LIVRE CINQUANTE-SEPTIEME
revêtus de leurs ornements comme un jour de fête , portant des cierf^es et des encensoirs. Il guérit toutes les maladies corporelles et spirituelles, et admira le bel ordre et la régularité de cette maison , qu'il trouva au-dessus de celle des Grecs. Ensuite, l'abbé Aligerne et les principaux d'entre les moines le conduisirent au monastère qui lui étoit destiné , savoir, Saint-3Iichelen Valdenuce, où il demeura quinze ans. L'abbé et les moines le prièrent de venir avec toute sa communauté au grand monastère, et d'y célébrer l'office en grec. D'abord il s'en excusoit par humilité, mais enfln il l'accorda. Il composa un hymne en l'honneur de saint Benoît, comprenant tous ses miracles ; et prenant toute sa communauté, qui étoit de plus de soixante moines, il monta au mont Cassin , et y célébra les vigiles d'un chant fort harmonieux , car il y en avoit plusieurs qu'il avoit instruits à lire et à chanter parfaitement.
Après l'office, tous les moines latins vinrent le trouver avec la permission de leur abbé, et lui Grent diverses questions sur les devoirs des moines et sur des passages de l'Ecriture ; et il leur répondit en latin. Un lui demanda : Si une fois l'année je mange de la viande par condescendance pour mon corps, quel mal y aura-t-il? Saint Nil répondit : Si vous vous portez bien toute l'année, et qu'une seule fois vous tombiez et vous rompiez une jambe, quel mal y auroit-il? Ils l'interrogèrent aussi touchant le jeûne du samedi. Il répondit (1) -. Que celui qui mange ne méprise point celui qui ne mange pas , et que celui qui ne mange pas ne condamne point celui qui mange. Si vous nous reprenez de ce que nous ne jeûnons pas le samedi , prenez garde de ne pas combattre les colonnes de l'Eglise , saint Athanase, saint Basile, saint Grégoire, saint Chrysostôme et les conciles mômes. Nous faisons bien de ne pas jeûner le samedi , pour nous opposer aux manichéens, qui s'affligent ce jour-là en haine de l'ancien Testament ; mais nous ne nous abstenons pas du travail , pour ne nous pas conformer aux juifs. Tous avez aussi raison de jeûner ce jour-là , poiuvous préparer au dimanche.
Aligerne, abbé du mont Cassin, avoit succédé à Majelpot en neuf cent quarante-neuf, et gouverna pendant trente-sept ans. Il étoit de Naples, et avoit été moine à Saint-Paul de Rome, sous l'abbé Baudouin. Il s'appliqua à rétablir le monastère, qui ne s'étoit pas encore relevé de la désolation arrivée sous rabbé Berthier. Aligerne fit revenir plusieurs terres usurpées par des seigneurs voisins, ce qui lui attira de mauvais traitements : mais il fut protégé par Landolfe, prince de Capoue (2). Il repeupla les terres désertes , rebâtit l'église et les lieux réguliers, en sorte que le mont
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(3) Act. SS. Ben. Saec. n. 47.
Cassin fut comme renouvelé de son temps. H mourut l'an neuf cent quatre-vingt-six.