RUE RAYNOUARD
le 14 mai, sur la scène du Théâtre-Français. Il entra en 1807 à TAcadémie française, dont il devint, en 1817, le secrétaire perpétuel. On peut citer, parmi les ouvrages qu*il a laissés : Monuments relatifs à la condamnation des chevaliers du Temple, Choix de poésies originales des Troubadours, His' toire du droit municipal en France sous la domination romaine et sous les trois dynasties,
La circulation n'était pas toujours très commode au commencement du XIX® siècle ; un arrêté du 9 thermidor an XI, renouvelé en vertu d*une délibération du conseil municipal de Passy du 5 mai 1819, interdisait aux voitures attelées de plus d'un cheval de suivre la rue Basse (rue Raynouard), parce que le passage des rouliers pourrait nuire à la solidité des maisons établies au-dessus d'anciennes carrières (1).
Il résulte d'une délibération du conseil municipal de Passy du 5 mai 1827, que MM. Roêhn et C*", propriétaires de l'ancien château seigneurial de Passy (château de Boulainvilliers), ayant exposé qu'on ne pouvait sans danger laisser plus longtemps dans son état actuel la partie de la rue située aux abords de la rue projetée du Ranelagh, parce que la pente y était très rapide et fort inégale, ofirirent, pour l'adoucissement de cette pente, une souscription de 450 francs, à laquelle vinrent se joindre d'autres oflres de fonds de concours, notamment celle de M. Fulchiron, montant à 200 francs. La commune accepta ces oflres et se chargea de faire niveler la rue Basse entre la rue des Vignes et la propriété de Mme Grével. En outre, on réalisa un accord entre les propriétaires pour rectifier, entre le rond-point de Boulainvilliers et la rue des Vignes, la rue Basse, qui décrivait une courbe assez prononcée devant les dépendances du château de Boulainvilliers. Le projet de nivellement de la rue Basse aux abords de la rue du Roc (rue Berton) a été crédité par une délibération municipale du 3 mai 1828. Celle du 19 décembre 1832 a autorisé le maire à réaliser devant notaire l'échange de terrains convenu avec MM. Roëhn et €'• pour redressement et élargissement de la rue Basse. En 1834, des trottoirs ont été construits dans cette rue par la commune, les propriétaires riverains s'étant engagés à payer les trois-septièmes de la dépense. Enfin, la construction du chemin de grande communication de Montrouge à Neuilly (route de transit), entraînant un surbaissement du sol de la rue de Boulainvilliers, la commune de Passy exécuta à ses frais, en 1841, un nouveau nivellement de l'extrémité de la rue Basse, aboutissant au rond-point de Boulainvilliers.
La moindre largeur de la rue Raynouard a été fixée à 8 mètres par l'arrêté préfectoral du 16 février 1856 ; elle est donc assez étroite et elle est aujourd'hui peu passagère ; mais les maisons situées sur le côté impair ont de belles vues sur la vallée de la Seine et sur les coteaux de Meudon ; comme elle conduisait au château seigneurial de Passy, on y avait établi, aux xvn" et xvni^ siècles, des hôtels importants. Le duc de Lauzun, si célèbre par ses aventures avec la grande Mademoiselle, aventures dont les suites (2) lui valurent un
(i) La partie sous-minée du solde la rue Raynouard a été consolidée sur une longueur de 4o mètres près le carrefour de Passy et de i85 mètres entre les n»» i4 et 59, de 1810 à i8i3. Dix-neuf maisons situées entre le commencement de la rue Haynouard (au carrefour de Passy) et la rue Sintrer accèdent, chacune par un escalier, h une ancienne carrière servant de cave.
(2) Voir la M Notice sur le duc de lauzun » par M. Gobé, pp. t^h et a5'2 du III* volume du Bulletin, et, aux annexes (p. 343), 1q notp sur « Ltapzun à Passy », par M* Léopold M^r.
