NOSSEIGNEURS LES ÉVÊQUES
Messeigneurs ,
UOus^rage que je prends la liberté de vous présenter, est le fruit de V encouragement que vous avez bien voulu donner au projet que j'en avois formé il y a quelques années.
Pour mettre de 1^ ordre dans cette matière y dont V objet est également intéressant et nouveau ^ j'ai cru qu avant toute autre chose, il étoit nécessaire de connoUre la religion primitive des Bretons ^ delà suivre dans les chungemens et les altérations quelle a éprouvées par la succession des temps. Il ma semblé quHl n étoit pas moins avantageux d'approfondir les mœurs et les usages des anciens peuples de cette grande province. O étoit le seul moyen de pouvoir apprécier ce quil en a coûté pour y faire arborer l'étendard de la croix , et de porter un jugement sain sur les erreurs de nos pères, que Von na pas encore suffsammfvent développées. Tai jeté un regard attentif sur les anciennes limites de chaque peuple : elles serviront à fixer V étendue des évêchés qui se sont formés en Bretagne.
La religion primitive des Bretons ^ qui étoit commune aux
Gaulois en général ^et à tous les peuples occidentaux , a été la même que celle des patriarches; Dieu l'avoit donnée
II EPITRE DÉDICA.TOJRE.
à nos premiers pères , et raçoit destinée à tous les hommes. Mais cette religion, qui ne reconnoissoit quun seul Dieu y s'est altérée dans la suite chez les Bretons y de la même mAnièreetpar les mêmes voies que chez les autres nations. A les en croire , des génies animèrent la nature : les uns fuirent placés dans le soleil et la lune ; d'autres dans les eaux y le feu, l'air, etc. Un culte religieux leur fut décernés il effaça presque celui qu'on assoit rendu au vrai Dieu. Les sacrifices, qui y pour la plupart , étoient la figure de celui que déçoit qffnr l Agneau immolé dès le commencement du monde, furent étraiigement dénaturés. On en vint jusqu'à cet excès d'impiété et de barbarie , que d'immoler ses semblables à la divinité. On s'imagina trouver des pronostics de l'avenir dans les entrailles des victimes , dans le vol des oiseaux , dans les élémens , dans les caprices du sort. Asservis à la domination de Borne y les Bretons le furent bientôt a celle de ses dieux. Aifisi une nouveauté en produisit une autre : Von s*égara sans fin , quand on eut commencé de s'égarer {K ).
Tels furent les obstacles que la religion chrétienne eut à surmonter dans la Bretagne. J'exposerai , Messeigneurs y dans le corps de Vhistoire de vos églises , les moyens que les apôtres de cette province employèrent pour faire rentrer ces monstrueuses productions de l'esprit humain dans le néant d'oii elles étoient sorties.
Les triomphes de ces premiers pasteurs deviennent les vô-^ très y Messeigneurs , et vous partagez leur gloire. Ils ont planté^ ils ont arrosé ; le TotU^Puissant a donné Vuccroisse-^ ment. Guidés par ces pieu^ pontifes y leurs successeurs vous ont transmis , avec le dépôt de la foi , ces ouailles chéries. Toujours en garde contre les prestiges de Terreur y vous faites respecter les anciennes bornes qu'ils ont posées (2).
Ce qui doit vous combler de Joie ^ faire votre plus douce consolation, c'est de voir que, depuis le troisième siècle,
(i) s. Chrysotl. Homil. 5 in 2. ad Tim. (2) ProTerb. 22. 28.
EPITRE DIÉDICATOIRE. ^ lil
que la religion chrétienne a été annoncée dans la Bretagne , elle y a conservé sa premtëre pureté. Peu cTéglises particulières peuvent sejlatterd'unejaveur si précieuse. Les peuples de vos diocèses , toujours soumis à Vautorité légitime , se sont fait un devoir d'écouter la voix de leurs pasteurs. Les évêques , chargés de les conduire y ont été dans tous les temps atta^ chés particulièrement à l'Eglise Romaine , le centre de V unité catholique , a cette Eglise toujours vierge , qui ne connoît point d'héi^sies. Le zèle de ces illustres pontifes s'est soutenu dans toutes les circonstances avec la même égalité. Les règles de discipline quils avoient soin d'établir dans leurs fréquens synodes , arrétoient le relâchement , répandoient au loin la bonne odeur de Jésus-Christ , et faisoient Jleurir les mœurs.
Il ne m'appartient pas , Messeigneurs , d'entrer dans le détail de ce que vous faites pour le bien de la f'cligion. Vos vertus et vos talens le font assez connoître. La modestie est d'ailleurs le manteau des bonnes œuvres. Je dois la respecter encore plus dans les princes de V Eglise que dans les sim^ pies fidèles.
Si fai toujours besoin de votre indulgence , elle rrCest encore a présent plus nécessaire. Partagé^ comme je le suis par état y entre plusieurs occupations sérieuses , à peine trouvaije quelque vide. Que n^ai-je pas à craindre par cela seul pour l'Ouvrage que f ose vous offrir? Si cependant il méritoit vos suffrages , ceux du public me seroient assurés. Je puis du moins me rendre ce témoignage , que je n'ai pris la plUme que pour la gloire et Védification de vos églises ; il est en même temps bien flatteur pour moi de pouvoir vous renouveler le profond respect et la soumission parfaite avec lesquels j'ai l'honneur d'être , Messeigneurs ,
Votre très-bamble et très-obéissant serviteur,
DERIC ,
Fjc. gin. it Dol.