‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1136 sur 2407 · LIVRE CINQUANTE-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUANTE-SEPTIÈME

l'abbé , lui amena quelques-uns des ooupaWes pour être battus de Vi^rge^ en sa présence; mais l'abbé ne voulut pas prendre vengeance de celte injure.

I Vers le même temps , on tint un concile de plusieurs évêques à Saint-Denis, en France, où on parla d'ôter les dîmes aux laïques et aux moines qui les possédoient, et les rendre aux évoques; Abbon y résista fortement, et excita, contre les évêques, les moines de Saint-Denis et leurs serfs (1). La sédition fut telle, que les évêques furent contraints de se sauver sans avoir rien fait. Seguin, archevêque de Sens, vénérable par son «^ge et sa dignité, fuyant comme les autres, reçut un coup de cognée entre les épaules, et eût peine à se sauver tout couvert de boue. Comme tout le monde rejetoit sur Abbon la cause de cette violence. Il écrivii pour s'en justifier une apologie ad|«ssée aux deux rois Hugues et Robert.

Il se plaint que, parce qu'il s'efforce de soutenir les intérêts de Tordre monastique, on en veut même à sa vie, et déclare qu'il se soumet suivant les canons au jugement des évêques (2). 11 distingue trois ordn»s entre les chréti€»ns : les laïques, les clercs ri les moines ; mais il ne compte pour clercs que les diacres , les prêtres et les évêques, et prétend que ceux des ordres inférieurs ayant la libtTté de se marier, ne sont nommés clercs qu'abusivement. Enfin , il soutient que l'état des moines est le plus parfait , parce qu'ils ne sont occupés qu'à vaquer, comme Marie,à l\inique nécessaire (3). Il dit que l'Eglise n'étant qu'à Dieu , personne ne doit dire qu'une église lui appartient , par où il veut sans doute combattre la prétention des évêques, et conclure qu'il n'importe que les églises soient services par des clercs ou par des moines. De là il prend occasion de parler contre la sinK>nie , et de réfuter la mauvaise défaite de ceux qui disoient qu'ils n'achetoient pas la grâce de l'ordination, mais les biens temporels de l'Eglise. C'est, dit-il, comme qui voudroit avoir le feu sans la matière qui le nourrit.

Venant ensuite aux plaintes formées contre lui , il dit (4) : On m'accuse d'avoir eu des sentiments contraires aux canons, d'avoir excité les moines contre les évêques, d*avoir fait perdre vos bonnes grâces à mon propre évêque, et d'avoir communiqué avec des excommuniés. Mais à quel canon ai-je contredit dans ce concile où à peine ai-je vu ouvrir un livre.? Il parle du concile de Saint-Denis. Qu'avoient fait les évêques contre moi en particulier pour me donner seulement la pensée de leur nuire? vu que celui qui a été le plus en péril m'étoit affectionné, et celui à qui j'avois le plus d'obligation , c'est Seguin, archevêque de Sens.| 11 vient à Arnoul d'Orléans, et dit : Par

(1) C. 6, tom. 9, Conc.

(i) Post. Cod. canon

Pilhaei. p. 396.

(3) Luc. X, 4t.

quels discours vous ai-je séduits, pour ôter vos bonnes grâces à ceux qui les méritent? suis-je Dieu, qui change les cœurs? C'est vous-mêmes qu'il accuse d ingratitude, c'est vous-mêmes qu'il a offensés en usurpant nos biens, dont vous êtes les protecteurs et les maîtres. Quant à ce qu'il dit, que j'ai communiqué avec des excommuniés, il m'en a donné l'exemple, puisqu'il a reçu les méchants qui m'avoient attaqué de nuit après qu'ils furent anathématisés par Seguin, son archevêque, par Eudes, évéque de Chartres , et par d'autres personnages de grande vertu. Abbon s'étend ensuite sur les règles de l'excommunication , se plaignant de l'abus que l'on en faisoit , et exhortant les rois à y apporter remède. Car, dit-il , à peine se trouve-l-il quelqu'un dans votre royaume qui ne soit excommunié pour avoir mangé avec un excommunié , ou lui avoir donné le baiser de paix.

