AVERTISSEMENT
Si Ton fait remonter l'Histoire Ecclësiastique de Bretagne jusqu'au berceau des premiers peuples connus qui ont habité cette province y c'est afin de pouvoir les comparer avec leurs descendans. Pour établir cet ouvrage sur des fondemens solides , F Auteur a eu soin d'interroger ce qui nous reste de monumens des plus anciens écrivains. Le celtique y sans lequel on ne peut avoir une connoissance exacte des antiquités du pays y lui a fourni de nouveaux secours. Les noms de nos aïeux, de nos premières villes y de nos cantons y de nos hameaux y de nos rivières et de nos montagnes, ont été pris dans cette lan^ gue. Ils sont encore de nos jours y pour la plupart y tels, a peu près , qu'ils étoient dans leur origine. Lorsqu'on en cherche l'étymologie, on s'aperçoit bientôt qu'ils ne sont point arbitraires , et qu'on ne les a pas adoptés pour désigner seulement ce dont on vouloit parler. Chacun de ces noms exprime la raison primitive des notions et des idées qu'on y a attachées , et rend a l'esprit les choses telles qu'elles existoient dans les premiers temps. On découvre, dans les noms propres des lieux , tantôt les métaux , les eaux , les plantes et les autres choses les plus remarquables qu'ils renferment ; tantôt on y saisit l'éclaircissement d'un point d'histoire ; quelquefois on apprend avec surprise que tel parage , où la mer se plaît a étendre son domaine , étoit originairement de la terre ferme : ailleurs on conçoit le lieu , par sa position naturelle , ou par quelqu'autre attribut. Les noms qu'on a donnés a nos villes, aux rivières et aux
Tllf AVERTISSEMEirT.
montagnes ^ n'excitent pas moins la curiosité y et contiennent également des choses instructives. On verra ^ par exemple , que nos plus grandes villes ont commencé par de très-petites tribus. Les noms des personnes nous retracent ou le temps de leur naissance y ou le lieu qu'ils ont habité , ou leurs qualités , soit naturelles^ soit accidentelles 9 ou des actions et des événemens qui les distinguoient de tout autre. Ces différentes espèces de noms peuvent donc nous tenir lieu de l'histoire des premiers âges. Si ces archives^ toujours ouvertes et presque jamais consultées y sont pour nous des énigmes depuis bien des siècles , c'est que j trop attachés a la nouveauté , nous avons fermé les yeux sur les trésors de notre première langue , et que nous avons négligé d'y recourir pour développer ce qu'elle a de caché.
A l'aide de ces lumières ^ l'Auteur découvre le territoire de chacun des peuples de la Bretagne , l'origine de leurs viUet y leurs forces respectives , la forme de leur gouvernement y leurs mœurs et les changemens divers que les Romains y après les avoir subjugués y introduisirent chez eux. Il examine leur religion dès son principe y en fait voir la nature y et la suit dans ses variations. Ces copnoissances le conduisent k la source des usages les plus anciens y et le mettent en état de prouver la connexion qui se trouve entre la religion primitive des Bretons et le Christianisme.
De Iki l'Auteur passe k la fondation des églises de Bretagne : il tâche de dissiper les nuages qui couvrent leur véritable* origine y pour en fixer l'époque. Une juste balance y entre une aveugle crédulité et une critique outrée y lui fait distinguer le vrai du faux y dans les vies des pasteurs zélés qui les ont gouvernées autrefois, et dans celles des autres saints personnages qui ont illustré la patrie.
A la fin de chaque siècle, il fait des réflexions sur les matières qui méritent une discussion particulière et un développement plus étendu. Elles ont pour objet des points de discipline y ou regardent les mœurs ou les coutumes du temps.
AVERTISSEMEKT. • ÏX
Telle est la marche que l'Auteur suivra coustamment dani^ son ouvrage. Ce plan est trop lie avec Thistoire civile de Bretagne ^ pour qu'on puisse la passer sous le silence : elle en fait une partie considérable . On ne s'attache point a une simple narration des faits ; on en cherche de plus l'enchaînement et la cause. A des détails trop circonstanciés et peu instructifs de sièges, de batailles, etc. , on substitue le tableau intéressant et varié des loix, des usages, des coutumes, etc., de la province. On en montre l'origine , les avantages ou les défauts.