dans le groupe celtique que dans le groupe italique,
{plusieurs archéologues ont proposé le radical gau* ois de préférence au radical latin ; de ce nombre est M. Fernand Bournon qui a bien voulu, à ce sujet, me confirmer ce qu'il a inséré dans son article sur Anteuil, paru dans la Grande Encyclo- -pédie, M. le baron de Coston, dans un livre Vttymologie des noms de lieux, indique indifféremment Tune ou l'autre racine comme devant s'appliquer à Anteuil.
Mais on voit toujours se dresser l'objection tirée de la modeste élévation de notre Auteuil.
En somme, les partisans de la montagne et ceux de la prairie, ceux du haut et ceux du bas, paraîtraient un peu devoir être renvoyés dos à dos, à considérer spécialement notre Auteuil qui
n'ovnit mérité
Ni cet excès d'honneur, ni cette indignité.
Hais dans la querelle est intervenu un champion, muni d'armes toutes nouvelles et possesseur d'une
grande autorité : ce n'était rien moins que. le très érndft celtisant, professeur et académicien, M. d'Arbois de Jubain ville, qui, dans ses Recherches sur l'origine de la propriêU* et des noms de lieux habités en France, consacrant une étude toute spéciale au nom d' Auteuil, est venu déclarer ce qui suit :
« Auteuil vient d'Audu^, qui veut dire, en latin, € acheté aux enchères » ; c'est le nom latin conservé à certains esclaves ; on trouve six ou huit exemples de ce nom et de dérivés dans des inscriptions du midi de la France et de l'Italie et dans quelques autres documents; on rencontre aussi son application à un ou deux autres noms de lieux ; il faut admettre que la lettre c à*Auctus est tombée dans le nom Autoilum, Autolium, Auteuil.
Malgré toute la déférence due à l'autorité de M. d'Arbois de Jubainville, un examen attentif ne permet vraiment pas de retenir cette solution.
D'une part, la qualification de Auctus, donnée ou plutêt laissée à un esclave, est rare ; il convenait que chaque esclave romain reçût on nom ou un surnom spécial, comme en témoignent, d'ailleurs, à chaque pas, les écrits des prosateurs et des poètes latins; la récolte de M. d'Arbois de Jubainville en France et en Italie est bien maigre. Les localités pouvant dériver du nom d'homme Auctus devraient donc être fort rares: néanmoins, rien que dans le bassin de la Seine, nous trouvons une dizaine d' Auteuil ou Autbeuil, que Ton voudrait rattacher à ce nom. De plus, on n'aurait pas de motif pour refuser d'appliquer ce nom d'homme à la plupart des 130 autres localités de France dont le nom commence également par les trois lettres Aut, Où cela conduirait-il?
D'antre part, la domination romaine s'étant surtout exercée dans le midi de la France (région dans laquelle M. d'Arbois de Jubainville a, d ailleurs, relevé les inscriptions d'Aiœtus qu'il cite), c'est là principalement que devraient se trouver les noms de lieux dérivant de ce nom d'homme. Au contraire, on peut constater que sur les 140 localités de la France dont le nom commence par Aut, 40 seulement se trouvent au sud de la Loire, tandis que 1 00 se rencontrent au nord de ce fleuve ; 30 seulement apparaissent au-dessous de la latitude Lyon, alors que 120 se placent au-dessus.
Enfin, ainsi que je crois l'avoir démontré d'abord, la base du raisonnement de l'éminent linguiste manque de solidité, puisque c'est la racine ait et non le radical aut qui se rencontrait primitivement dans Altogilnm, Altol.
Voilà donc les partisans du nom servile aussi découragés que ceux de la prairie, de la hauteur et de l'autel.
Mais, au milieu de tout cela, que devient la finale euil, ogilum ? On est bien d'accord sur ce point que la désinence latine ogilum, oilum, olium correspond à la désinence française oil, euil, lie; mais c'est tout. Pour les uns, cette désinence n'a aucune signification ; les autres lui en découvrent beaucoup trop. Ceux-là y voient les sens divers suivants, présentant un des plus merveilleux gâchis que l'on puisse rencontrer en philologie : cachette, lieu désert, caveau, demeure quelconque (l'abbé Garnier) ; montagne (Laroque) ;
tente de ber|^ (Lancelot) ; forêt, maison (Ade- Inne) ; — ruisseau, idée de propriété (Mone).
Un savant, M. Houzé, non pas plus erndit, sans doute, que plusieurs de ses confrères, mais peutêtre plus heureux que tous, a émis à ce sujet Tingénieuse opinion que Toici dans son Étude sur la signification des noms de lieux de France.