11 les avertit encore de quelques autres abus. Premièrement, dit-il , dans le symbole de saint Alhanase , au lieu de dire que le Saint-Esprit n'est ni fait, ni créé, ni engendré, quelquesuns disent seulement qu'il n'est ni fait ni créé, sous prétexte que dans la lettre synodiquede saint Grégoire il est dit que le Saint-Esprit n'est ni engendré ni non- engendré. Secondement, touchant la fin du monde, en ma première jeunesse j'ai ouï prêcher, devant le peuple dans l'église de Paris, qu'aussitôt que les mille ans seront finis, l'antechrist viendra , et peu de temps après le jugement universel. Je me suis opposé do toute ma force à cette opinion, par les évangiles, l'apocalypse et le livre de Daniel ; et l'abbé Richard , d heureuse mémoire , ayant reçu des lettres de Lorraine sur ces4\jet, m'ordonna d'y répondre ; car le bruit s'étoit répandu presque partout que, quand l'Annonciation arriveroit le vendredi-saint, le monde finiroit infailliblement. Richard étoit abbé de Fleury dès l'an neuf cent soixante-deux, et cette rencontre de l'Annonciation avec le vendredi-saint arriva Tan neuf cent quatrevingt-douze, Pâques étant le vingt-septième de inars. Abbon remarque, pour troisième abus, qu'encore que lavent ne doive avoir que quatre semaines , quelques-uns le commençoient avant 1^ vingt-septième de novembre.

XL Y. .Recueil d« canons d'Abbon.

Après celte apologie, Abbon dédia aux rois Hugues et Robert , un recueil de canons , con^ tenant les devoirs des rois et ceux des sujets, pour a^ermir la uouvelle domination de ces princes, et les droits de l'ordre monastique dont ils étoient les défenseurs. 11 est certain que le roi Hugues eut toujours grande dévotion a saint Benoît et grande affection pour les moines (1). 11 leur rendit plusieurs monastères

(1) To. 2, Analect. p. t48. Ibid. p. 341.

occupés par des chanoines séculiers , et les rétablit dans la liberté d'élire leurs abbés. Le recueil des canons est divisé en cinquante-deux articles, où je remarque ce qui suit.

Les avoués de l'Eglise, en latin ad^^ocati^ étoient des gentilshommes à qui les évêques ou les abbés avoient donné en fief des terres de leurs églises, à la charge de les protéger et les défendre contre ceux qui les attaquoient. Abbon en rapporte l'origine, tirée des conciles d'Afrique, qui avoient ordonné de demander aux empereurs des scholasliques , c'est-à-dire des avocats , pour soutenir les intérêts de l'église devant les tribunaux séculiers, et on les nommoit défenseurs des églises (i) ; mais, depuis la chute de l'empire françois et les hostilités universelles, ces défenseurs ou avoués ne défendoient plus l'église que par les armes, et Abbon se plaint qu*au lieu de la défendre ils la pilloient. Ils laissent, dit-il, ses biens en proie aux ennemis , sans leur résister mém« de paroles; et après que les ennemis se sont retirés, ils achèvent de consumer le reste, agissant non en protecteurs, mais en maîtres, réduisant en pauvreté ceux qui cultivoient ces terres, et maltraitant les clercs elles moines. De là vient que nous voyons tant d'églises détruites et de monastères ruinés , parce que plusieurs se présentent pour être leurs avoués, et prendre, sous ce prétexte, la plus grande partie de leurs revenus.

Pour montrer la fidélité que les sujets doivent à leur souverain , il rapporte l'autorité du quatrième concile de Tolède, et il marque les devoirs de tous ceux qui portent les armes (2). Il soutient que la nécessité dispense des lois, et en apporte pour exemple les translations d'évêques, qui commençoient à devenir fréquentes. Une manque pasde rapporter des canons contre les entreprises des évêques sur la liberté des monastères et sur les droits des autres évêques. Il met aussi des autorités pour la continence des clercs. 11 en rapporte de saint Grégoire et d'autres touchant la fréquente célébration du saint-sacrifice, la fréquente communion et les dispositions nécessaires à ce sacrement ; en quelques-uns des passages il est dit que l'on ne diffère point la communion aux moines comme aux autres pénitents. Il cite quelquefois le livre des lois , c'est-à-dire les novelles de Justinien.

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