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Histoire ecclésiastique des Églises Vaudoises

C'est avec une satisfaction sans mélange que je viens de corriger les dernières épreuves de cette noue elle édition de V Histoire de Gilles ; les deux premières , de 1643 et 1655, sont de&emies esè* t. reniement rares et précieuses. C'est mon rêve de trente années qui enfin se réalise; j'en suis reconnaissant, autant que joyeux. Je ne puis parler que par ouïr dire de la jouissance que goûte l'auteur d'un livre favorablement accueilli ; mais je doute (pi elle soit plus douce que celle que j'éprouve en ce moment. Mon vieux Gilles , si peu lu, même parmi nous , si peu connu et quelque peu méconnu, même par des Vaudois , remis en honneur par le simple fait d'être mis à la portée

de beaucoup de lecteurs , c'est une réparation qui lui était due et qu'il recevra, j'en suis sûr, aussi complète qu'il la pouvait souhaiter.

Ce n'est pas qu'il possède aucune de ces qualités brillantes de style ou d'imagination qu'on exige aujourd'hui d'un livre qui a la prétention d'être lu. Possédant une culture classique générale et Une science théologique peu commune, sans doute, dans le cercle très restreint où il fut appelé à exercer le ministère de la parole , d'une piété vivante et simple, Gilles Jut choisi par le Synode Vaudois de 1620 pour écrire l'histoire des Eglises des Vallées et lieux circonvoisins, surtout depuis Vannée 1600. S'il l'eût écrite en italien, comme il avait commencé à le faire, le nombre de ses lecteurs aurait été nécessairement très restreint; or il était du plus haut intérêt pour l'Eglise Vaudoise , que cet ouvrage fût universellement connu.

Quoiqu'il ne l'indique pas, c'est là le motif principal pour lequel, l'ayant presque achevé en italien, il se décida à le traduire et à le publier en Jrançait.

Je ne puis mieux faire que d'emprunter au grand ouvrage de M. Alexis Muston /'Israël des Alpes, Tom. IV, page 9 des notes, le jugement qu'il porte sur Gilles comme historien. « Il a, dit-il , de grande* » qualités comme écrivain; énergique et » naïf, plein de naturel et de force , on ne )> peut lui reprocher que d'avoir vieilli » et d'être un peu diffus. Comme historien » il est au premier rang par son exacti- » tude, son impartialité et sa modération)) . — C'est parceque je souscris cordialement à ce témoignage rendu à Gilles par un autre de nos historiens, que j'ai ardemment désiré répandre son beau livre, surtout au sein de l'Eglise Vaudoise ellemême.

Si l'on me demandait comment il a été possible d'offrir deux beaux volumes au prix de 4 fr. pour les souscripteurs et de 5 fr. pour la vente , je serais très embarassê de répondre. Ce que je puis dire, c'est que c'est uniquement le fait de l'imprimeur lui-même , et qu'en lui laissant le titre de Libraire-éditeur , je me suis borné à lui garantir la vente de cette 3me édition de Gilles , tirée à 1500 exemplaires. Cette

dernière circonstance n'ajoute d'ailleurs rien au très èif dékir qtte fui dè voir cet ouvrage rapidement écoulé. — Bien d'autres Vaudois , sans doute , seront humiliés comme je Vai été moi-mémo , on irogwnt de quelle manière nos ancééres périment et agissaient , Combattaient et soutiraient , pour maintenir intacte la liberté érangélique , glorieux héritage de leurs pères , qu'ils nous ont, à leur tour, transmis dans son intégrité. Nous rouions le transmettre aux générations suirantes si possible agrandi ot enrichi, mais jamais appauvri. Que Dieu nous soit en aide et et qu'il veuille faire servir ces récits des temps d'autrefois à réveiller au milieu de nous le zèle pour sa gloire, l'amour des âmes et l'ardeur à la lutte pour le triomplu' de la vérité.

Pomarel , 1 août 1881.

P. LANTARET Vasteur

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