La désinence latine ogilum, olum, olium (qui correspond, on le reconnaît, à la désinence française oil, euil, eil) a, dans beaucoup de cas, un sens diminutif; capreolus^ filiolus^ gladiolus, linteolum, sont des diminutifs qui ont été traduits car cheyreuil, filleul, glaïeul, linceul, et cette signification se rencontre pour les mêmes mots dans toutes les langues indo-latines : italien, espagnol, portugais, provençal, lan|[uedocien, etc. De nombreuses citations, de multiples exemples sont apportés par Tauteur à Tappui de sa thèse. U ajoute que le radical ait est cité plusieurs fois sous forme substantive et avec la signification très nette de colline par un auteur de la plus haute et de la plus universeUe autorité en ce qui concerne la langue celtique : Zeuss, dans sa Granitmatica Celtica,
Conséquence : Auteuil veut dire coltine, avec le sens dimmutif, petite colline, collinette.
J'avoue que cette explication me satisfait ; elle me parait rationnelle et simple. Au point de vue de la linguistique, on ne peut méconnaître que, dans un certain nombre de cas, la désinence française euil a un sens diminutif.
Je vous prie de vouloir bien vous reporter, dans notre Bulletin, aonée i898, paf;e 48, à la gravure que notre excellent vice-président M. Mar a présentée, avec une note intéressante (comme tout ce qu*il publie) et qui est Tagrandissement, an quart environ, d*une vue perspective d'Auteuil (Seine), vers Tannée 1700, tirée de la Géométrie pratique de Manesson Mallet. Elle confirme d'une manière sensible Tappréciation qui f>récède. La vue est prise de la rive de Grenelle; a Seine coule ensuite et montre son bord opposé ; au delà apparaissent, successivement étages, un chemin de halage, la route de Versailles, sillonnée
1)ar les carrosses, une voie pour piétons; plus oin la montée s'accentue, couverte de clos de vignes et d'arbres fruitiers, pour aboutir au plateau sur lequel se dressent Téglise, la maison seigneuriale et un certain nombre d'autres habitations. Bien que la butte soutenant le vieil Auteuil ne s'élevftt que d'une cinquantaine de pieds ou d*un quinzaine de mètres au-dessus du niveau de la Seine, cette saillie était fort sensible pour qui la regardait soit de la rive opposée, soit du lit du fleuve, soit même du bas de la rive droite, par contraste avec ce qui l'environnait, c'est-à-dire avec la dépression d'entre Auteuil et Passy, la plaine du Point-du-Jour et de Billancourt, et la vaste et plate étendue de Grenelle.
D'autre part, si le nom d'Auteuil ou d'Autheuil doit représenter une même origine (petite colline, petite hauteur), contrôlons cette idée d'après la topographie de chaque lieu. Auteuil (Seine-et-Oise) se montre sur un coteau dominant un sous-affluent de la Maulde; Autheuil (Eure-et-Loir) s'étend sur un plateau peu élevé au bas duquel coule le Loir ; Autheuil (Orne) apparaît sur le penchant
d*an coteaa qui descend vers un affluent de THuisne ; Autheuil-en-Valois (Oise) se dresse sur une colline d'oti sort un ruisseau qui se jette dans l'Oise; Auteuil (Oise) se place au pied et sur le penchant d'une colline ; Autheuil (Eure) s'allonge au bas d'une colline voisine de l'Eure.
Mais allons au-devant d'une objection. Corn* ment se fait-il que tons les Auteuil ou Autheuil se trouvent localisés dans l'Ile-de-France et la Normandie? Gomment le radical ait et la désinence euil ne se montrent-ils pas réunis ailleurs ?
Non seulement parmi les cent trente autres localités dont le nom commence par ouf, mais encore parmi les ({uinze ou vingt autres qui ont pour préfixe ait, disséminées dans toute la France, un certain nombre peuvent être considérées comme ayant, avec une ciésinence un peu différente, la même signification que celle attribuée par M. Houzé au nom d'Auteuil. Si, dans l'Ile-de-France et la Normandie, le préfixe ait s'est adouci en aut et si le sutfixe eutl s'y rencontre plus fréquemment qu'ailleurs, c'est par suite d'une tendance générale des dialectes de ces provinces à supprimer les consonnes on à les amollir en multipliant les voyelles.
Mais je m'aperçois qu'il est grand temps de terminer cette étude, bien peu récréative; ma seule justification serait d'avoir amené notre Société historique à partager ma manière de voir et à clore ainsi le temple de Janus en ce qui concerne cette tonte petite, mais vieille, querelle entre savants, en attendant qu'au point de vue de toutes les controverses plus graves, de toutes les discussions plus irritantes, nous puissions aussi parvenir à le fermer (i).
Tabariès de Grandsaignes.
(i) M. Mnr avail dessiné, pour son article « Auleuil il y a deux cents ans », partie d'une vue extraite de la Géométrie pratique (V. ici même, p 49?), dédiée auroy par Allain Manes:'on Mallet, n Paris, chez Anisson (1702), et M. Tabariès de Grandsni^nes, dans une brochure tirée à part du présent article, a reproduit celle vue in extenso. L'ouvrage duquel elle a été tirée se compose de quatre volumes. Il e.st recherché pour ses dessins. Noua signalerons les suivants concernant notre région :