XIII. Mort de saint Abbon de Fleuri
(DEpitaph. ap. Baron. Anliq. lect. Canis. p. lu
Raspon. p. 75. Mabill.Anal. (3i Muralori. Anecd lo
lo. 2, p. 16, 230. 2, p. 20i. Dilm. lib. 6. d'
(2) Arnulf. com. to. 2, 01. Ghr. Saxo. 100^
En France , Abbon de Fleury Gt un second voyage en Gascogne , pour réformer le monastère nommé en latin Régula , en langue vulgaire la Réole (1). Il fut reçu avec honneur par les abbés et les seigneurs qui se trouvèrent sur le chemin, et arriva sur le lieu vers la Saint-Martin. Ses gens ayant pris querelle avec les Gascons pour la nourriture des chevaux, il les reprit fortement de leur imprudence , dans un lieu où ils n'étoient pas les plus forts, et les exhorta à attendre le comte de Bordeaux et le vicomte, qui étoit l'avoué de ce monastère. Car ils dévoient arriver incessamment et lui prêter main-forte pour rétablissement de la réforme. Ensuite, il visita les lieux , et voyant la situation avantageuse de ce monastère, il dit en riant : Je suis maintenant plus puissant que le roi de France notre maître, ayant une telle maison en un lieu où personne ne craint son pouvoir.
Le lendemain lundi , treizième de novembre mil quatre, l'abbé fit une réprimande à un des moines gascons d'avoir mangé sans son congé hors du monastère. Il ne répondit rien à l'abbé; mais il témoigna son dépit à ceux qui étoient présents, et il s'éleva un cri de femmes comme pour exciter sédition. Cependant , les Gascons et les François se disoient des injures; et un des François , impatient , donna à un Gascon un tel coup de bâton qu'il l'abattit à terre. Ils commencèrent à se jeter des pierres de part et d'autre ; l'abbé sortit du monastère pour les apaiser, mais un des Gascons lui porta un tel coup de lance au côté gauche qu'il traversa les côtes. Il ne cria point, et dit sans s'émouvoir : Celui-ci y va tout de bon. Le moine Aymon, qui le suivoit et qui a écrit sa vie, voyant le sang couler en abondance de sa plaie , devint pâle et tremblant; mais l'abbé lui dit d'un visage serein : Que feriez-vous donc si vous étiez blessé vousmême ? Il mourut le même jour, et il y en eut encore quelques-uns des siens de tués et de blessés. Il fut enterré dans l'église du même lieu , et honoré comme martyr ; on rapporte même quelques miraclesfaits à son tombeau (2). Bernard , duc de Gascogne, fit punir les coupables de ce meurtre, dont les uns furent pendus, les autres brûlés , et adjugea au monastère de Fleury celui de Réole , qui lui appartenoit de droit, mais dont la possession étoit disputée.