XIX. Arnoul, archevêque de Reims
Le roi Lothaire avoit laissé un fils naturel , nommé Arnoul , qui étoit clerc de l'église de Laon. Ce prince , indigné de l'élection de Hugues-Capet , rappela en France Charles , son oncle , et lui livra la ville de Laon , et Adalbéron qui en étoit évêque (3). Arnoul fut condamné, pour ce sujet, dans un concile des évéques de Gaule ; mais l'évêque de Laon, s'étant sauvé de prison, vint trouver Hugues , et réconcilia Arnoul avec lui ; en sorte que le roi ,
(1) Ephemer. ap. Boll.
to. la. Sup. liv. I, n. 56, m, D. 19. Cedr. p. 630, B.
(â) Chr. Alberic. 86,087.
Chr. Virdun. p. 137. Sup.
liv. LV.
(3) Chr. Vird. p. 137.
pour le gagner , lui donna l'archevêché de Reims , qui vint à vaquer par le décès de l'archevêque Adalbéron. L'élection d' Arnoul se fit dans les formes, par les évéqucs de la province assemblés avec le clergé et le peuple de la métropole , et du consentement des rois Hugues et Robert , auxquels il prêta serment de fidélité par écrit (1).
Mais peu de temps après, le prince Charles, son oncle, surprit la ville de Reims, par la trahison d'un prêtre, nommé Adalger, et emmena prisonnier Arnoul lui-même, qui fut soupçonné d'être d'intelligence , et s'être fait prendre exprès. Pour se justifier , il publia une excommunication accompagnée de malédictions terribles contre ceux qui avoient pillé l'église et la ville de Reims, jusqu'à ce qu'ils fissent restitution (2). Les évêques de la province de Reims suivirent son exemple , et, s'étant assemblés à Senlis, en neuf cent quatrevingt-dix , ils publièrent un décret par lequel ils mirent en interdit les églises cathédrales de Reims et de Laon , car celle-ci avoit aussi été pillée, et l'évêque maltraité. Ils prononcèrent anathème nommément contre le prêtre Adalger , les auteurs et les complices de sa trahison, jusqu'à ce qu'ils vinssent à pénitence ; et ils envoyèrent ce décret aux évêques des autres provinces.
Mais Adalbéron , évêque de Laon , livra à son tour cette ville au roi Hugues , avec le duc Charles et l'archevêque Arnoul, qui s'y étoient renfermés. Alors Hugues entreprit de faire juger canoniquement Arnoul par les évêques de la province ; et sachant que Hébert III , comte de Vermandois , avoit envoyé à Rome en faveur d'Arnoul , il y envoya aussi au mois d'août de l'année neuf cent quatre-vingt-dix (3). Hébert s'intéressoit en cette afl'aire , parce que sa cousine Agnès avoit épousé le duc Charles. Le roi Hugues écrivit donc au pape, se plaignant de la perfidie d'Arnoul, qui, au préjudice du serment qu'il m'a prêté , dit-il , et fait prêter par tous les nobles et les citoyens, a ouvert lui-même les portes aux ennemis, comme il est prouvé par des témoins très- véritables, et a livré le clergé et le peuple qui lui étoient confiés à la captivité et au pillage. Que s'il prétend avoir été pris lui-même , pourquoi oblige-t-il ses diocésains à fausser leur serment ? pourquoi prend-il les armes contre nous , et fortitie-t-il la ville et les châteaux ? S'il est prisonnier, qu'il permette qu'on le délivre ; s'il est en liberté, qu'il revienne à ma cour où je l'appelle. Les évêques, ses confrères, l'invitent à venir avec eux , et il dit qu'il ne leur doit rien. Vous donc qui tenez la place des apôtres , ordonnez ce que l'on doit faire de ce nouveau Judas , de peur que votre silence et notre juste douleur ne nous obligent à ruiner
la ville , et mettre en feu toute la province. Les évêques de la province de Reims écrivirent aussi au pape , apparemment par ordre du roi (1). Ils s'excusent sur leur éloignement et
l'archevêque Arnoul, ils disent : Quoiqu'il soit fils de l'église de Laon , il en a surpris l'évêque par fraude, et envahi son égfise. Puis il a rendu captive sa propre église de Reims avec son clergé et son peuple. Il méprise nos invitations et celles des archevêques ses confrères, il ne tient compte de ses serments. Par sa faute, plusieurs éghses demeurent sans pasteur , et un nombre infini de peuple périt sans recevoir la confirmation ni la bénédiction épiscopale. Condamnez donc , saint-père , celui que toute l'Eglise a déjà condamné ; appuyez de votre autorité la déposition de cet apostat, et l'ordination d'un nouvel archevêque. On voit , par cette lettre , qu'ils ne prétendoient pas que le pape dût juger cette cause à Rome , où les parties n'étoient pas, mais seulement qu'il la laissât juger sur les lieux, suivant les canons.