4o HISTOIRE nu XVI* AIIOONDISSEMENT
internement de dix ans dans la forteresse de Pignerol, où il se rencontra avec Foiiquet, l'ancien surintendant des finances, était rentré en grâce auprès de Louis XIV, parce qu'il avait réussi, non sans péril, à ramener d'Angleterre, en 1088, la reine et le jeune prince de Galles, que Jacques II lui avait confiés. Deux ans après la mort de la grande Mademoiselle, c'est-àdire en 1695, époque à laquelle il avait soixante-trois ans, il épousa la fille cadette du maréchal de Lorges, sœur de la duchesse de Saint-Simon, qui avait alors un peu moins de quinze ans. Peu de temps après, il acheta ou se fit construire, dans les jardins des propriétés portant les n"* 11 et 13, un hôtel dont il ne reste aujourd'hui que les soubassements dans la propriété Delessert ; il conserva cet hôtel jusqu'à sa mort, survenue en 1723, et fut inhumé dans le couvent des Pelits-Auguslins, aujourd'hui l'École des Beaux- Arts. Cet hùtel de Passy fit l'objet d'un acte de donation réciproque de M. et de M"'" de Lauzun, qui porte la date du 6 novembre 1711. C'est dans cet hôtel que s'établirent, en juillet 1719, le duc de Saint-Simon (1) et la duchesse, qui était dame d'honneur de la duchesse de Berry, pour se rapprocher du château de la Muette, où résidait alors le Régent, qui se tenait auprès de sa fille mourante.
Le baron Benjamin Delessert, banquier philanthrope fondateur de la caisse d'épargne, et ses deux frères, François I)elessert, banquier également, et Gabriel Delessert, maire de Passy, de 1830 à 183i, puis préfet de police du 10 septembre 1830 au 24 février 1848, eurent, depuis 1800, des hôtels de plaisance, dont les vastes jardins dominent la Seine et qui occupent les premiers numéros impairs de la rue Raynouard (2). Ces hôtels, depuis le n° 11, ont été ensuite habités par les membres ou descendants de cette famille, qui a rendu de grands services à Passy, y a répandu beaucoup de bienfaits et y a, pendant de longues années, pourvu seule aux dépenses des écoles publiques. Une délibération du conseil municipal du 3 novembre 1836 constate que la commune continue à être affranchie des dépenses annuelles des écoles des deux sexes, grâce à la munificence du baron Benjamin Delessert.
C'est au n" 21 (ancien 66) de la rue Raynouard que La Tour d'Auvergne (3) a résidé de 1796 à 1800 ; il y recevait souvent ses amis, les généraux Desaix, Lecourbe, Kléber et Moreau. Sur le rapport de Carnot, ministre de la Guerre, le premier consul décerna à La Tour d'Auvergne (1743-1800) le titre de « premier grenadier de la République ». On sait que, de 1800 à 1809, tous les jours, à l'appel de son nom, le plus ancien caporal de la 46^ demi-brigade répondait : « Mort au champ d'honneur ! » La Société historique d'Auteuil et de Passy a demandé qu'une inscription soit apposée sur la maison que La Tour d'Auvergne a habitée.
Le chansonnier Déranger demeura, de 1833 à 1835, dans la mansarde de la maison qui suit le presbytère (n" 22 ancien, 42 actuel). L'auteur dramatique Picard passa la plus grande partie de ses dernières années rue Raynouard, au coin de la rue de l'Annonciation, et c'est là qu'il mourut en 1828.
(i) Voir aux annexes (p. 343) la note sur « Saint-Simon à Passy ».
(a) Voir aux annexes fp. 3^3) la biographie intitulée « Les Delessert », par M. Léopold Mar.
(3) Voir aux annexes (p. 356) l'article de M. Léopold Mar intitulé : « La Tour d'Auvergne à Passy ». Voir également le procès-verbal d'apposition et de levée des scellés par le juge de paix h la maison de La Tour d'Auvergne, rue Basse, 66, le i8 messidor an VIÏI et le 4 brumaire an IX (pp. 85 et 86 du IV« volume du BuUelin).